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L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]

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Bien que faits et signes ne cessent de confirmer la devise de Winterfell, « l’hiver vient », le royaume des Sept Couronnes affecte toujours d’ignorer la fin de l’été pour se consacrer plus commodément à ses querelles, vindictes, ambitions. Pendant que Rob Stark poursuit ses campagnes sanglantes dans l’ouest, que Port-Réal vit dans la hantise du siège imminent, que la guerre se répand jusqu’à Winterfell grâce aux menées des Greyjoy, eux-mêmes divisés, s’amoncellent au-delà du Mur des forces obscures et malfaisantes.
Mais contrairement aux apparences, Bran, le jeune fils du défunt maître de Winterfell, n’est pas mort, pas plus que n’est anéantie l’indomptable forteresse, prête à renaître de ses cendres…
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La réapparition des deux Potaunoir dispensa Sansa du soin de répondre rien. Ser Osmund et ses frères étaient devenus les grands chouchous du château ; jamais à court de vannes et de risettes, ils bottaient autant veneurs et palefreniers qu’écuyers et chevaliers. Mais c’est à l’office, se cancanait-il, qu’ils exerçaient leurs plus beaux ravages. En tout cas, les plongeuses ne tarissaient pas sur ser Osmund, qui remplaçait depuis peu Sandor Clegane auprès de Joffrey : à les ouïr, il était de même force que le Limier, plus la jeunesse et la rapidité. D’où venait dès lors, s’étonnait Sansa, qu’on n’eût découvert le brio de ces Potaunoir qu’après la nomination de l’un d’eux dans la Garde ?

C’est tout sourires que l’Osney s’agenouilla cette fois aux côtés de la reine. « Les rafiots s’ont embrasé, Vot’ Grâce. Le grégeois tient toute la Néra. Y a bien cent bateaux qui brûlent, ’t-êt’ plus.

— Et mon fils ?

— ’l est à la Gadoue, ’vec la Main et la Garde, Vot’ Grâce. ’l a parlé avant aux archers des-z-hourds, et leur a filé des tuyaux pour utiliser l’arbalète, oui oui. Qu’ c’est qu’un cri qu’ c’est un brave ’tit gars.

— Il ferait mieux de rester en vie. » Cersei se tourna vers Osfryd qui, plus grand, moins jovial, avait de noires bacchantes tombantes. « Oui ? »

De son demi-heaume d’acier s’échappaient de longs cheveux de jais, et sa physionomie gardait une expression sinistre. « Vot’ Grâce, dit-il d’une voix atone, les gars ont attrapé deux filles de service et un valet d’écurie qu’essayaient de filer par une poterne avec trois chevaux du roi.

— Les premiers traîtres de la nuit, commenta la reine, mais pas les derniers, je crains. Confiez-les à ser Ilyn et placez leurs têtes sur des piques devant l’écurie, en guise d’avertissement. » Pendant que se retiraient les deux hommes, elle ajouta pour Sansa : « Encore une leçon à retenir, si vous espérez toujours prendre place aux côtés de mon fils. Montrez-vous magnanime, une nuit comme celle-ci, et les trahisons pousseront tout autour de vous comme les champignons après une forte averse. Pour contenir vos gens dans les bornes de la loyauté, la seule méthode consiste à vous assurer qu’ils vous redoutent encore plus que leurs ennemis.

— Je m’en souviendrai, Votre Grâce », acquiesça Sansa, bien qu’elle eût toujours entendu affirmer que l’amour valait mieux que la crainte pour s’attacher la loyauté de ses sujets. Si je suis jamais reine, je les forcerai à m’aimer.

Après la salade, tourtes au crabe. Puis rôti de mouton, carottes et poireaux servis sur tranchoirs de miche évidée. A bâfrer à toute vitesse, Lollys se rendit malade et vomit autant sur sa sœur que sur elle-même. Lord Gyles, qui toussait, buvait, toussait, buvait, finit par tomber en syncope. A lui voir mariner la face dans son tranchoir et la main dans une flaque de vin, Cersei grimaça, révulsée. « Quelle folie aux dieux que de gaspiller la virilité sur un individu de cet acabit…, et quelle folie à moi que d’avoir exigé sa relaxe ! »

Osfryd Potaunoir reparut dans une envolée d’écarlate. « Y a du monde qui s’ rassemble à la porte, Vot’ Grâce, y d’mandent à s’ réfugier dans l’ château. Et pas d’ la canaille, des riches marchands et du tout pareil.

