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Fiora et le roi de France

Электронная книга - «Fiora et le roi de France». Краткое содержание книги:

Un fabuleux concours de circonstances a jeté Flora dans les bras de Lorenzo de Médicis. Mais un messager du roi de France apporte à Flora une nouvelle surprenante : son époux Philippe de Selongey n’a pas été exécuté. Bouleversée, Flora regagne la France et se met à la recherche de l’homme qu’elle a toujours aimé. Commence alors une longue quête qui l’entraînera en Avignon, à Bruges, à Nancy... Sa route sera semée d’embûches. Flora réussira-t-elle une fois encore à triompher de l’adversité et à déjouer les manigances du destin ? Mystère garanti jusqu’à la fin de cette passionnante saga. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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– Non, je n’ai pas oublié, mais je ne portais pas cette robe et l’église n’était que sainte : cette chapelle est sacrée par la présence de celui qui y repose...

– Faudra-t-il jusqu’à la fin des temps, murmura Fiora avec amertume, que le Téméraire se dresse entre nous ? Il est mort, Philippe, et ce culte dérisoire que tu t’obstines à lui rendre ne le fera pas revivre.

– Il est pour moi plus vivant que vous tous. Auprès de lui seul je respire librement !

– Quelle folie ! Battista, lui, a compris qu’il se devait à d’autres...

Se détournant, elle chercha le jeune homme pour en appeler à son témoignage, mais lui et Florent s’étaient éloignés, comprenant que leur présence était inopportune.

– Battista sait, à présent, que l’on a besoin de lui...

– Et moi, je n’ai pas besoin de toi ?

– Non.

– Et ton fils ? Car tu as un fils, Philippe. Crois-tu qu’il n’a pas besoin de son père ?

Pour la première fois, un éclair brilla dans les yeux froids de Selongey et la voix dure se radoucit :

– Dans ma prison à Dijon, à la veille de ce qui devait être mon exécution, j’ai su que tu attendais un enfant, mais j’ignorais que ce fût un garçon. J’en suis heureux... mais là où il est, il n’a pas non plus besoin de moi. Tu n’aurais pas dû m’en parler, je n’éprouve aucune joie à être le père d’un futur marchand florentin.

– Un futur marchand florentin ? Mais où crois-tu donc qu’il se trouve ?

– A Florence, bien sûr. Là où tu l’as emmené l’an passé.

– Moi, j’ai emmené mon petit Philippe en Toscane ? Sur cette tombe que tu semblés vénérer, je jure que notre enfant est à cette heure au manoir de la Rabaudière, près de Tours où ma vieille Léonarde, mon ancienne esclave Khatoun et un couple de braves gens dévoués veillent sur lui.

L’ironique sourire d’autrefois étira vers la droite la bouche dédaigneuse de Philippe :

– A Tours ! C’est à peine moins affligeant ! Tu te trompes, Fiora quand tu dis que Monseigneur Charles se dresse encore entre nous. Celui qui s’interpose, c’est le roi de France. Tu sais que je n’accepterai jamais de le servir, et tu élèves mon fils à sa cour.

– J’élève ton fils chez moi, dans la maison qui m’a été donnée...

– ... en remerciement de tes bons et loyaux services dans le lit de Campobasso !

– Mon Dieu ! Oublieras-tu jamais cette affreuse histoire ?

Avançant d’un pas vers le tombeau, Fiora se laissa tomber à genoux près de la lampe de bronze :

– Le roi a reporté sur moi l’estime qu’il avait pour mon père. Il m’a donné ce manoir parce qu’il savait que je n’avais plus rien.

– Tu avais Selongey. C’est là que tu aurais dû faire naître mon fils. Mais tu craignais trop de vivre loin de l’agitation et de la vie brillante que tu as toujours connue...

– Si j’avais accepté de t’y suivre, je serais peut-être à cette heure misérable et errante. Tu oublies que tu as été condamné à mort parce que tu ne rêvais que reprendre la guerre, que te dévouer au service de ta bien-aimée duchesse Marie. Moi, je ne comptais pas, et tu pouvais me ranger à Selongey comme un bagage encombrant... Ceci dit, j’ai profondément regretté d’avoir causé entre nous cette rupture. Parce que... Dieu m’en est témoin et vous aussi, Monseigneur qui dormez sous cette grande dalle... parce que je t’aime et n’ai jamais aimé que toi, Philippe. Voilà des mois que je te cherche !

