Les Pardaillan - Livre VII - Le Fils De Pardaillan - Volume I
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VII - Le Fils De Pardaillan - Volume I». Краткое содержание книги:
– Je reviendrai bientôt mettre un solide cadenas là-haut… De cette façon, je serai plus tranquille. D’ici là, retiens bien ce que je t’ai promis.
Il sortit enfin.
Alors, elle se jeta sur la porte à corps perdu, la poussa, tira les verrous, tourna la clé dans la serrure, avec une hâte maladroite, comme si tous les démons d’enfer eussent menacé d’entrer et en se barricadant, elle souhaitait:
– Puisses-tu te rompre le cou en descendant les marches!… Puisse le diable, ton patron, t’étrangler de ses doigts crochus… Puissé-je ne jamais te revoir que pendu par le col, la langue pendante jusque sur la poitrine.
Ayant déchargé sa bile, la réaction se produisant, elle se trouva sans forces et se traîna péniblement jusqu’à sa chambre. Elle se laissa tomber sur une chaise et resta là un bon moment, hébétée, la tête vide de pensées.
Enfin elle se remit, le calme lui revint peu à peu et avec lui, son esprit de ruse et d’astuce reprit le dessus. Elle se mit à rire d’un rire silencieux et fouilla dans sa poche. Elle en sortit l’étui qu’elle y avait mis par distraction et un de ces fameux feuillets qu’elle n’était pas capable de comprendre. Et en riant, elle marmonnait:
– C’est jeune, c’est fort, c’est violent… Mais moi, je suis rusée… et adroite. Et pendant qu’il fermait la fenêtre, j’ai pu soustraire ce pauvre petit morceau de papier… C’en est un!… un de ceux qui contiennent les fameuses indications!… peut-être.
Elle contempla le papier et:
– Ce doit être du latin… je reconnais des mots comme j’en vois dans mon missel.
Mais, cette fois-ci, instruite par l’expérience, elle comprit qu’il n’était pas prudent de s’oublier dans la contemplation de ce papier. D’autant qu’elle n’y comprenait rien.
Vite, elle alla le glisser dans la cachette où elle avait enfermé son or. Alors, elle s’aperçut qu’elle avait toujours l’étui. Elle ouvrit le premier tiroir qui se trouva sous sa main, au hasard, et jeta dédaigneusement l’étui dedans. Ceci fait, elle poussa le tiroir qui ne fermait pas à clé.
Elle s’habilla en un tour de main et s’en fut tout droit chez le ferronnier et le menuisier qu’elle ramena séance tenante chez elle. La frayeur était telle qu’elle accepta sans marchander le prix qu’on lui demandait à la condition qu’on vînt à l’instant faire le travail.
Quant à Jehan le Brave, lorsqu’il fut dehors, il jeta un coup d’œil à sa lucarne, se demandant s’il monterait chez lui déposer la cassette. Mais la rue commençait à s’animer: il jugea qu’il était grand temps de s’occuper de Concini.
Il avait repris son manteau avant de sortir de chez le duc d’Andilly, Il glissa la cassette dessous et la mit sous son bras gauche. Et il partit d’un pas rapide.
En marchant, il réfléchissait.
Quand il était parti de la rue des Rats, laissant Concini solidement garrotté, son intention était de revenir, de se battre avec lui et de le tuer. Concini vivant était un danger permanent pour Bertille et il était bien résolu à ne pas lui faire grâce.
Mais depuis, il avait eu avec la jeune fille cet entretien où il avait pensé tour à tour mourir de honte, de désespoir et de joie. Et maintenant, il ne savait plus ce qu’il allait faire.
Lorsqu’il s’arrêta devant la petite maison de la rue des Rats, il n’avait pas encore pris une décision et il était furieux contre lui-même.
Violemment, il ouvrit la porte. D’un pas rude, il traversa le vestibule, monta l’escalier et pénétra dans la chambre.
