Le vieil homme et la guerre
- Автор: Скальци Джон
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 978-2-84172-356-0
- Переводчик: Bernadette Emerich
- Жанр: Боевая фантастика
Электронная книга - «Le vieil homme et la guerre». Краткое содержание книги:
— Je ne sais pas ce que mon âge vient faire là-dedans.
— Ça fait neuf ans que Kathy est morte. Je voulais savoir combien de temps ils se sont donné la peine d’attendre avant d’extraire ses gènes pour te fabriquer.
— J’ai six ans.
— J’espère que tu ne m’en voudras pas si je te dis que tu ne ressembles pas à la plupart des gamines de six ans que j’ai rencontrées.
— Je suis en avance pour mon âge… C’est une plaisanterie.
— Je sais.
— Parfois, les gens ne le comprennent pas. C’est parce que la plupart de ceux que je connais ont à peu près mon âge.
— Comment ça marche ? Je veux dire, c’est comment ? D’avoir six ans. De ne pas avoir de passé. Jane haussa les épaules.
— Je me suis éveillée un beau jour et je ne savais ni où j’étais ni ce qui allait se passer. Mais je me trouvais déjà dans ce corps et je savais déjà deux ou trois trucs. Parler. Marcher. Penser et me battre. On m’a appris que j’étais dans les Forces spéciales, qu’il était temps que je commence mon entraînement et que mon nom était Jane Sagan.
— Joli nom.
— Il a été choisi au hasard. Nos prénoms sont communs, notre nom de famille correspond presque toujours à celui de savants et de philosophes. Il y a un Ted Einstein et une Julie Pasteur dans mon escadron. Au début, tu ne le sais pas, bien sûr. Au sujet des noms. Plus tard, tu apprends un peu comment tu as été fabriqué, une fois qu’ils t’ont laissé développer le sens de ton identité. Aucun de ceux que tu connais n’a beaucoup de souvenirs. Ce n’est qu’en rencontrant des vrais-nés que tu découvres que tout en toi est différent. Et tu ne les rencontres pas souvent. On ne se mélange pas.
— Les vrais-nés ?
— C’est comme ça qu’on vous appelle.
— Si vous ne vous mélangez pas, que faisais-tu au réfectoire ?
— Je voulais un hamburger. Ce n’est pas interdit, mais personne ne le fait jamais.
— Il t’est arrivé de te demander à partir de qui tu avais été fabriquée ?
— Parfois. Mais impossible de le savoir. On ne nous dit rien au sujet de nos progés, ceux dont nous sommes faits. Certains d’entre nous sont issus de plusieurs personnes, tu sais. Mais, de toute façon, ce sont tous des morts. Obligé, sinon ils ne s’en serviraient pas pour nous fabriquer. Et nous ignorons qui les connaissait ; si ceux qui les connaissaient sont dans l’armée, il n’y a guère de chance qu’ils nous retrouvent. Et vous, les vrais-nés, mourez sacrément vite ici. Je ne connais personne qui ait rencontré le parent d’un progé. Ou son conjoint.
— Tu as montré la photo au lieutenant ? demandai-je.
— Non. Il me l’a demandé. J’ai dit que tu m’avais envoyé ta photo et que je l’avais jetée. Ce qui est vrai. Donc ce sera enregistré s’il vérifie. Je n’ai raconté à personne ce qu’on s’est dit. Je peux la ravoir ? La photo ?
— Bien sûr. J’en ai d’autres si tu les veux aussi. Si tu veux connaître Kathy, je peux t’en parler.
Jane me dévisagea. Dans la pénombre, elle ressemblait à Kathy plus que jamais. Cela me fit juste un peu mal de la regarder.
— Je ne sais pas, déclara-t-elle finalement. Je ne sais pas ce que je veux savoir. Laisse-moi réfléchir. Donne-moi cette photo-là pour le moment. S’il te plaît.
— Je te l’envoie.
— Il faut que je parte… Écoute, je ne suis pas venue. Et si tu me croises ailleurs, ne laisse pas entendre qu’on se connaît.
— Pourquoi ?
— C’est important pour le moment.
— D’accord.
— Montre-moi ton alliance.
— Bien sûr.