— Ordonnez-leur de rentrer chez eux, dit la reine. S’ils refusent de s’en aller, faites-en tuer quelques-uns par les arbalétriers. Mais pas de sorties. Je ne veux voir à aucun prix s’ouvrir les portes.

— Serviteur. » Il s’inclina et s’en fut.

La colère durcissait les traits de Cersei. « Que ne puis-je en personne leur trancher l’échine ! » Elle commençait à bafouiller. « Quand nous étions petits, Jaime et moi nous ressemblions si fort que même notre seigneur père n’arrivait pas à nous distinguer. Il nous arrivait d’échanger nos vêtements pour rire et de passer l’un pour l’autre toute une journée. Eh bien, malgré cela, quand on donna à Jaime sa première épée, il n’y eut pas d’épée pour moi. “Et j’ai quoi, moi ?” je me rappelle que j’ai demandé. Nous étions tellement pareils, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi on nous traitait si différemment. Jaime apprenait à se battre à l’épée, la lance et la masse, et moi, on m’enseignait à sourire, à chanter et à plaire. Il était l’héritier de Castral Roc, alors que mon destin à moi serait d’être vendue à quelque étranger comme un cheval, chevauchée chaque fois que mon nouveau propriétaire en aurait la fantaisie, battue chaque fois qu’il en aurait la fantaisie, mise au rancart en faveur, le moment venu, d’une pouliche plus piaffante. A Jaime étaient échus pour lot la gloire et le pouvoir, à moi les chaleurs et le poulinage.

— Mais vous étiez reine de chacune des Sept Couronnes, objecta Sansa.

— Quand les épées entrent dans la danse, une reine n’est jamais qu’une femme, en définitive. » Sa coupe était vide. Le page esquissa le geste de la lui remplir, mais elle la retourna, secoua sa crinière. « Assez. Je dois garder la tête claire. »

Le dernier plat était du fromage de chèvre aux pommes braisées. La salle entière embaumait la cannelle quand une fois de plus se faufila aux pieds de la reine Osney Potaunoir. « Stannis a débarqué d’s hommes aux lices, Vot’ Grâce, susurra-t-il, et plein d’aut’ s’t en train d’ traverser. Y-z-attaquent la porte d’ la Gadoue, et z-ont un bélier à la porte du Roi. Le Lutin est sorti les r’pousser.

— Voilà qui va les épouvanter, lâcha la reine d’un ton sec. Il n’a pas emmené Joff, j’espère ?

— Non, Vot’ Grâce, le roi s’ trouve avec mon frère aux Putes, à balancer dans la rivière l’s Epois.

— Pendant qu’on assaille la Gadoue ? dément ! Dites à ser Osmund de le tirer de là immédiatement, c’est trop dangereux. Ramenez-le au château.

— Le Lutin n’s a dit…

— Vous devriez tenir compte uniquement de ce que je dis. » Ses yeux s’étrécirent. « Votre frère va obéir, ou je veillerai personnellement à lui faire assumer la prochaine sortie, et vous l’accompagnerez. »

Après que l’on eut desservi, nombre des convives demandèrent la permission de se retirer pour se rendre au septuaire, et Cersei ne la leur accorda que trop volontiers. Entre autres s’esquivèrent ainsi lady Tanda et ses filles. A l’intention de ceux qui restaient fut introduit un rhapsode qui, aux mélodieux accords de sa harpe, chanta tour à tour Jonquil et Florian, les amours d’Aemon Chevalier-Dragon et de sa belle-sœur la reine, les dix mille navires de Nyméria. Des chansons magnifiques, mais d’une si effroyable tristesse que bien des femmes se mirent à larmoyer. Sansa elle-même sentit s’humecter ses yeux.

« Bravo, ma chère. » La reine se pencha vers elle. « Autant vous entraîner tout de suite. Vos pleurs ne seront pas du luxe avec le roi Stannis. »

Sansa se trémoussa nerveusement. « Pardon, Votre Grâce ?

— Oh, épargne-moi ces politesses creuses ! La situation doit être bien désespérée pour qu’il faille un nabot afin de mener nos gens. Aussi pourrais-tu retirer ton masque, une bonne fois. Tes petites manigances contre nous, dans le bois sacré, je suis au courant.

— Dans le bois sacré ? » Ne regarde pas ser Dontos, non, non ! s’enjoignit Sansa. Elle ne sait pas, ni elle ni personne. Dontos m’a juré sa foi, mon Florian ne saurait me tromper. « Je ne suis coupable de rien. Je ne me rends dans le bois sacré qu’afin de prier.

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