La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
«Tu sais, n’est-ce pas? que Maxime et moi nous sommes deux orphelins; comme moi, il a perdu son père et sa mère, quand il était encore tout jeune, et lorsqu’il eut l’idée de me demander en mariage, c’est à moi-même qu’il s’adressa pour obtenir ma main. Il y avait longtemps que cette main-là me démangeait. Je l’aimais déjà pour tout le bien qu’il m’avait fait, le soin qu’il avait pris de mon enfance et ma reconnaissance n’attendait qu’un signe pour se changer en amour. On n’aime comme cela qu’une fois dans sa vie, et je n’y mis pas de résistance.
«D’ailleurs, je sentais bien qu’il m’aimait. Il n’est pas besoin qu’on vous apprenne ces choses-là. Dès qu’il me parla de mariage, j’acceptai tout de suite! Et le parloir de Sainte-Marthe doit avoir gardé le souvenir des transports de joie auxquels Maxime s’abandonna lorsque je lui avouai que je serais heureuse de devenir sa femme.
«Dès le lendemain, je quittai le couvent, et le soir même nous prenions le train de Brest.
«Il y a non loin de notre premier port de guerre, sur la côte ouest, un petit manoir du quinzième siècle, qui est habité depuis de longues années par une vieille tante de Maxime, la seule parente qui lui reste.
«Elle a soixante-quinze ans: on ne lui en donnerait pas soixante.
«Elle est vive, alerte, bienveillante, avec deux yeux pétillants d’esprit et de malice.
«Dès le jour où je lui fus présentée, je sentis que j’allais l’aimer comme si elle avait été ma mère.
«Elle m’accueillit d’ailleurs tout de suite comme son enfant, et pendant que Maxime allait s’occuper des préparatifs du mariage, je vécus avec elle.
«Au surplus, ce ne fut pas long.
«Maxime avait hâte de m’appeler sa femme; et moi, pourquoi le cacher? j’avais autant d’impatience que lui.
«Ce fut un bien beau jour.
«Nous avons reçu la bénédiction nuptiale dans la petite église du bourg. Nous n’avions autour de nous que quelques amis de Maxime et quelques relations de notre tante.
«Mais, Maxime et moi, nous ne nous occupions guère de cela. Nous avions le ciel dans notre cœur ému d’une sainte émotion, et nous étions heureux! à rendre jaloux tous ceux qui nous regardaient passer.
«Ce fut simple et grand comme le bonheur même.
«J’étais pénétrée d’une sorte de crainte délicieuse, de trouble ineffable; il me semblait que, pour la première fois, j’allais mettre le pied dans un monde nouveau, inconnu, mystérieux surtout!
«On eût dit que mademoiselle Mariette allait disparaître; c’était en quelque sorte une terreur qui me prenait partout, et au fond de laquelle il y avait une sensation exquise!…
«C’est difficile à expliquer; tu verras quand tu seras madame de Pradelle!…
«Car tu seras madame Gaston, comme je suis madame Maxime et, quoique tu ne m’en aies rien dit, j’ai bien deviné que tu l’aimais.
«Donc, voilà un mois que nous sommes mariés, et si tu savais de quels enchantements est faite cette vie à deux, dans une solitude mélancolique et tendre, avec les grands aspects de l’infini que la mer développe devant nos yeux.
«Il est convenu que nous vivrons ici, quand Maxime sera débarqué, et que j’y resterai près de sa tante quand il sera absent.
«Moi, cela m’est fort indifférent.
«Avec lui, j’habiterai où il voudra; sans lui, que m’importe le lieu où je vivrai en attendant son retour.
«Mais il ne faut pas prévoir les malheurs de si loin.
«Pour le moment, voici ce que nous avons résolu:
«Demain, nous quittons le manoir et nous nous envolons vers Paris: Tu entends bien, Paris!
«Nous y serons presque en même temps que cette lettre.
«Maxime veut que je voie l’Italie. – Avec lui, j’irais en Chine.
«Prépare-toi donc, mon cher trésor, à revoir madame de Palonnier. Résigne-toi d’avance à recevoir les nombreuses confidences qu’elle grille de te faire, et crois toujours à la profonde et inaltérable affection de ta
«Mariette.»
XIV
La lecture de cette lettre communiqua à Edmée une bien douce émotion, et elle eut pour effet de la distraire pendant quelques minutes des sombres pensées qui assiégeaient son esprit.
La petite pensionnaire de Sainte-Marthe n’avait pas changé. Même au milieu de son bonheur, elle restait la même: vive, rieuse, expansive, incapable de rien dissimuler de ses impressions les plus intimes. Edmée la retrouvait tout entière, et elle souriait à son image charmante qui se représentait à elle, comme aux beaux jours du couvent.
Car maintenant, après les épreuves par lesquelles elle avait passé, sous l’empire du trouble qui lui était resté des événements accomplis, c’est avec une sorte de jouissance pénétrante et douce qu’elle évoquait parfois les souvenirs de Sainte-Marthe.
Elle était heureuse alors; du moins aucun souci sérieux n’empoisonnait les joies sereines auxquelles elle s’abandonnait. Elle ne voyait rien au delà de cet horizon que lui faisait l’amour de son père, et, si elle eût été consultée, peut-être n’eût-elle pas demandé autre chose que la continuation de cette vie monotone et calme.
Mais depuis, d’autres sentiments plus puissants s’étaient fait jour dans son cœur; des aspirations nouvelles s’étaient emparées avec autorité de son esprit; il lui était venu des doutes mauvais, des désirs inquiets qui avaient modifié sa vie.
Que n’eût-elle pas donné pour retourner en arrière! pour revivre quelques jours dans la sécurité du cloître, inconsciente du bonheur mondain, indifférente à ce bruit, ce mouvement, cette agitation qui l’avaient comme grisée, et avaient altéré la pure sérénité dont elle jouissait naguère.
Mais non!
À la réflexion, elle eût refusé ce retour vers le passé.
Désormais, elle sentait bien que c’était impossible.
Maintenant, elle aimait!… Et elle eût préféré mourir plutôt que de renoncer au bonheur que lui promettait l’amour de Gaston, et dont la lettre de Mariette lui apportait un avant-goût exquis.
Il n’en fallut pas davantage pour la rappeler à la gravité de la situation.
Son père allait venir et elle avait besoin de tout son courage pour affronter cette entrevue. Son père!
La pauvre enfant était bien émue, et son cœur se brisait chaque fois qu’elle pensait au chagrin qu’elle avait dû lui causer depuis quelques jours.
Elle le connaissait bien et elle savait qu’il avait du cruellement souffrir.
C’était le scandale, la honte, que la curiosité publique allait audacieusement exploiter.
Si elle avait réfléchi avant de fuir le couvent et d’accompagner Gaston, peut-être eût-elle hésité.
Elle n’avait pas compris tout de suite l’énormité de sa faute. Maintenant elle avait peur! mais il était trop tard.
Après tout, mieux, valait encore qu’il en fût ainsi. Dans la situation présente, il fallait prendre un parti, et, quel qu’il fût, il serait toujours préférable à l’avenir qui lui était réservé.
Si son père l’aimait réellement, il devait lui-même s’applaudir de cette obligation qui lui était faite de prendre une résolution définitive.
Toutes ces pensées se succédèrent rapidement dans son esprit, et elle ne conserva plus bientôt que cette sorte d’appréhension vague qui vous prend toujours à la veille d’événements importants.