Les Pardaillan - Livre III - La Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:
Un bruit sec, lointain, venu de quelque part, il ne savait d’où, le fit sursauter. Ce bruit, c’était celui de l’horloge, précédant l’heure qui va sonner… Et dans le grand silence terrible qui enveloppait le moine, l’heure sonna avec une désespérante lenteur. Une sueur glaciale inonda son visage. Il compta les coups en frémissant, la gorge serrée par une inexprimable angoisse.
– Neuf!… Dix!… Onze!… Douze!…
Ses cheveux se hérissèrent sur sa tête… il fit un effort pour se lever et retomba à genoux, pétrifié, convulsé par une horreur sans nom… Car à ce douzième coup… à ce coup fatal du terrible minuit… la chapelle là-bas, au fond du chœur, à l’endroit même où se trouvait la porte des tombeaux souterrains, s’était éclairée d’une lueur étrange. D’une lueur que Jacques Clément comprit aussitôt ne pas être dans son imagination… une lueur réelle… extérieure à lui… Cela formait comme un nimbe très doux…
Un cri expira à ce moment dans sa gorge… La porte s’ouvrait!… Le prodige s’accomplissait… une apparition se montrait…
Mais au lieu du spectre qu’il attendait, ce que vit Jacques Clément, ce fut une éblouissante et radieuse figure… une femme jeune, adorablement belle, avec de grands cheveux blonds répandus sur ses épaules… et elle était vêtue de blanc… et elle tenait à la main une dague dont les reflets d’acier luisaient…
Jacques Clément, extasié, joignit les mains… Cette figure représentait celle de Marie de Montpensier!… celle qu’il adorait!…
Cependant l’apparition ne faisait aucun mouvement, ne s’avançait pas et regardait le moine en lui souriant d’un sourire infiniment doux, ou du moins qui semblait tel à Jacques Clément. Quelques secondes s’écoulèrent, pendant lesquelles cette horreur qui le paralysait se dissipa en partie.
– Qui es-tu? dit-il alors d’une voix haletante, à peine compréhensible. Es-tu l’image de celle que j’aime!… Es-tu d’essence divine, ou bien est-ce l’enfer qui me soumet à une nouvelle épreuve?…
L’apparition parla. D’une voix douce, bien timbrée, ou chaque mot sonnait clair, elle dit:
– Rassure-toi, Jacques Clément… Je ne suis pas un être d’enfer… et la preuve, la voici!…
À ces mots, l’apparition trempa sa main tout entière dans une vasque contenant de l’eau bénite.
– Qui es-tu alors?… interrogea ardemment le moine…
– Je ne suis pas non plus d’essence divine… Je suis un de ces êtres aériens qui servent de messager au ciel et font que le Seigneur peut communiquer ses ordres aux hommes qu’il a choisis pour exécuter ses volontés… je suis ce que, sur terre, vous appelez un ange…
– Mais pourquoi, balbutia le moine transporté, pourquoi as-tu pris ce visage?…
– Parce que c’est celui de l’être que tu aimes. Le Très-Haut a entendu tes prières. Il a pitié de toi… Et si j’ai pris la figure que tu me vois, c’est qu’il t’est permis d’aimer cette femme…
Jacques Clément poussa un cri rauque. Tout ce que la joie humaine peut exprimer de délices, d’étonnement, d’émerveillement, s’exhala dans ce cri:
– Il m’est permis de l’aimer! bégaya-t-il.
– Oui… à condition que tu exécutes les ordres que je viens te communiquer…
Jacques Clément tendit ses bras raidis vers l’apparition. Ses yeux s’exorbitèrent. Sa tête pencha en arrière et son corps se plia légèrement en arc. Toute terreur avait disparu de son esprit…
– Parle! dit-il d’une voix d’extase, parle encore, ô toi dont la vue m’enivre et dont la voix me charme…
L’ange eut un imperceptible sourire de malice et dit:
– Je suis le messager du Dieu tout-puissant et te viens avertir des ordres divins. Jacques, Jacques! écoute… Là-haut, la couronne du martyre se prépare pour toi… Et ici-bas, c’est la couronne d’amour qui t’est promise!…
– Que dois-je donc faire? s’écria le jeune moine transporté, transfiguré.
– Tu dois accomplir l’acte suprême, qui délivrera le peuple de France… le peuple de Dieu: tu as été choisi pour frapper Valois… Par toi le tyran doit être mis à mort…
À ces mots, et avant que Jacques Clément eût pu faire un geste, la forme blanche de l’apparition s’enfonça dans les ténèbres.
Le moine tomba la face contre les dalles. L’épouvante le reprit comme avant la vision. Il voulut fuir, et demeura cloué aux dalles, grelottant de tous ses membres, les cheveux hérissés, le front baigné d’une sueur glacée…
Une heure se passa avant qu’il pût reprendre ses esprits. À peu près calmé, il parvint à se relever péniblement… Alors, il se demanda s’il n’avait pas rêvé. Le silence profond de la chapelle, les choses habituelles à leur place, la porte des tombeaux bien fermée, tout lui prouvait qu’il avait été la proie d’une hallucination. Il en éprouva comme un regret…
– Le rêve eût été trop beau, murmura-t-il… le droit de l’aimer!…
Et comme il se mettait en marche, son pied heurta un objet qui rendit un son clair. Il se baissa, le ramassa, et un grondement de joie furieuse, de terreur aussi, expira sur ses lèvres bleues… Cet objet… c’était la dague que l’ange tenait à la main pendant l’apparition!… L’ange lui avait laissé une preuve matérielle de sa descente sur la terre!…
– Oh! rugit le moine en serrant la dague dans sa main convulsée, je n’ai pas rêvé! J’ai vu! J’ai entendu!… J’ai le droit de l’aimer!… Car voici l’arme avec laquelle je dois tuer le tyran!…
Égaré, titubant, se heurtant aux bancs, il sortit à tâtons de la chapelle, regagna en courant sa cellule, et tomba haletant sur sa couchette où il s’évanouit, la dague dans sa main crispée.
XVIII LE MOULIN DE LA BUTTE SAINT-ROCH
Picouic et Croasse avaient réalisé leur rêve et vu leurs sagaces efforts couronnés d’un plein succès: ils avaient été promus à la dignité de laquais de M. le duc d’Angoulême. Ce n’était pas tout à fait ce qu’ils avaient souhaité, puisque c’était surtout l’honneur de servir le chevalier de Pardaillan qu’ils avaient ambitionné. Mais Pardaillan et le jeune duc vivant d’une vie commune pour le quart d’heure, les anciens hercules de Belgodère s’étaient d’autant plus tenus pour satisfaits qu’en devenant les laquais de Charles d’Angoulême, ils espéraient être surtout les écuyers de Pardaillan pour qui ils éprouvaient une admiration sans bornes.
Le jour où la chose avait été discutée, le chevalier leur avait répondu que l’état de sa fortune et l’incertitude de sa vie errante lui défendaient le luxe d’un laquais, à plus forte raison de deux serviteurs.
– Mais, monseigneur, avait objecté Picouic…
– Et puis, interrompit Pardaillan, vous m’appelleriez tout le temps monseigneur, ce qui me rompt les oreilles.
– Qu’à cela ne tienne, dit Croasse, nous vous appellerons sire.
– «Monsieur» suffit, dit froidement Pardaillan.
– Comme pour le frère du roi, insinua Picouic.
– Tiens! mais tu n’es pas bête, l’homme au nez pointu…
– J’ai fait mes humanités, fit modestement Picouic. Si monsieur veut nous mettre à l’essai, il verra qu’il n’aura pas lieu de s’en repentir.