Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]
- Автор: Херберт Фрэнк
- Серия: Dune (fr) #3
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00045-5
- Переводчик: Мишель Демют
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.
Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
Ghanima inspira profondément et s’appuya contre la muraille. Il faut que je fasse vite, songea-t-elle. Elle pointa le couteau vers le haut. Une douleur lancinante s’était éveillée dans sa jambe gauche, déchirée par les griffes. Le sang était brûlant sous la croûte fraîche. L’hémorragie ne tarderait pas à reprendre. Vite ! Tous ses sens plongèrent dans le calme Bene Gesserit qui préparait à la crise, repoussait la douleur ainsi que toutes les autres distractions hors de la conscience. Le félin devait frapper ! Lentement, elle promena la lame dans l’ouverture. Où était passé ce satané chat ? Une fois encore, elle frappa dans le vide. Rien. Il fallait provoquer le fauve.
Prudemment, elle huma les odeurs de la nuit. Sur sa gauche, il y avait une haleine tiède. Elle se prépara, aspira l’air à pleins poumons et cria : « Taqwa ! » C’était l’ancien cri de bataille Fremen dont les vieilles légendes rapportaient le sens véritable : « Le prix de la liberté ! » Dans le même temps, elle frappa vers le haut, et le krys décrivit un arc dans l’ouverture de la faille. Les griffes atteignirent son épaule avant que la pointe du couteau n’ait rencontré la chair du fauve. Elle eut à peine le temps de pivoter le poignet et de viser l’endroit d’où émanait la douleur avant que la souffrance véritable envahisse son bras, du coude au poignet. Confusément, elle sentit que la pointe du krys s’enfonçait dans la chair du fauve, avant que l’arme soit violemment arrachée de ses doigts soudain engourdis. Les étoiles furent libres à nouveau et, une fois encore, un chat mourant miaula au fond de la nuit. Il tombait, entraînant les rochers sur son passage. Puis ce fut le silence.
« Il a eu mon bras », dit Ghanima, tout en essayant de tordre un pan de sa robe autour de la blessure.
« C’est grave ? »
« Je crois. Je ne sens plus ma main. »
« Laisse-moi faire un peu de lumière et…»
« Pas avant que nous soyons à l’abri ! »
« Je ferai vite. »
Elle l’entendit farfouiller, en quête de son Fremkit. Le tissu lisse d’un écran de nuit effleura ses joues, glissa au-dessus de sa tête et Leto l’ajusta dans son dos. Il ne se soucia pas d’en assurer l’étanchéité.
« Le couteau est par-là, dit-elle. Je sens la poignée avec mon genou. »
« Laisse-le. »
Il alluma un petit brilleur et Ghanima cligna des yeux. Il posa le globe sur le sable, s’avança et étouffa un cri en découvrant son bras. La griffe du tigre avait tracé sur la face postérieure du bras un sillon sanglant qui tournait du coude au poignet, déchirant l’intérieur du bras. Le geste de Ghanima se lisait clairement dans cette blessure.
Ghanima regarda une fois la blessure puis ferma les yeux et entreprit de réciter la litanie contre la peur.
Lui aussi avait envie de réciter cette litanie, mais il repoussa la clameur de ses émotions car il lui fallait avant tout s’occuper de cette blessure. Et il devait être assez habile pour arrêter l’hémorragie tout en donnant l’illusion d’une intervention maladroite que Ghanima n’avait pu pratiquer que par elle-même. Il la laissa serrer le dernier nœud de sa main libre, les dents serrées sur le bandage.
« Maintenant, jetons un coup d’œil à la jambe », dit-il.
L’autre blessure n’était pas aussi profonde. Deux griffes avaient entaillé le mollet. Le sang s’était répandu dans le distille. Il nettoya la blessure du mieux qu’il put, la banda sous le distille et rajusta le vêtement par-dessus le bandage.
« J’ai laissé du sable, dit-il. Il faut faire nettoyer cela dès que tu seras de retour. »
« Du sable dans nos blessures, dit Ghanima. Pour les Fremen, c’est une vieille histoire. »
Il s’efforça de sourire tout en s’asseyant.