– Des mois ? Et pourquoi pas des années ? Je crois qu’en bonne Florentine, tu exagères un peu. Tu ne me cherchais pas en septembre dernier quand tu étais à Florence, auprès du Médicis, ton amant, où tu avais emmené mon enfant et toute ta maisonnée.

L’indignation et la stupeur relevèrent Fiora.

– Moi, j’étais à Florence en septembre dernier ? Mais qui a bien pu te dire une chose pareille ?

– Un homme que j’ai rencontré à deux pas de ta maison... celle qu’on appelle la maison aux pervenches. C’est bien cela ?

– Tu es venu... chez moi en septembre ? C’est impossible.

– Vraiment ? Alors écoute. Quand je me suis enfui du château de Pierre-Scize où ton roi m’avait enfermé...

– Grâce à la complicité de la fille du geôlier, je sais.

– On dirait que tu sais beaucoup de choses ?

– Plus que tu ne crois. Ce que je veux savoir, c’est ce que tu as fait quand tu as quitté la chartreuse du Val-de-Bénédiction où tu as été soigné et où l’on m’a dit que tu avais perdu la mémoire.

– Tu as vraiment été là-bas ?

– Escortée par Douglas Mortimer. Tu dois te souvenir de lui. Le dom prieur nous a dit le peu qu’il savait de toi... sauf que tu leur as menti. Tu n’as jamais perdu la mémoire, n’est-ce pas ?

– Non, mais tous les moines ne sont pas dignes de confiance et c’était la seule conduite à tenir pour un prisonnier évadé d’une prison royale. Que sais-tu encore ?

– Qu’à la fête des Rogations, tu as profité du passage de nombreux pèlerins en route vers Compostelle pour quitter la chartreuse.

Elle se tut. Le regard de Philippe, passant au-dessus d’elle, se fixait sur quelque chose qu’elle ne voyait pas. Elle en suivit la direction et aperçut un groupe d’hommes, le bonnet à la main, qui venaient vers le tombeau.

– Viens ! murmura Philippe. Eloignons-nous ! Le reste de l’église est vide à cette heure...

Répondant d’un signe de tête au salut respectueux des fidèles, il précéda la jeune femme dans le déambulatoire, puis attendit qu’elle l’eût rejoint. Alors, ils se mirent à marcher très lentement côte à côte et Philippe raconta comment il s’était joint aux errants de Dieu qui s’en allaient vers la lointaine Galice.

– J’ai marché avec eux jusqu’à Toulouse. C’était ma seule chance de survivre car je n’avais pas un liard et j’ai vécu de charité grâce à eux. Un moment, j’ai pensé les accompagner jusqu’au bout, mais quelque chose de plus fort que moi me retenait sur cette terre où je croyais que tu vivais. J’avais tant souffert que j’en oubliais ma haine pour Louis XI. Ce que je voulais, c’était te retrouver...

– Philippe !

– Tais-toi ! Laisse-moi achever ! A Toulouse, j’ai feint de souffrir d’une jambe et j’ai laissé partir mes compagnons. Je suis resté à l’hôpital Saint-Jacques, gagnant ma nourriture en rendant de menus services. J’attendais le passage d’autres pèlerins remontant vers le nord, de préférence vers Tours. Quand ils sont venus, j’ai repris la route avec eux et c’est ainsi que je suis enfin arrivé devant ... le repaire de l’Universelle Aragne ! gronda-t-il d’un ton haineux qui effraya Fiora.

– La robe que tu portes n’incite-t-elle pas au pardon des injures et à la charité ? reprocha-t-elle doucement.

– Sans doute ! ... mais je ne suis pas certain que la grâce de Dieu m’ait vraiment touché, fit-il avec un sourire amer. Néanmoins, je me suis approché des archers de garde. Je voulais parler à cet Ecossais que tu évoquais tout à l’heure et dont je gardais le souvenir d’un vaillant compagnon, mais on m’a dit qu’il était absent. C’est alors qu’un homme s’est approché de moi et m’a demandé ce que je cherchais. Je le lui ai dit et il a proposé de me montrer ta maison... mais, chemin faisant, il a ajouté que tu n’y étais plus, que tu l’avais quittée sans espoir et depuis plusieurs mois pour regagner Florence avec ton fils et tes serviteurs. Et comme je m’étonnais que tu sois retournée dans une cité qui t’avait si mal traitée, il s’est mis à rire : « Il n’est rien qu’une femme aussi belle que cette donna Fiora ne puisse obtenir d’un homme et Lorenzo de Médicis est tout-puissant. Il est son amant depuis longtemps... »

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