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L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]

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Bien que faits et signes ne cessent de confirmer la devise de Winterfell, « l’hiver vient », le royaume des Sept Couronnes affecte toujours d’ignorer la fin de l’été pour se consacrer plus commodément à ses querelles, vindictes, ambitions. Pendant que Rob Stark poursuit ses campagnes sanglantes dans l’ouest, que Port-Réal vit dans la hantise du siège imminent, que la guerre se répand jusqu’à Winterfell grâce aux menées des Greyjoy, eux-mêmes divisés, s’amoncellent au-delà du Mur des forces obscures et malfaisantes.
Mais contrairement aux apparences, Bran, le jeune fils du défunt maître de Winterfell, n’est pas mort, pas plus que n’est anéantie l’indomptable forteresse, prête à renaître de ses cendres…
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La réflexion ne manqua pas de les mortifier sévèrement. Un chevalier se mit en selle et, sans casque, alla se joindre aux précédents. Deux reîtres suivirent. Puis un plus grand nombre. La porte du Roi s’ébranla de nouveau. En un rien de temps, Tyrion commandait deux fois plus de gens. Il les avait piégés. Si je me bats, ils doivent agir de même ou passer pour des moins que nains.

« Vous ne m’entendrez pas crier le nom de Joffrey, prévint-il. Vous ne m’entendrez pas non plus crier celui de Castral Roc. C’est votre ville que Stannis entend saccager, c’est votre porte qu’il est en train de défoncer. Venez donc avec moi tuer ce fils de chienne ! » Il dégaina sa hache et, faisant volter l’étalon, partit au trot vers la sortie. Mais il préféra, tout en se supposant suivi, ne pas s’en assurer par un seul coup d’œil en arrière.

SANSA

Le métal martelé des appliques réverbérait avec tant d’éclat la flamme des torches que le Bal de la Reine baignait dans des flots de lumière argentée. Des noirceurs n’en persistaient pas moins dans la salle. Sansa les discernait au fond des prunelles blêmes de ser Ilyn Payne qui, toujours d’une immobilité de pierre auprès de la porte arrière, ne mangeait ni ne buvait. Elle les percevait au fond des quintes de toux qui secouaient lord Gyles comme au fond des chuchotements d’Osney Potaunoir chaque fois qu’il entrait à la dérobée transmettre à Cersei les dernières nouvelles.

Elle achevait son potage, la première fois qu’empruntant la porte de derrière il se présenta. Elle le surprit d’abord en train de palabrer avec son Osfryd de frère. Puis il escalada l’estrade et s’agenouilla près du grand fauteuil de la reine. Il puait le cheval, quatre fines égratignures déjà encroûtées lui sillonnaient la joue, la tignasse qui lui barbouillait les yeux recouvrait entièrement son col. Mais toutes ses façons confidentielles n’empêchèrent pas Sansa d’entendre. « Les flottes s’t aux prises, Vot’ Grâce. Quèques archers ont pris pied à terre, mais le Limier l’s a taillés en pièces. Vot’ frère fait l’ver sa chaîne, j’ai entendu l’ signal. Quèques saoulots d’scendus à Culpucier s’t en train d’ défoncer des portes et d’ grimper par les f’nêt’, mais lord Prédeaux a envoyé les manteaux d’or s’n occuper. Le septuaire de Baelor est bourré à craquer, tout ça prie.

— Et mon fils ?

— Le roi’ t allé à Baelor pour la bénédiction du Grand Septon. Y parcourt main’nant le ch’min de ronde avec la Main pour dire aux hommes d’êt’ braves et y r’monter comme y faut l’ moral. »

 Cersei réclama de son page une nouvelle coupe de vin – un cru doré de La Treille, fort et fruité. Elle buvait sec, mais la boisson n’avait apparemment d’autre effet sur elle que de rehausser sa beauté ; ses joues s’étaient empourprées, et ses yeux étincelaient de paillettes fiévreuses quand d’aventure elle les promenait sur l’assistance en contrebas. Des yeux de grégeois, songea Sansa.

Les musiciens jouèrent. Les jongleurs jonglèrent. Juché sur des échasses, Lunarion arpenta la salle en brocardant un chacun, tandis que, monté sur son balai, ser Dontos poursuivait les servantes. Les convives riaient, mais d’un rire qui n’avait rien de gai, du genre de rire qui ne demanderait pas même un clin d’œil pour se transformer en sanglots. Leur corps est bien là, mais leur esprit se traîne en haut des remparts, et leur cœur aussi.

