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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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Il s’arrêta.

– Qu’y a-t-il? demanda M. de Beaufort.

Le concierge lui tendit une lettre qu’il tenait à la main.

– C’est une lettre! répondit-il. On vient de l’apporter à l’instant, et j’allais la remettre à Germain.

M. de Beaufort prit la lettre, jeta un coup d’œil sur la souscription à la lueur du gaz, et frissonna.

C’était l’écriture d’Edmée!

– Bien! c’est bien! dit-il.

Et il courut s’enfermer dans son cabinet. Un instant après, il lisait ce qui suit:

«Cher père adoré,

«On m’apprend, à l’instant que vous êtes venu à l’hôtel, et que vous avez demandé à me parler.

«Je suis bien désolée, car je comprends toutes les inquiétudes que vous devez éprouver, et j’aurais voulu vous expliquer tout ce qui s’est passé.

«J’allais vous écrire moi-même: j’ai bien besoin de vous voir, de vous rassurer, d’obtenir mon pardon pour la peine que je vous cause; de vous dire surtout que je vous aime, comme jamais peut-être je ne vous avais aimé encore.

«Ne vous hâtez pas trop de juger ma conduite… Remettez avant de me condamner…

«Demain, je vous attendrai toute la journée. – Vous viendrez, n’est-ce pas?

«J’ai bien pleuré depuis hier, en pensant à vous, qui avez été toujours si bon pour moi; croyez que je vous conserve au fond de l’âme une inaltérable affection contre laquelle rien ne prévaudra.

«Les larmes m’aveuglent… ô mon bon père, songez que votre fille vous attendra demain, et que ce lui sera une grande consolation de pleurer dans vos bras et sur votre cœur.

«Edmée.»

XIII [1]

La journée du lendemain fut attendue par tous avec une impatience qui s’explique, sans qu’il soit besoin d’y insister.

M. de Beaufort avait fait connaître à madame de Beaufort la lettre d’Edmée, et les termes dans lesquels s’exprimait la pauvre enfant avaient communiqué une sorte d’espoir aux hôtes de la rue de la Chaussée-d ’Antin.

M. de Beaufort ne pouvait penser que sa fille se montrerait impitoyable; il connaissait son cœur excellent, et le contact de Fanny Stevenson ne pouvait pas, en si peu de temps, lui avoir fait oublier l’amour qu’elle avait toujours témoigné à son père.

Mais que d’appréhensions cependant, et que d’inquiétudes le tinrent éveillé pendant une partie de la nuit!

Quant à Edmée, on eût dit qu’après avoir écrit à son père un grand apaisement s’était fait en elle. La fièvre qui l’agitait s’était calmée; une sérénité radieuse éclatait maintenant sur son front, et quand par hasard un voile passait sur son regard, il était promptement dissipé, et un sourire d’une ineffable douceur venait relever le coin de sa lèvre.

Le matin du jour suivant, elle se leva de bonne heure.

Fanny Stevenson entra dans sa chambre dès qu’elle fut levée, et après l’avoir baisée longuement au front, la retint un moment étroitement serrée contre sa poitrine.

– Ainsi, tu es bien décidée? lui dit-elle d’une voix émue.

– Oui, chère mère, bien décidée… répondit Edmée en la regardant dans les yeux.

– Tu ne regretteras rien?

– Rien! rien! croyez-le. Mais, vous-même, vous m’avez dit…

– Moi! je n’ai qu’une pensée…, ton bonheur! et si tu es heureuse…

– Ah! c’est la réalisation de mon rêve le plus cher, et quoi qu’il arrive…

Elle allait continuer… elle s’arrêta brusquement.

On venait de sonner.

– Mon père! balbutia la pauvre enfant en devenant subitement pâle.

– Ce ne peut être lui encore, répliqua Fanny Stevenson; il est à peine neuf heures.

– Qui cela peut-il être, alors? Fanny Stevenson alla ouvrir. C’était Bob.

Edmée eut un cri d’effroi.

– Qu’y a-t-il? fit-elle en se précipitant vers Bob. M. Gaston?…

– Le commandant a passé une fort bonne nuit, répondit le novice, et il vous présente tous ses respects. Seulement, il a reçu ce matin une lettre sous l’enveloppe de laquelle il y en avait une seconde qui vous était adressée, et il m’a ordonné de vous l’apporter immédiatement.

En parlant ainsi, Bob remit à Edmée une lettre dont celle-ci s’empressa de déchirer l’enveloppe.

Elle courut à la signature: elle était de Mariette.

Il y avait longtemps qu’Edmée n’avait entendu parler de la jolie pensionnaire de Sainte-Marthe, et ce lui fut une grande joie d’avoir de ses nouvelles.

La lettre avait huit pages d’une écriture menue et serrée, et on voyait que la petite Mariette avait voulu rattraper le temps perdu.

Edmée ne remit pas à la lire.

Elle congédia Bob aussitôt, en le priant de prévenir Gaston qu’elle irait bientôt lui faire connaître le résultat de l’entretien qu’elle allait avoir avec son père, et comme Fanny Stevenson jugea que sa présence ne pouvait plus lui être utile, elle suivit le jeune novice, laissant sa fille tout entière à la lettre qu’elle venait de recevoir.

Dès qu’elle fut seule, Edmée en commença la lecture.

Et à peine eut-elle jeté un coup d’œil sur les premières lignes, qu’une expression de profond étonnement se répandit sur ses traits.

La lettre était datée de Kerbrat, près Saint-Renan (Finistère), et elle portait en grosses lettres soulignées, ces mots, qui étaient une révélation:

«MADAME DE PALONNIER, NÉE MARIETTE DU PARC, À MADEMOISELLE EDMÉE DE BEAUFORT.»

Et elle continuait ainsi, qu’il suit:

«Je vois d’ici ton étonnement, chère Edmée; tu lis et relis cette ligne, que je viens d’écrire et tu as peine à en croire tes yeux. Pourtant rien n’est plus vrai. La petite Mariette n’est plus! elle s’appelle maintenant madame de Palonnier. Comprends-tu? Et si tu savais comme je suis heureuse! Ah! le bonheur! on m’avait toujours dit que ça ne dure pas. Chaque soir je pensais: demain, ce sera fini. Eh bien! pas du tout: car chaque jour ça recommence.

«Il est vrai qu’il n’y a guère qu’un mois que je suis mariée; mais ce mois-là, on ne le donnerait pas pour tous les trésors de ce monde – et de l’autre.

«Depuis que j’ai quitté Paris, je t’ai écrit un paquet de lettres, les unes à Sainte-Marthe, où tu n’es plus sans doute, puisque tu ne m’as pas répondu. – Je t’en félicite.

«Mais je t’ai écrit également rue de la Chaussée-d ’Antin et tu ne m’as pas répondu davantage.

«Où es-tu donc? Qu’es-tu devenue?

«Alors l’idée m’est venue de placer ma lettre sous l’enveloppe de celle que Maxime écrit à M. Gaston, et je suis tranquille désormais, car je suis assurée que le commandant, saura bien te dénicher.

«Pauvre chère, il me semble que je t’aime encore plus qu’avant. Le mariage, c’est bien drôle, va; tu verras cela toi-même, et j’espère que ce sera bientôt.

«Mais je veux te raconter par le menu comment ces graves événements se sont accomplis et par quelle suite d’enchantements j’ai passé.

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