Je la retirai du doigt pour la lui tendre. Elle la tint à hauteur de ses yeux avec précaution et lorgna à travers.
— Il est inscrit quelque chose.
— « Mon amour est éternel – Kathy », dis-je. Elle l’a fait graver avant de me la donner.
— Tu as été marié pendant combien de temps ?
— Quarante-deux ans.
— Tu l’aimais beaucoup ? Ta femme. Kathy. Quand on est mariés depuis longtemps, on reste parfois ensemble par habitude.
— Parfois. Mais je l’aimais énormément. Pendant tout notre mariage. Je l’aime encore.
Jane se leva, me regarda encore une fois, me rendit mon alliance et partit sans dire au revoir.
— Des tachyons, annonça Harry alors qu’il gagnait la table du petit-déjeuner à laquelle j’étais assis avec Jesse.
— À tes souhaits, dit Jesse.
— Très drôle, répondit-il en s’asseyant. Les tachyons expliquent peut-être pourquoi les Rraeys connaissaient notre arrivée.
— Formidable, fis-je. Maintenant, si Jesse et moi savions ce que sont tes fameux tachyons, nous serions bien plus emballés à leur sujet.
— Ce sont des particules subatomiques exotiques. Les tachyons voyagent plus vite que la lumière et remontent le temps. Ils ne relèvent jusqu’à présent que de la théorie parce qu’il est difficile de repérer quelque chose qui, à la fois, est plus rapide que la lumière et remonte le temps. Mais la physique de la théorie de la propulsion de saut admet la présence de tachyons à chaque saut… Tout comme notre matière et notre énergie se transfèrent dans un univers différent, les tachyons de l’univers de destination retournent dans celui qu’ils ont quitté. Il existe une structure spécifique de tachyons produite par la propulsion de saut au moment du transfert. Si tu peux détecter des tachyons formant cette structure, tu sais qu’un vaisseau équipé d’une propulsion de saut arrive, et quand il arrive.
— Où as-tu entendu ce truc ? demandai-je.
— Contrairement à vous deux, je ne passe pas mes journées à glander. Je me suis fait des amis bien placés.
— Si tu connaissais cette structure des tachyons ou que sais-je encore, pourquoi n’avons-nous rien fait à ce sujet ? demanda Jesse. Ce que je viens d’entendre, c’est que nous sommes en permanence vulnérables et que, jusqu’à présent, nous avons simplement eu de la veine.
— Eh bien, n’oublie pas que l’existence des tachyons est purement théorique. Et je reste au-dessous de la vérité. Ils sont moins que réels. Au mieux, ce sont des abstractions mathématiques. Ils n’ont pas de relation avec l’univers réel dans lequel nous existons et nous déplaçons. Aucune espèce intelligente à notre connaissance ne les a jamais utilisés pour aucune application pratique. Ils n’en ont pas.
— Ou, du moins, c’est ce que nous pensons, dis-je.
Harry acquiesça d’un geste de la main.
— Si cette hypothèse est exacte, cela implique que les Rraeys ont une technologie bien plus avancée que celle que nous sommes capables de créer. Dans la course à la technologie, nous arrivons derrière eux.
— Alors comment les rattraper ? demanda Jesse.
Harry sourit.
— Mais qui parle de les rattraper ? Souvenez-vous, quand on s’est rencontrés pour la première fois sur la tige de haricot, nous avons parlé de la supériorité technologique des colonies. Vous vous rappelez comment j’ai suggéré qu’elles l’acquéraient ?
— Grâce aux rencontres avec des aliens, répondit Jesse.
— Précisément. Soit nous l’achetons, soit nous nous en emparons par la force. Maintenant, s’il existe vraiment un moyen de pister des tachyons d’un univers à un autre, nous pourrions probablement développer la technologie pour le faire. Mais cela prendrait du temps et des ressources dont nous ne disposons pas. Il est bien plus pratique de la subtiliser aux Rraeys.
— Tu es en train de dire que les FDC prévoient de retourner sur Corail ? dis-je.
— Si fait. Mais désormais l’objectif n’est pas de reprendre la planète. Ce ne sera même pas le but premier. Non, le but premier sera de nous emparer de la technologie de détection des tachyons et de trouver le moyen de la mettre hors circuit ou de l’utiliser contre eux.