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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– Ah! ah! fit un homme qui entrait à ce moment, une affaire d’or, dites-vous, mon gentilhomme?

Et le maître meunier, qui venait de pénétrer dans la salle, fixa sur Pardaillan un regard vif et perçant.

– Voyons l’affaire, reprit-il.

– Je veux simplement vous acheter quelques sacs de blé, mais en vous les payant dix fois le prix habituel.

– Dix fois le prix!…

– Oui, dit froidement le chevalier. Et notez qu’il m’en faut trente sacs. Vous le voyez, c’est une fortune…

– Trente sacs? dit le meunier qui jeta sur l’étrange acheteur un regard plus perçant et plus soupçonneux que le premier.

– Oui. Et je ne mets au marché qu’une condition: c’est de choisir moi-même mes sacs.

– C’est trop juste, dit le meunier qui alors, sans avoir l’air de le faire exprès, referma la porte d’entrée.

– Vous pouvez même pousser le verrou, mon brave, fit Pardaillan narquois. Surtout quand vous saurez que les sacs que je veux vous acheter sont justement les trente qui vous ont été apportés tout à l’heure par trente mulets.

À ces mots, le meunier jeta un cri d’appel, et, de la pièce voisine, les muletiers, poignards et pistolets aux poings, firent irruption. Pardaillan tira sa rapière et le combat allait s’engager, lorsqu’une voix forte retentit:

– Bas les armes!…

Les muletiers s’arrêtèrent comme pétrifiés. Pardaillan, de son côté, baissa la pointe de sa rapière. Et alors il vit entrer un grand vieillard à l’attitude hautaine, aux yeux inquisiteurs, qui fit un geste de commandement. Les muletiers et le meunier disparurent. Pardaillan rengaina son épée. Le vieillard le considéra avec attention pendant quelques secondes, puis il dit:

– Monsieur, je suis le maître de ce moulin. Si vous avez une affaire à proposer, c’est donc avec moi que vous devez traiter.

– Ainsi, dit Pardaillan, le vrai meunier de la butte Saint-Roch, c’est vous?

– C’est moi.

– Je le crois volontiers, monsieur, dit Pardaillan qui s’inclina avec cette courtoisie mêlée de respect qui chez lui avait tant de prix; car ce soi-disant meunier lui apparaissait comme un homme de haute et noble envergure.

– Monsieur, dit-il alors, je crois inutile d’employer avec vous les détours. Je commence donc par vous déclarer que j’ai surpris votre secret: les mulets qui sont montés ici étaient chargés d’or.

– C’est exact, monsieur: il y en a pour trois millions…

Pardaillan fit un geste d’indifférence: l’énoncé de cette somme énorme ne semblait pas l’avoir touché, et dès lors, l’étrange maître du moulin le considéra avec plus d’attention encore.

– C’est donc vous, reprit celui-ci, qui, tout à l’heure, vous êtes donné pour l’officier des droits de mouture, et avez ouvert un de nos sacs?…

– Non monsieur. Car jamais je ne me donne la peine de mentir. Mais j’ai surpris une conversation de cet homme, et j’ai su ainsi la vérité.

Le maître du moulin, ou celui qui se donnait pour tel, examina Pardaillan qui, de son côté, rendait examen pour examen. Il n’y avait pas sympathie. Mais chacun d’eux reconnaissait une force en son interlocuteur.

– Pourquoi, demanda tout à coup le chevalier, avez-vous empêché ces dignes muletiers de foncer sur moi?

– Parce que votre figure m’a intéressé. J’eusse été fâché qu’il vous arrivât malheur. Et dès l’instant où je vous ai vu monter le sentier et entrer ici, j’ai désiré vous connaître. Voulez-vous me dire votre nom?

– On m’appelle le chevalier de Pardaillan. Et vous?

– Moi, je m’appelle M. Peretti, dit le vieillard après une courte hésitation. Et maintenant, dites-moi dans quelle intention êtes-vous monté au moulin?

– Savez-vous, demanda Pardaillan, qui étaient ces deux hommes qui ont eu querelle avec un de vos muletiers?

– Je crois avoir, de loin, reconnu l’un d’eux… celui qui était vêtu en garçon meunier: c’est le sire de Maineville, qui appartient à la maison de Guise.

En parlant ainsi, M. Peretti fouillait les yeux de Pardaillan. Le chevalier ne s’étonna pas que ce meunier exerçât une telle surveillance et qu’il connût les gens de Guise.

– Et vous, monsieur de Pardaillan, reprit M. Peretti, n’êtes-vous pas au duc?

– Je vais vous dire, fit paisiblement le chevalier, dans quelle intention je suis monté au moulin. C’est cela que vous me demandiez, je crois; c’est cela qui vous intéresse. Vous saurez donc, monsieur Peretti, que je suivais justement M. de Maineville et son compagnon.

– Qui était ce compagnon? fit vivement M. Peretti.

– Vous avez deviné Maineville. Je vous ai dit mon nom à moi parce que vous me l’avez demandé. Quant à celui que vous ne connaissez pas et que je connais, moi, son nom vous est inutile, je le garde pour moi.

– Ah! ah!… vous devez avoir une bien vive amitié pour cet homme!… Mais continuez, je vous prie; vous m’intéressez de plus en plus.

– J’ai donc pu entendre la conversation de Maineville qui est à M. de Guise, comme vous l’avez dit. Or, ce que veut faire ce Maineville me déplaît fort, et je suis venu ici pour l’empêcher.

– Que veut-il donc faire?…

– Il veut aller dire à son seigneur et maître que les millions promis par le pape Sixte sont arrivés…

– Briccone! murmura M. Peretti qui, cette fois, pâlit.

– Plaît-il? fit Pardaillan.

– Rien… Poursuivez votre récit qui a pour moi un immense intérêt.

– Je m’en doute… Il paraîtrait donc que Sa Sainteté, après avoir promis, se dédit. Pourquoi? Je n’en sais rien, et peu m’en chaut. Seulement, Maineville veut revenir ici en force, s’emparer des précieux sacs de Sa Sainteté, porter à M. de Guise tout ce blé poussé à l’ombre du Vatican et que le duc convertirait en un gâteau royal. Et cela m’ennuie.

– Parce que vous voulez votre part du gâteau? fit M. Peretti en dardant son clair regard.

Pardaillan haussa les épaules.

– Si j’eusse voulu ma part, dit-il, je l’eusse prise. Non, je vous le répète; il me déplaît que M. de Guise mange de ce pain-là. Et je suis venu dire au meunier de céans: Brave homme, ce soir on t’enlèvera ton trésor… à moins que je m’en mêle. J’ai donc fait signe à deux ou trois hardis compères qui, avec moi, seront là pour recevoir dignement les envoyés de M. le duc de Guise.

– Et pour ce service, dit M. Peretti, pour cette défense que vous m’offrez, que demandez-vous?

– Rien, répondit Pardaillan.

M. Peretti tressaillit.

– Maître d’un pareil secret, et venant offrir vos services, pouvant exiger beaucoup, vous ne demandez rien… C’est bien beau, monsieur… Trop beau, peut-être!

Si bas que le vieillard eût prononcé ces derniers mots, Pardaillan les entendit et il dit:

– Évidemment, monsieur, vous pouvez soupçonnez une trahison sous ce désintéressement qui vous paraît beau, à vous, et qui me paraît à moi très simple puisque je n’ai nul besoin d’argent. Sans doute, vous pouvez vous demander si je ne suis pas un ennemi envoyé d’avance dans la place. Aussi n’ai-je à vous offrir que ma parole pour preuve de ma sincérité.

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