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Fiora et le roi de France

Электронная книга - «Fiora et le roi de France». Краткое содержание книги:

Un fabuleux concours de circonstances a jeté Flora dans les bras de Lorenzo de Médicis. Mais un messager du roi de France apporte à Flora une nouvelle surprenante : son époux Philippe de Selongey n’a pas été exécuté. Bouleversée, Flora regagne la France et se met à la recherche de l’homme qu’elle a toujours aimé. Commence alors une longue quête qui l’entraînera en Avignon, à Bruges, à Nancy... Sa route sera semée d’embûches. Flora réussira-t-elle une fois encore à triompher de l’adversité et à déjouer les manigances du destin ? Mystère garanti jusqu’à la fin de cette passionnante saga. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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Saint-Georges entendre la première messe. Vous serez sûre de le rencontrer.

Le lendemain, la tête enveloppée d’un voile sombre, Fiora se rendit à la messe de l’aube. Avant d’aller s’agenouiller devant le maître-autel, elle chercha des yeux la tombe ducale et la trouva sans peine là où Nicole le lui avait indiqué : une grande dalle gravée et légèrement surélevée devant la chapelle Saint-Sébastien. Quelques cierges, allumés sans doute par la piété d’anciens soldats, la flanquaient d’une garde brillante et, sur le tombeau lui-même, une lampe à huile rougeoyait. Il n’y avait personne mais quand, l’office achevé, Fiora se tourna de nouveau dans cette direction, elle aperçut une mince forme vêtue de bure blanche agenouillée devant le tombeau et priant avec ferveur, le visage dans les mains. Posé à côté du jeune moine, se trouvait le flacon d’huile avec lequel il avait renouvelé la provision de la lampe.

Fiora s’approcha sans bruit. Celui qui priait là était plus grand que le souvenir gardé de son ancien page, mais Battista devait avoir environ dix-sept ans et elle n’en fut pas moins sûre que c’était lui.

Laissant glisser ses mains, il se pencha pour baiser la pierre, et c’est quand il se redressa que la jeune femme posa sur son épaule une main légère :

– Battista ! murmura-t-elle. Voulez-vous que nous parlions un instant ?

Il sursauta comme piqué par une guêpe, se releva si vite qu’il se prit les pieds dans sa robe et faillit tomber. Fiora, le retenant, sentit son cœur se serrer en face de ce jeune visage qu’elle avait connu si gai, si ouvert, si beau aussi, mais que deux années de pénitence avaient creusé, pâli, vieilli. La voix non plus n’était plus la même quand il s’écria :

– Donna Fiora ! ... Mais que faites-vous ici ?

– C’est à vous, mon ami, qu’il faudrait poser cette question. Qu’est-ce qui vous a pris de vous enterrer ici tout vivant au lieu de rentrer chez vous, à Rome où se trouve votre famille ?

– J’avais voué ma vie au service de Monseigneur Charles et je continue à le servir, tout simplement.

– Là où il est, il n’a plus besoin de vous.

– Qu’en savez-vous ? D’ailleurs je ne suis pas seul : regardez cette tombe, à côté ! C’est celle de Jean de Rubempré, qui fut gouverneur de Nancy pour lui et dont le corps fut retrouvé non loin du sien. La piété du duc René, qui est un vrai chevalier, a voulu l’entourer de ses hommes : les autres reposent dans le cimetière de la ville, quelques-uns même dans celui de notre prieuré.

– J’ai donc raison. Ombre gardée par d’autres ombres, il n’a que faire des vivants tandis qu’à Rome...

– Rome n’est qu’un cloaque ! lança le jeune homme avec une soudaine violence. Laissez-moi à présent, donna Fiora ! Je dois retourner à mes devoirs...

– Mais...

Elle n’eut pas le temps d’en dire plus : retroussant sa robe, Battista prit sa course à travers l’église et disparut comme si le diable lui-même était à ses trousses. Stupéfaite de cette réaction subite, Fiora regarda sa fuite éperdue, faillit se lancer à sa poursuite, mais y renonça. A son tour, elle s’agenouilla devant la dalle et pria pour le repos de celui qu’elle avait tant haï, mais dont, comme d’autres, elle avait finalement subi le charme au point d’avoir accepté son amitié et pleuré sa mort d’un cœur vidé de toute rancune. Elle le reverrait toujours tel qu’il lui était apparu pour la dernière fois, au matin du dernier combat : un chevalier d’or dont le heaume portait un lion dressé, et qui s’enfonçait lentement dans la brume glacée de l’hiver, levant le bras dans un geste d’adieu. Le brouillard dense ne s’était déchiré pour lui qu’au moment d’entrer dans les ténèbres de la mort...

