Le vieil homme et la guerre
- Автор: Скальци Джон
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 978-2-84172-356-0
- Переводчик: Bernadette Emerich
- Жанр: Боевая фантастика
Электронная книга - «Le vieil homme et la guerre». Краткое содержание книги:
— Et quel âge avez-vous tous ?
— L’escadron a dix soldats, y compris moi-même, répondit Mendel. Je suis le plus vieux. J’ai cinq ans et demi. Les autres ont entre deux et cinq ans. L’âge total est de trente-sept ans et deux mois environ.
— J’ai soixante-seize ans. Donc il a raison. Même si aucune recrue des FDC ne lui aurait laissé gagner son pari. Nous ne nous engageons pas avant soixante-quinze ans. Et permettez-moi de vous dire qu’il est profondément perturbant d’être deux fois plus âgé que votre escadron entier.
— Certes, mon lieutenant, admit Mendel. Mais, d’un autre côté, nous sommes dans cette vie au moins depuis deux fois plus longtemps que vous. Donc ça revient au même.
— Sans doute.
— Ce doit être intéressant, mon lieutenant, intervint Bohr, assis un peu plus loin à la table. Vous avez eu toute une existence avant celle-ci. C’était comment ?
— Qu’est-ce qui était comment ? Ma vie ou d’avoir une vie avant celle-ci ?
— Les deux.
Je réalisai soudain qu’aucun de mes cinq compagnons de tablée n’avait saisi sa fourchette. La salle, animée du cliquetis d’ustensiles sur les plateaux évoquant celui des télégraphes, était soudain devenue silencieuse. Je me souvins que Jane m’avait dit que tout le monde s’intéressait à moi. Elle avait raison.
— Ce que j’aimais, c’était la vie. Un point c’est tout. J’ignore si elle paraît excitante ou même intéressante à ceux qui ne l’ont pas vécue. Mais, pour moi, c’était une chouette vie. Quant à l’idée d’avoir connu une existence avant celle-ci, je n’y ai pas vraiment réfléchi à ce moment-là. Je n’ai jamais pensé à quoi ressemblerait cette vie avant de m’y retrouver.
— Alors pourquoi l’avoir choisie ? demanda Bohr. Vous deviez tout de même avoir une petite idée de ce qu’elle serait.
— Non. Et aucun de nous, à mon avis. La majorité d’entre nous n’ont jamais été à la guerre ni dans l’armée. Aucun ne savait qu’on prendrait ce que nous étions pour le coller dans un nouveau corps qui n’est plus qu’en partie ce que nous étions avant.
— C’est plutôt stupide, mon lieutenant, déclara Bohr. (Il me rappela que le très jeune âge n’incitait pas au tact.) Je ne comprends pas pourquoi quelqu’un déciderait de s’engager quand il ignore dans quoi il va mettre les pieds.
— Eh bien, vous n’avez jamais eu mon âge. Une personne non modifiée de soixante-quinze ans se sent beaucoup plus disposée à faire le saut de la foi que vous.
— Mais quelle est la différence ? demanda Bohr.
— C’est parler comme un gamin de deux ans qui ne vieillira jamais.
— J’ai trois ans, repartit Bohr, quelque peu sur la défensive.
Je levai la main.
— Écoutez. Inversons nos points de vue. J’ai soixante-seize ans et j’ai fait un acte de foi lorsque je me suis engagé dans les FDC. D’un autre côté, c’est moi-même qui l’avais choisi. Je n’étais pas obligé d’y aller. Si vous avez du mal à imaginer ce que ça représentait pour moi, efforcez-vous de vous mettre à ma place. (Je pointai le doigt sur Mendel.) À cinq ans, je savais à peine lacer mes souliers. Si vous n’arrivez pas à imaginer ce que c’est d’avoir mon âge et de s’engager, comprenez-vous comme il est difficile pour moi de m’imaginer adulte à cinq ans et sans rien connaître d’autre que la guerre ? Au moins, je sais à quoi ressemble la vie en dehors des FDC. Et, pour vous, elle est comment, cette vie ?
Mendel regarda ses compagnons, qui le regardèrent en retour.
