Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
– Sans doute parce qu’il y a ressemblance et ressemblance; celle-là est frappante, et si vous le voyiez…
– Eh bien?
– Vous en conviendriez vous-même.
– Si je le voyais, dit Aramis d’un air dégagé; mais je ne le verrai pas, selon toute probabilité.
– Et pourquoi?
– Parce que, si je mettais seulement le pied dans une de ces horribles chambres, je me croirais à tout jamais enterré.
– Eh non! l’habitation est bonne.
– Nenni.
– Comment, nenni?
– Je ne vous crois pas sur parole, voilà tout.
– Permettez, permettez, ne dites pas de mal de la deuxième… Bertaudière. Peste! c’est une bonne chambre, meublée fort agréablement, ayant tapis.
– Diable!
– Oui! oui! il n’a pas été malheureux, ce garçon-là, le meilleur logement de la Bastille a été pour lui. En voilà une chance!
– Allons! allons! dit froidement Aramis, vous ne me ferez jamais croire qu’il y ait de bonnes chambres à la Bastille; et quant à vos tapis…
– Eh bien! quant à mes tapis?…
– Eh bien! ils n’existent que dans votre imagination; je vois des araignées, des rats, des crapauds même.
– Des crapauds? Ah! dans les cachots, je ne dis pas.
– Mais je vois peu de meubles et pas du tout de tapis.
– Êtes-vous homme à vous convaincre par vos yeux? dit Baisemeaux avec entraînement.
– Non! oh! pardieu, non!
– Même pour vous assurer de cette ressemblance, que vous niez comme les tapis?
– Quelque spectre, quelque ombre, un malheureux mourant.
– Non pas! non pas! Un gaillard se portant comme le pont Neuf.
– Triste, maussade?
– Pas du tout: folâtre.
– Allons donc!
– C’est le mot. Il est lâché, je ne le retire pas.
– C’est impossible!
– Venez.
– Où cela?
– Avec moi.
– Quoi faire?
– Un tour de Bastille.
– Comment?
– Vous verrez, vous verrez par vous-même, vous verrez de vos yeux.
– Et les règlements?
– Oh! qu’à cela ne tienne. C’est le jour de sortie de mon major; le lieutenant est en ronde sur les bastions; nous sommes maîtres chez nous.
– Non, non, cher gouverneur; rien que de penser au bruit des verrous qu’il nous faudra tirer, j’en ai le frisson.
– Allons donc!
– Vous n’auriez qu’à m’oublier dans quelque troisième ou quatrième Bertaudière… Brou!…
– Vous voulez rire?
– Non, je vous parle sérieusement.
– Vous refusez une occasion unique. Savez-vous que, pour obtenir la faveur que je vous propose gratis, certains princes du sang ont offert jusqu’à cinquante mille livres?
– Décidément, c’est donc bien curieux?
– Le fruit défendu, monseigneur! le fruit défendu! Vous qui êtes d’Église, vous devez savoir cela.
– Non. Si j’avais quelque curiosité, moi, ce serait pour le pauvre écolier du distique.
– Eh bien! voyons, celui-là; il habite la troisième Bertaudière, justement.
– Pourquoi dites-vous justement?
– Parce que, moi, si j’avais une curiosité, ce serait pour la belle chambre tapissée et pour son locataire.
– Bah! des meubles, c’est banal; une figure insignifiante, c’est sans intérêt.
– Un quinze livres, monseigneur, un quinze livres, c’est toujours intéressant.
– Eh! justement j’oubliais de vous interroger là-dessus. Pourquoi quinze livres à celui-là et trois livres seulement au pauvre Seldon?
– Ah! voyez, c’est une chose superbe que cette distinction, mon cher monsieur, et voilà où l’on voit éclater la bonté du roi…
– Du roi! du roi!
– Du cardinal, je veux dire.» Ce malheureux, s’est dit M. de Mazarin, ce malheureux est destiné à demeurer toujours en prison.»
– Pourquoi?
– Dame! il me semble que son crime est éternel, et que, par conséquent, le châtiment doit l’être aussi.
– Éternel?
– Sans doute. S’il n’a pas le bonheur d’avoir la petite vérole, vous comprenez… et cette chance même lui est difficile, car on n’a pas de mauvais air à la Bastille.
– Votre raisonnement est on ne peut plus ingénieux, cher monsieur de Baisemeaux.
– N’est-ce pas?
– Vous vouliez donc dire que ce malheureux devait souffrir sans trêve et sans fin…
– Souffrir, je n’ai pas dit cela, monseigneur; un quinze livres ne souffre pas.
– Souffrir la prison, au moins?
– Sans doute, c’est une fatalité; mais cette souffrance, on la lui adoucit. Enfin, vous en conviendrez, ce gaillard-là n’était pas venu au monde pour manger toutes les bonnes choses qu’il mange. Pardieu! vous allez voir: nous avons ici ce pâté intact, ces écrevisses auxquelles nous avons à peine touché, des écrevisses de Marne, grosses comme des langoustes, voyez. Eh bien! tout cela va prendre le chemin de la Deuxième Bertaudière, avec une bouteille de ce Volnay que vous trouvez si bon. Ayant vu, vous ne douterez plus, j’espère.
– Non, mon cher gouverneur, non; mais, dans tout cela, vous ne pensez qu’aux bienheureuses quinze livres, et vous oubliez toujours le pauvre Seldon, mon protégé.
– Soit! à votre considération, jour de fête pour lui: il aura des biscuits et des confitures, avec ce flacon de porto.
– Vous êtes un brave homme, je vous l’ai déjà dit et je vous le répète, mon cher Baisemeaux.
– Partons, partons, dit le gouverneur un peu étourdi, moitié par le vin qu’il avait bu, moitié par les éloges d’Aramis.
– Souvenez-vous que c’est pour vous obliger, ce que j’en fais, dit le prélat.
– Oh! vous me remercierez en rentrant.
– Partons donc.
– Attendez que je prévienne le porte-clefs.
Baisemeaux sonna deux coups, un homme parut.
– Je vais aux tours! cria le gouverneur. Pas de gardes, pas de tambours, pas de bruit, enfin!
– Si je ne laissais ici mon manteau, dit Aramis, en affectant la crainte, je croirais, en vérité, que je vais en prison pour mon propre compte.
Le porte-clefs précéda le gouverneur; Aramis prit la droite; quelques soldats épars dans la cour se rangèrent, fermes comme des pieux, sur le passage du gouverneur.
Baisemeaux fit franchir à son hôte plusieurs marches qui menaient à une espèce d’esplanade; de là, on vint au pont-levis, sur lequel les factionnaires reçurent le gouverneur et le reconnurent.
– Monsieur, dit alors le gouverneur en se retournant du côté d’Aramis et en parlant de façon que les factionnaires ne perdissent point une de ses paroles; monsieur, vous avez bonne mémoire, n’est-ce pas?
– Pourquoi? demanda Aramis.