La nuit des longs couteaux
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux». Краткое содержание книги:
Cette purge permit au chancelier Adolf Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale. De ce fait, elle rassura la Reichswehr, les milieux conservateurs traditionnels, les grands financiers et industriels, principalement issus de la bourgeoisie prussienne et hostiles à des réformes sociales de grande ampleur, tout en créant un climat de terreur vis-à-vis de tous les opposants au régime.
Il y a un moment de silence, mais Buch, le grand juge, auquel Rœhm avait échappé en 1932, pose à nouveau la question du sort des chefs S.A. emprisonnés à Stadelheim. « Il faut fusiller ces chiens » s'écrie Hitler. Il prend une liste que lui tend Wagner, le ministre de l'Intérieur, et d'un geste rageur il fait une croix devant une série de noms. Parfois il hésite, puis la main dessine les deux nouveaux traits qui signifient la mort. Tout le monde se tait et on entend crisser la plume sur le papier. Quand il a terminé, le Führer donne la liste à Sepp Dietrich :
« Rendez-vous immédiatement à la prison de Stadelheim dit-il. Prenez six sous-officiers et un officier S.S. et faites exécuter ces chefs S.A. pour haute trahison. »
La liste des prisonniers est celle qu'a établie le directeur de la prison, le docteur Koch. Six noms d'officiers supérieurs de la Sturmabteilung ont été marqués d'une croix. Sepp Dietrich lit lentement
— Edmund Schmidt, Gruppenführer S.A., cellule 497
— Hans Joachim von Spreti-Weilbach, Standartenführer, cellule 501
— Hans Peter von Heydebreck, Gruppenführer S.A., cellule 502
— Hans Hayn, Gruppenführer, cellule 503
— August Schneidhuber, Obergruppenführer S.A., préfet de police de Munich, cellule 504
Le Führer ajoute sèchement : « J'ai gracié Rœhm, en raison des services rendus. »
Au dernier moment, Hitler a donc hésité encore : habileté politique ou scrupule, machiavélisme pour conserver un atout contre les autres clans ou souvenir du capitaine Rœhm qui l'avait aidé à accomplir ses premiers pas de politicien à Munich ? Quoi qu'il en soit, la consternation apparaît sur les visages de Buch, de Goebbels, de Bormann : Rœhm leur échappe encore et tant qu'il vivra un retournement du Führer ne sera pas impossible. Seule la mort de Rœhm peut les mettre à l'abri. Et ils veulent l'obtenir, coûte que coûte. Mais pour l'heure, il faut céder à Hitler, se contenter de ne pas laisser Rœhm s'enfuir, le tenir et avertir à Berlin, Gœring, Himmler et Heydrich. Il faut attendre et prendre aujourd'hui ce qu'accorde le Führer, les condamnations des six Führer de la S.A. enfermés à Stadelheim.
A LA PRISON DE STADELHEIM.
Dans les cellules, les chefs S.A. attendent. Malgré les hurlements du Führer, les coups reçus parfois, les insultes, le mépris des S.S., ils ne peuvent pas croire, imaginer qu'ils vont mourir alors que le régime de Hitler est toujours en place, qu'ils portent encore ces uniformes recouverts de grades et d'insignes qui attestent qu'ils étaient le pouvoir, qu'ils étaient eux, les S.A., la puissance et la force. Et puis il y a ce soleil d'été qui pénètre dans les cellules. Pourquoi mourir ? Quelle est cette histoire de fou ?
Vers 17 heures, Sepp Dietrich arrive à la prison de Stadelheim. Les ordres brefs qu'il donne sont immédiatement exécutés ; déjà alors qu'il atteint à peine le premier étage du bâtiment, six sous-officiers S.S. se rassemblent dans la cour qui à cette heure se trouve à l'ombre des hauts murs de pierres grises. Un officier de l'Ordre noir leur fait vérifier le fonctionnement de leurs armes et les aligne à dix mètres de l'un des murs. Dietrich pendant ce temps est introduit dans le bureau du directeur Koch et lui remet la liste des prisonniers condamnés à mort. Koch hésite, ses lèvres tremblent : depuis ce matin, il a peur, le monde bascule, il sent que la vie des hommes aujourd'hui, est fragile, menacée. Il a peur de prendre une décision, peur d'accepter et de refuser. Néanmoins il proteste, au nom du respect des règles : la liste n'est pas signée, dès lors, dit Koch, il ne peut remettre les prisonniers à Sepp Dietrich. Le Gruppenführer n'a pas un mot de commentaire : il reprend la liste et quelques minutes plus tard sa voiture file vers la Maison Brune. Peut-être lui aussi préfère-t-il être couvert par une autorité supérieure. C'est le ministre Wagner qui, à la Maison Brune, signe sans hésiter et le sursis accordé aux officiers S.A. s'achève.
