Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]
- Автор: Стругацкий Аркадий Натанович, Стругацкий Борис Натанович
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Éditions Denoël
- Переводчик: Bernadette du Crest
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
Il soupira encore une fois, revint vers le chêne et entonna : — Croa-croa, mes chers petits ! Croa-croa, mes petites colombes ! Je … heu … je vous ai abreuvé de mes larmes, plus exactement, nourri de mes larmes … Il soupira une troisième fois et resta quelque temps silencieux. Arrivé au chêne, il se mit à crier d’une voix discordante : — Les morceaux de choix, je vous les laissais !..
Il tenait maintenant une énorme cithare que je ne l’avais pas vu prendre. Il assena un coup de patte sur l’instrument et grattant les cordes de ses griffes, cria de plus belle comme s’il avait voulu étouffer la musique :
Il se tut et fit quelques pas tout en faisant vibrer les cordes. Puis il fredonna d’une voix mal assurée :
Il revint au chêne, y appuya sa cithare et se gratta l’oreille.
— Le travail, le travail, le travail, dit-il. Il n’y a que ça !
Il remit ses pattes derrière son dos et s’éloigna sur sa gauche en murmurant :
— Il est parvenu jusqu’à moi, ô grand roi, que dans la bonne ville de Bagdad vivait un tailleur du nom de … Il se mit à quatre pattes, arqua le dos et furieux, s’exclama : Les noms, c’est vraiment épouvantable pour moi ! Abou … Ali … Un certain ibn je ne sais pas quoi … Bon appelons-le Polyeucte. Polyeucte ibn … heu … Polyeuctovitch … De toute façon, j’ai oublié ce qui lui est arrivé à ce tailleur. Tant pis pour lui, je commence une autre histoire …
A plat ventre sur l’appui de la fenêtre, défaillant d’émotion, je regardais l’infortuné Vassili tourner autour du chêne, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, marmonner, tousser, se lamenter, maugréer, se mettre à quatre pattes quand l’effort était trop grand, bref, il était au martyre. L’étendue de ses connaissances était prodigieuse. Il ne savait qu’à moitié ses contes et ses chansons, mais en revanche, il avait à son répertoire des légendes, des fables, des ballades, des romances, comptines et ritournelles russes, ukrainiennes, allemandes, anglaises et même, je crois, japonaises, chinoises et africaines. Sa sclérose le mettait en fureur ; à plusieurs reprises, il se jeta sur le tronc de l’arbre, toutes griffes dehors, il soufflait et crachait, ses yeux brillaient comme ceux d’un démon, tandis que sa somptueuse queue, grosse comme une bûche, tantôt s’élançait vers le firmament, tantôt ondulait convulsivement, tantôt lui cinglait les flancs. L’unique chanson qu’il chanta jusqu’au bout fut Petit Serin, l’unique conte qu’il mena à son terme fut la Maison de Jack dans la traduction de Marchak, et encore avec des coupures. Peu à peu, l’effet de la fatigue sans doute, ses discours se colorèrent d’un accent félin de plus en plus prononcé.—Et dans la glèbe, la glèbe, chantait-il, la charrue avance d’elle-même, et … heu … miaou … et derrière la charrue … miaou … le Seigneur lui-même avance … ou s’élance ?… Finalement, à bout de forces, il s’assit sur sa queue et laissa retomber la tête. Puis il poussa un petit miaulement mélancolique, prit la cithare sous une patte et boitillant sur les trois autres, s’éloigna dans l’herbe humide de rosée.
En descendant de l’appui, je fis tomber le livre. Je me rappelais très bien que la dernière fois, c’était L’Œuvre des malades mentaux, et j’étais persuadé que le livre qui était tombé était celui-là. Mais je ramassai la Découverte des crimes de A. Svenson et O. Vendel. Je l’ouvris, ahuri, parcourus au hasard quelques passages, et aussitôt j’eus l’impression qu’un pendu se balançait à une branche du chêne. Je levai les yeux avec appréhension. Une queue de poisson gris-vert, suspendue à une branche basse remuait au souffle de la brise matinale. Je reculai brusquement et me cognai la nuque à quelque chose de dur. La sonnerie du téléphone retentit, stridente. J’inspectai la pièce du regard. J’étais étendu en travers du lit, la couverture avait glissé par terre, le soleil matinal pénétrait par la fenêtre à travers le feuillage.
III
Il m’est venu à l’idée qu’on peut avantageusement remplacer une banale interview de démon ou de magicien par une habile utilisation de thèses scientifiques.