Au potage succéda une salade de pommes, noix et raisins secs. Un délice, en d’autres temps, mais tout exhalait, ce soir-là, des relents de peur. A l’instar de Sansa, nombre de dîneurs ne se sentaient aucun appétit. Lord Gyles toussait plus qu’il ne mangeait, Lollys Castelfoyer frissonnait, recroquevillée sur son siège, et la jeune épouse d’un chevalier de ser Lancel fondit en larmes, éperdument. La reine chargea mestre Frenken d’aller coucher cette dernière en lui administrant du vinsonge. « Les pleurs ! dit-elle à Sansa d’un air dégoûté tandis qu’on emmenait la coupable. L’arme de la femme, disait dame ma mère. Celle de l’homme étant l’épée. Cela résume tout ce qu’on a besoin de savoir, non ?

— Il faut aussi beaucoup de courage aux hommes, cependant, répondit Sansa. Pour courir sus, affronter les épées, les haches, et puis tous ces gens qui n’aspirent qu’à vous tuer…

— Jaime m’a dit un jour ne se sentir vraiment en vie que dans la bataille et au lit. » Elle leva sa coupe et prit une longue gorgée. Elle n’avait pas touché sa salade. « J’aimerais mieux affronter toutes les épées du monde que de rester ainsi, sans recours, à feindre savourer la compagnie de ce ramassis de volailles affolées.

— C’est à la prière de Votre Grâce qu’elles sont ici.

— Il est des corvées qui passent pour incomber aux reines. Elles passeront pour vous incomber, si jamais vous épousez Joffrey. Autant le savoir. » Elle considéra les mères, filles, épouses qui peuplaient les bancs. « Les poules ne sont rien par elles-mêmes, mais leurs coqs importent pour une raison ou une autre, et certains réchapperont peut-être de cette bataille. Aussi suis-je tenue d’accorder à leurs femelles ma protection. Que mon maudit nabot de frère se débrouille à force de stratagèmes pour l’emporter, et elles régaleront leurs maris, pères et frères de sornettes sur mon incomparable bravoure, ma manière inouïe de leur insuffler du courage et de les réconforter, ma confiance absolue, jamais démentie, fût-ce une seconde, dans notre triomphe.

— Et si le château tombait ?

— Vous en seriez fort aise, n’est-ce pas ? » Elle n’attendit pas de dénégation. « Si je ne suis trahie par mes propres gardes, je devrais être à même de le tenir un certain temps. Après quoi il me sera toujours possible de monter au rempart et d’en offrir la reddition à Stannis en personne. Cette solution nous épargnera le pire. Mais si la Citadelle de Maegor succombe avant qu’il n’ait pu arriver, la plupart de mes invitées sont bonnes, je présume, pour un tantinet de viol. Sans compter qu’il serait vain d’exclure, par les temps qui courent, les menus sévices, mutilation, torture et meurtre. »

L’horreur submergea Sansa. « Mais ce sont des femmes ! des femmes désarmées…, de noble naissance !

— Leur lignée les protège, en effet, convint Cersei, mais moins que vous ne pensez. Chacune d’elles a beau valoir une jolie rançon, tout semble indiquer qu’au sortir du carnage souvent le soudard convoite plus follement la chair que l’argent. Un bouclier d’or vaut néanmoins mieux, n’empêche, qu’aucun. On ne traitera pas aussi délicatement, loin de là, les femmes de la rue. Ni nos servantes. Si les morceaux friands comme cette camériste de lady Tanda peuvent s’attendre à une nuit mouvementée, n’allez pas vous imaginer qu’on épargnera pour si peu les laiderons, les vieilles ou les infirmes. Pourvu que l’on ait bien bu, la blanchisseuse aveugle et la gueuse puant ses gorets semblent aussi avenantes que vous, ma chérie.

— Moi ?

— Tâchez de moins couiner comme une souris, Sansa. Vous êtes une femme, à présent, oui ? Et la fiancée de mon premier-né. » Elle sirota son vin. « Si n’importe qui d’autre assiégeait nos portes, je pourrais me bercer de l’amadouer. Mais c’est à Stannis Baratheon que j’ai affaire. Je séduirais plus facilement son cheval que lui. » La mine effarée de Sansa la fit éclater de rire. « Vous aurais-je choquée, madame ? » Elle s’inclina vers elle. « Petite gourde que tu es. Les pleurs ne sont pas la seule arme de la femme. Tu en as une autre entre les jambes, et tu ferais mieux d’apprendre à l’utiliser. Tu t’apercevras que les hommes usent assez libéralement de leurs épées. Leurs deux sortes d’épées. »

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