Le peloton est rangé dans la cour déserte. Sepp, escorté de deux S.S., va vers la première cellule et le bruit sec des serrures fait sursauter le prisonnier qui se lève. Dietrich salue : « Vous avez été condamné à mort par le Führer pour haute trahison. Heil Hitler. » Les deux S.S. s'avancent et le prisonnier, hier l'un de ceux qui détenaient le pouvoir et qui pesaient sur la vie des hommes, les suit dans le couloir vers la cour, bientôt il est le dos au mur regardant peut-être jouer la lumière du soleil dans les vitres des bureaux du premier étage, pendant que retentissent les commandements. « Le Führer l'exige, crie l'officier S.S. qui dirige le peloton. En joue. Feu ». Et le corps tombe.
Dans les autres cellules on entend les salves et le cauchemar devient réalité.
Quand Dietrich se présente devant l'Obergruppenführer Schneidhuber, celui-ci lui crie : « Camarade Sepp, mais c'est de la folie, nous sommes innocents. » Et le Gruppenführer répète seulement : « Vous avez été condamné à mort par le Führer pour haute trahison ; Heil Hitler ! »
Mais la détermination de Sepp Dietrich n'empêche pas qu'il est saisi par la nausée que donnent ces exécutions à répétition. Le S.S. dira plus tard : « Juste avant le tour de Schneidhuber, j'ai filé, j'en avais marre. » Plusieurs fois encore retentit dans la cour le commandement sinistre : « Le Führer l'exige. En joue. Feu ». Un nouveau prisonnier s'écroule. Le crépuscule descend sur Munich.
« HEIL HITLER l »
Sepp Dietrich est rentré à la Maison Brune pour faire son rapport. « Les traîtres ont payé », dit-il simplement à Hitler. Celui-ci qui s'était enfermé dans un long silence paraît sursauter. Il semble avoir brusquement retrouvé sa colère rageuse et son assurance depuis que Dietrich l'a assuré que ses adversaires sont bien morts. Il va, dit-il, parler aux S.A. A l'annonce de l'arrivée de Hitler, les S.A. se rassemblent dans l'une des grandes salles et à son arrivée ils poussent des hourras. Le Führer est dur et habile : « Vos chefs trahissaient votre confiance, lance-t-il ; vous demeuriez en première ligne et vos officiers passaient leurs nuits à festoyer, à vivre dans le luxe, à dîner en ville ».
Les S.A. se taisent, ils devinent que le Führer leur donne le moyen de se disculper en abandonnant leurs chefs. « S.A., continue-t-il, il s'agit maintenant de savoir si vous êtes avec moi ou avec ceux qui se jouaient de vous et profitaient seulement de votre dévouement pour édifier leurs fortunes personnelles. Acclamez votre nouveau chef, Lutze, et attendez mes ordres qu'il vous transmettra ».
Lutze s'avance et lance un Heil Hitler ! énergique. Toute la salle reprend le cri puis avec Lutze entonne le Horst Wessel Lied, pendant que le Führer, les bras croisés, le buste en avant, fixe cette foule de visages, ces hommes qui viennent de renier une partie de leur passé. Alors que Hitler se retire, Lutze précise que les S.A. sont désormais libres de quitter la Maison Brune. « Vous allez, continue-t-il, regagner isolément et directement vos demeures et y abandonner vos uniformes. Vous n'interviendrez plus dans une affaire quelconque avant d'avoir reçu l'avis que la S.A. est réorganisée et réunie à nouveau ».
A l'exception de quelques S.A. retenus à la Maison Brune, tous les autres peuvent regagner leurs domiciles. Un à un, en silence ils s'éloignent dans les rues de Munich encore inondées de soleil. Des passants se retournent, regardant passer ces S.A. qui n'ont plus l'allure martiale et provocatrice des jours de victoire, mais la démarche lourde des vaincus qui cherchent à se dissimuler au plus vite. Du haut de leurs camions les soldats de la Reichswehr et leurs officiers qui font les cent pas devant le siège du parti paraissent ne même pas voir passer ces miliciens en chemise brune qui prétendaient un jour organiser et commander l'éternelle et invincible armée allemande.