Concini n’était plus sur le lit où on l’avait déposé assez rudement. Il était par terre et même assez loin du lit. Mais s’il n’avait plus son bâillon, que les trois bravi avaient eu la charité de lui enlever avant de se retirer, il était, par contre, tout aussi convenablement ficelé. À côté de lui, se trouvait le poignard qu’il avait arraché à sa victime.
Jehan comprit que le prisonnier avait dû apercevoir l’arme et qu’il avait cherché, sans y parvenir, à s’en servir pour trancher les liens qui l’enserraient.
Sans rien dire, il se baissa, ramassa le poignard et serrant nerveusement le manche dans son poing crispé, il considéra le favori d’un air rêveur, sans le voir peut-être.
Concini, qui le vit se dresser ainsi devant lui, le poignard au poing, Concini se crut perdu. Il ne manquait pas de bravoure. Pas un muscle de son visage ne bougea. Il redressa orgueilleusement la tête, regarda le jeune homme en face et brava:
– Frappe!… J’avais bien dit que tu étais un assassin!… Jehan ne répondit pas. Il n’avait pas entendu. À la vue de son ennemi ligoté, gisant à terre, à sa merci, un violent débat venait de s’élever dans cette âme fruste. Deux voix également fortes et puissantes se faisaient entendre dans sa conscience: celle de l’ancien Jehan, le Jehan qu’il était encore, il n’y avait pas deux heures, criait très haut qu’il fallait frapper sans pitié. Celle du nouveau Jehan criait, non moins haut, qu’il fallait se montrer généreux, magnanime, s’il voulait être digne de la noble enfant qui avait éclairé son âme. Et il n’entendait que ces deux voix.
Le débat fut violent, tragique, mais il fut bref.
Jehan se pencha le poignard levé sur Concini qui ne cilla pas et cracha son mépris dans ces mots:
– Frappe donc!… Allons, que crains-tu? Ne suis-je pas réduit à l’impuissance?
Le poignard s’abattit et trancha les liens qui enserraient les jambes. Puis ce furent les bras qui furent délivrés.
Et Concini, qui n’avait pas tremblé devant le poignard levé, Concini pâlit, hébété de surprise, ne sachant ce que cela voulait dire, se demandant avec angoisse quel supplice lui était réservé.
Alors, Jehan parla, d’une voix blanche, comme lointaine.
– Va! pour l’amour d’elle, je te fais grâce, Concini!
D’un bond, Concini fut debout. Il ne savait s’il rêvait ou s’il était éveillé. De sa vie, il n’avait éprouvé étonnement pareil. Il se ressaisit vite d’ailleurs, et ricana:
– Tu me fais grâce! Dis plutôt que tu as peur! Mais moi, je ne te fais pas grâce, tu sais! Je te retrouverai, et alors malheur à toi!
Cette fois, Jehan l’entendit. Il haussa dédaigneusement les épaules, et sa voix se fit rude pour dire:
– Je te conseille de ne jamais te retrouver sur mon passage, Concini; je te le conseille, si tu tiens à ta peau!
Il n’ajouta pas un mot de plus. Mais le ton sur lequel il avait parlé fit passer un frisson sur l’échine de Concini qui, cependant, demeurait superbe, un sourire de mépris aux lèvres.
Jehan se dirigea vers la porte. Sur le seuil, il se retourna et dit:
– Tu trouveras en bas tes serviteurs, que mes hommes ont ligotés. Tu les détacheras, si tu veux.
Il regardait Concini en disant ses mots. Il fut tout étonné de voir que le visage de celui-ci exprimait un sentiment de pitié. Il l’entendit même murmurer:
– Pauvres diables!… J’y vais tout de suite.
Sans plus s’en occuper, Jehan sortit. En lui-même, il se disait:
«Les quelques heures qu’il vient de passer ficelé comme un saucisson l’ont rendu plus sensible au malheur des autres.»
C’était peut-être vrai, car Concini sortit sur ses talons. Il arriva sur le palier au moment où Jehan s’engageait dans l’escalier. Il s’arrêta là, comme s’il avait voulu lui laisser le temps de gagner la sortie.