Ghanima inspira profondément et déclara : « Nous les avons repoussés. »
« Pas encore. »
Elle avala sa salive, luttant pour récupérer des suites du choc. Son visage paraissait pâle dans la clarté du brilleur.
Nous devons faire vite, à présent, pensa-t-elle. Celui qui dirigeait ces tigres ne saurait être loin.
Observant sa sœur, Leto ressentit tout à coup un douloureux sentiment de perte. C’était une souffrance qui s’ancrait profondément dans sa poitrine. Lui et Ghanima devaient se séparer maintenant. Durant les années qui avaient suivi leur naissance, ils n’avaient fait qu’une personne. Mais leur plan exigeait maintenant qu’ils subissent une métamorphose, qu’ils deviennent uniques, indépendants, sans que les expériences du quotidien vécu jour après jour puissent jamais les unir à nouveau, comme ils l’avaient été jadis.
Il choisit de se réfugier dans l’urgence pratique.
« Voici mon Fremkit, dit-il. J’ai utilisé les bandages. Quelqu’un pourrait l’examiner. »
« Oui. » Elle échangea son équipement contre le sien.
« Il y a certainement quelqu’un dans les environs, avec un émetteur pour les fauves. Il va très probablement nous attendre près du qanat, pour s’assurer de notre sort. »
Ghanima porta la main au pistolet maula, posé sur le Fremkit. Elle prit l’arme et la glissa dans sa ceinture sous sa robe.
« Ma robe est déchirée », dit-elle.
« Oui… Écoute, ceux qui nous recherchent seront bientôt ici. Il pourrait y avoir un traître parmi eux. Il vaut mieux que tu rentres seule et discrètement. Harah te cachera. »
« Je… je vais faire rechercher ce traître dès que je serai rentrée », dit Ghanima.
Elle chercha le regard de son frère, partageant l’absolue et douloureuse certitude que, désormais, ils vivraient des heures différentes et que jamais plus ils ne seraient qu’un seul être, partageant un savoir que nul autre ne pouvait comprendre.
« Je vais aller à Jacurutu », dit Leto.
« Fondak », dit-elle.
Il acquiesça en silence. Jacurutu/Fondak… Ce devait être un seul et même lieu. Ce n’était qu’ainsi que la cité légendaire avait pu se dissimuler. C’était le fait des contrebandiers, cela ne faisait pas le moindre doute. Il leur avait été si facile de remplacer un nom par un autre, d’agir sous le couvert de cette convention tacite qui leur permettait d’exister. Toute famille régnant sur un monde devait disposer d’une issue de secours en cas d’urgence. Et une faible participation aux profits de la contrebande suffisait pour que les verrous restent ouverts. A Jacurutu/Fondak, les contrebandiers s’étaient emparés d’un sietch totalement opérationnel que n’encombrait aucune population résidente. Et ils avaient choisi de dissimuler Jacurutu en la plaçant au vu de tous, à l’abri du tabou qui en écartait les Fremen.
« Il ne se trouvera jamais un Fremen pour me chercher là-bas, dit Leto. Bien sûr, ils interrogeront les contrebandiers, mais…»
« Nous ferons ce que nous avons décidé, coupa Ghanima, mais il faut seulement…»
« Je sais. »
Leto, entendant sa propre voix, réalisa qu’ils ne faisaient que prolonger ces moments qu’ils vivaient en commun. Un sourire amer effleura ses lèvres et il eut soudain quelques années de plus. Ghanima comprit qu’elle observait son frère au travers du voile du temps, qu’elle voyait un Leto plus vieux, et des larmes brûlèrent ses yeux.
« Il est encore trop tôt pour donner ton eau aux morts, lui reprocha Leto en effleurant ses joues. J’irai assez loin pour que nul n’entende parler de moi et j’appellerai un ver. (Il montra les hameçons à Faiseur accrochés à son Fremkit.) D’ici deux jours, avant l’aube, je serai à Jacurutu. »
« Ne t’attarde pas, mon vieil ami », murmura Ghanima.