Souvent, elle s’était demandé quel aurait été l’avenir si le duc Charles avait survécu. Aurait-il réussi à trouver les moyens de poursuivre ses guerres incessantes avec une

Bourgogne exsangue et des Flandres exaspérées ? Certainement pas, mais avec ses ultimes ressources, il aurait continué à se battre, à poursuivre ses rêves d’hégémonie jusqu’à ce que la mort le prenne et ses derniers fidèles avec lui. Au fond, tout était bien ainsi et la grandeur tragique de son trépas devait le satisfaire. Mais il n’était pas juste qu’un enfant restât prisonnier de ce drame et de l’auréole fascinante que confèrent les légendes.

Fiora décida que Battista n’en avait pas fini avec elle. Quittant l’église, elle rejoignit la place de la Halle et, arrêtant un passant, lui demanda le chemin du prieuré Notre-Dame. L’homme se contenta de lui indiquer une rue au fond de laquelle, en effet, apparaissait une chapelle dont le clocher avait été réduit de moitié par un boulet de canon.

L’entrée du couvent se trouvait au chevet de l’église et Fiora alla tirer une cloche qui pendait près d’une vieille porte rébarbative, bardée et cloutée de fer comme une entrée de prison, que perçait un guichet grillagé. A la figure replète qui s’y encadra, la jeune femme exposa qu’elle implorait au père prieur de cette sainte maison la faveur d’une courte entrevue. Le guichet se referma et elle dut attendre de longues minutes avant que la porte ne s’entrouvrît pour lui livrer un mince passage. De l’autre côté, le frère portier, aussi ample de corps que rond de visage, lui fit signe de le suivre et sans un mot la conduisit dans une petite salle basse et humide dépourvue du moindre meuble. Seul, un grand crucifix de bois noir indiquait que l’on ne se trouvait pas dans une cave. Toute la maison sentait le salpêtre et la moisissure, mais cette pièce à laquelle on accédait en descendant quelques marches avait un aspect misérable qui serra le cœur de la jeune femme. Le charmant Battista prisonnier de ce tombeau, depuis plus de deux ans, cela lui parut un invraisemblable non-sens ! Fallait-il qu’il eût aimé le Téméraire, pour se condamner à cette lente destruction !

Au grand moine noir et blanc brusquement apparu sans qu’elle l’eût entendu venir, elle exposa sa requête : elle souhaitait s’entretenir un instant avec le jeune novice qui, dans le siècle, s’était appelé Battista Colonna :

– Je viens de Rome, assura-t-elle avec aplomb, et j’ai pour lui un message de sa famille.

Le mensonge lui était venu aux lèvres naturellement, pour la simple raison qu’elle était prête à employer toutes les armes afin d’enlever cet enfant à un univers sans espoir et pour lequel il ne pouvait avoir été créé. D’ailleurs, était-ce un mensonge ? Antonia qui l’envoyait était réellement la cousine de Battista et, par l’amour qu’elle lui portait, elle lui était plus proche encore...

– Ne pouvez-vous me confier ce message ? fit le prieur en dévisageant la visiteuse avec une insistance que celle-ci jugea déplaisante.

– Il ne s’agit pas d’une lettre, mais d’un message verbal qui ne saurait prendre sa véritable signification en passant par votre voix, Votre Révérence. Veuillez me pardonner cette franchise.

Mais le religieux n’entendait pas se rendre si aisément.

– Une famille, cela peut être vaste. Je suppose qu’en l’occurrence, il s’agit d’un seul de ses membres. Me direz-vous au moins qui ? Comprenez, ma fille, que je suis comptable de l’âme de ce jeune garçon et que je ne souhaite pas voir troublée une paix qu’il a eu quelque peine à gagner, se hâta-t-il d’ajouter en voyant se froncer les sourcils de la jeune femme.

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