— C’est une chose à laquelle nous n’avons pas l’habitude de penser, mon lieutenant, répondit Mendel. Tout d’abord, nous ignorons notre singularité. Tous ceux que nous fréquentons sont « nés » de la même façon. De notre point de vue, c’est vous qui êtes singulier. Avoir connu une enfance et mené toute une autre vie avant d’entrer dans celle-ci. Ça paraît une façon inefficace de procéder.
— Vous ne vous êtes jamais demandé ce que serait la vie en dehors des Forces spéciales ?
— Je ne peux pas l’imaginer, répondit Bohr. (Les autres approuvèrent du chef.) Nous sommes tous des soldats solidaires. C’est notre métier. C’est ce que nous sommes.
— Voilà pourquoi on vous trouve si intéressant, dit Mendel. L’idée que cette vie serait un choix. L’idée qu’il y a une autre façon de vivre. C’est complètement bizarre.
— Que faisiez-vous, mon lieutenant ? demanda Bohr. Dans votre autre vie.
— J’étais écrivain. (Ils ont tous échangé un regard.) Eh bien ?
— Étrange façon de vivre, mon lieutenant, observa Mendel. Être payé pour aligner des mots.
— Il y a pire comme boulot.
— Nous ne voulions pas vous offenser, mon lieutenant, dit Bohr.
— Je ne le suis pas. Vous exprimez simplement un point de vue différent. Mais, du coup, je me demande pourquoi vous la faites.
— Faire quoi ?
— La guerre. Vous savez, la plupart des gens dans les FDC sont comme moi. Et la plupart dans les colonies sont encore plus différents de vous que de moi. Pourquoi vous battre pour eux ? Et avec nous ?
— Nous sommes humains, mon lieutenant, dit Mendel. Pas moins que vous.
— Vu l’état actuel de mon ADN, ça ne veut pas dire grand-chose.
— Vous savez que vous êtes humain, mon lieutenant, dit Mendel. Et nous aussi. Vous et nous sommes plus proches que vous ne le pensez. Nous savons comment les FDC sélectionnent leurs recrues. Vous vous battez pour des colons que vous n’avez jamais rencontrés. Des colons qui ont été les ennemis de votre pays à un moment donné. Pourquoi vous battez-vous pour eux ?
— Parce qu’ils sont humains et que je me suis engagé à le faire. Du moins, c’était ainsi au début. Maintenant je ne me bats plus pour les colons. Je veux dire si, mais, concrètement, je me bats – ou me battais – pour ma compagnie et mon escadron. Je veillais sur eux et eux veillaient sur moi. C’était aller au combat ou les laisser mourir.
Mendel acquiesça.
— C’est pour cette raison que nous nous battons aussi, mon lieutenant. Donc c’est quelque chose qui nous rend tous humains et solidaires. C’est bien de le savoir.
— En effet, fis-je en souriant.
Mendel répondit par un sourire plus large et saisit sa fourchette. Au même instant, les cliquetis d’ustensiles recommencèrent. Je levai les yeux à ce bruit et, dans un coin du fond de la salle, j’avisai Jane qui me regardait.
Au briefing du matin, le commandant Crick entra droit dans le vif du sujet.
— Les services de renseignement des FDC sont convaincus que les Rraeys sont des fraudeurs. La première partie de notre mission consiste à découvrir s’ils ont raison. Nous allons rendre une petite visite aux Consus.
Cette nouvelle m’a réveillé tout à fait. Apparemment, je n’étais pas le seul.
— Mais, bon sang, qu’est-ce que les Consus ont à voir là-dedans ? demanda le lieutenant Tagore, à ma gauche.
Crick lança un signe de tête vers Jane, qui était assise à son côté.
— À la demande du commandant Crick et d’autres officiers, j’ai effectué des recherches concernant un certain nombre des affrontements des FDC avec les Rraeys, afin de savoir s’il y avait un signe d’évolution technologique, expliqua Jane. Au cours du dernier siècle, nous avons eu douze affrontements militaires significatifs et plusieurs dizaines de petites escarmouches, dont une bataille majeure et six petites escarmouches au cours des cinq dernières années. Pendant toute cette période, la courbe technologique des Rraeys est restée loin derrière la nôtre. Un certain nombre de facteurs en sont la cause, dont leur préjugé culturel contre le progrès technologique systématique et leur absence de relations positives avec les espèces plus avancées technologiquement.