La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25635-9
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr]». Краткое содержание книги:
Quelqu’un était étendu à côté de moi : j’entendais sa respiration, et les petits froissements et grattements qui trahissent les mouvements. Tout d’abord, je n’y pris pas garde ; puis, attribuant ces bruits à quelque animal en quête de nourriture, je me mis à avoir peur. Mais je finis par me rappeler ce qui s’était passé, et compris que ces bruits étaient certainement faits par l’Autarque. Sans doute avait-il aussi survécu à l’écrasement. Je l’appelai.
« Ainsi donc, vous êtes aussi en vie. » Sa voix était très faible. « Je craignais que vous ne fussiez mort… mais j’aurais dû m’en douter. Je n’arrivais pas à vous ressusciter, et votre pouls était imperceptible.
— J’ai oublié ! Vous souvenez-vous, quand nous avons survolé les armées ? Pendant un moment, j’ai oublié ! Je sais quel effet ça fait d’oublier, maintenant ! »
Il y avait comme l’écho d’un rire dans le ton de sa voix. « Chose que vous n’oublierez par contre jamais…
— J’espère bien. Et pourtant, elle s’évanouit au fur et à mesure que je parle. Elle se dissout comme de la brume, ce qui doit être aussi une façon d’oublier. Quelle est l’arme qui nous a abattus ?
— Je l’ignore. Maintenant, écoute-moi. Ce sont les paroles les plus importantes de ma vie que je vais prononcer. Tu as servi Vodalus, et partagé son rêve d’un empire régénéré. Tu souhaites toujours, n’est-ce pas, que l’humanité puisse retourner vers les étoiles ? »
Je me souvins de ce que Vodalus m’avait dit dans la forêt, le jour du banquet : «… les hommes de Teur, naviguant entre les étoiles, sautant de galaxie en galaxie, seront de nouveau maîtres des filles du soleil ».
« Ainsi étaient-ils autrefois, en effet… mais ils ont emporté avec eux toutes les anciennes guerres de Teur, qui en déclenchèrent de nouvelles sous les nouveaux soleils. Même les autres » (je ne pouvais pas le voir, mais au ton de sa voix je compris cependant qu’il parlait des Asciens) « comprennent que cela ne peut recommencer. Ils veulent que la race ne soit plus qu’un individu unique… le même être, multiplié à l’infini. Nous, nous voulons que chacun porte en lui-même toute la race avec ses espérances et ses désirs. As-tu remarqué la petite fiole que je porte à mon cou ?
— Oui, souvent.
— Elle contient un polychreste semblable à l’alzabo, déjà prêt et maintenu en suspension. Je ne sens plus mes membres inférieurs, et le froid a gagné ma taille. Je vais bientôt mourir… Tu dois l’utiliser.
— Je ne peux pas vous voir, répondis-je, et c’est à peine si je peux bouger.
— Peu importe, tu dois y arriver. Toi qui te souviens de tout, tu n’as certainement pas oublié la nuit où tu es venu à la Maison turquoise. Cette nuit-là, quelqu’un d’autre est venu m’y voir. J’ai autrefois été domestique au Manoir Absolu… c’est pourquoi ils me détestent. Comme ils te détesteront, pour ce que tu as été. Paeon, l’homme qui m’a formé, et qui est resté serveur de miel pendant cinquante ans. Je savais ce qu’il était réellement, pour l’avoir déjà rencontré. Il m’a dit que c’était toi… toi, le prochain. Je ne pensais pas que les choses iraient aussi vite. »
Sa voix mourut, et je me mis à le chercher à tâtons, en me traînant comme je pouvais. Ma main trouva la sienne, et il murmura : « Sers-toi du couteau. Nous nous trouvons derrière les lignes asciennes, mais j’ai pu appeler Vodalus pour qu’il vienne te récupérer… j’entends les sabots de ses destriers. »
Il parlait tellement bas que c’est à peine si je pouvais l’entendre, alors que mon oreille était à une paume de sa bouche : « Reposez-vous », lui dis-je. Sachant que Vodalus le détestait et ne rêvait que de l’abattre, je crus qu’il délirait.
« Je suis son espion. C’est encore un autre de mes rôles. Vodalus me sert à attirer les traîtres… J’apprends non seulement leur identité, mais ce qu’ils font et ce qu’ils pensent. Je viens de lui faire savoir que l’Autarque est prisonnier de son atmoptère, et je lui ai donné notre position. Il m’a servi… en tant que garde du corps… avant ça. »
J’arrivais maintenant moi-même à entendre les bruits de pas sur le sol, à l’extérieur. Je tendis la main, à la recherche de quelque moyen de signaler notre présence ; c’est de la fourrure qu’elle rencontra. Je compris que l’appareil s’était retourné, nous laissant enfermés dessous comme des crapauds sous leur pierre.
Il y eut un bruit sec, puis le son perçant du métal que l’on déchire. La lumière de la lune, paraissant briller autant que celle du jour bien qu’aussi verte que le feuillage d’un saule, déferla par l’ouverture qui, sous mes yeux, s’agrandissait dans la coque. J’aperçus l’Autarque, ses cheveux blancs et fins, noirs de sang séché.
Puis plusieurs silhouettes au-dessus de lui, des ombres vertes qui nous regardaient. Les visages restaient invisibles, mais je ne pouvais m’y tromper : ces yeux luisants et ces têtes étroites n’appartenaient pas à des hommes de Vodalus. Frénétiquement, je me mis à chercher le pistolet de l’Autarque. Je fus pris par les poignets, tiré et mis debout. En émergeant de l’épave de l’atmoptère, je ne pus m’empêcher de penser brièvement au cadavre de la femme que Vodalus, dans la nécropole, avait retiré de sa tombe ; notre appareil était en effet tombé sur un sol très meuble où il s’était à moitié enfoui. À l’endroit où la foudre ascienne l’avait touchée, la coque avait été arrachée et laissait pendre un enchevêtrement de câbles déchiquetés. Le métal tordu portait des traces de brûlure.
Je n’eus guère le temps de poursuivre mon examen. Ceux qui s’étaient emparés de moi se mirent à me tourner dans tous les sens, prenant l’un après l’autre mon visage dans leurs mains. Ils palpèrent mon manteau comme s’ils n’avaient jamais vu de tissu de leur vie. Avec leurs yeux agrandis et leurs joues creuses, ces evzones me rappelaient beaucoup les soldats que j’avais combattus deux jours avant ; il se trouvait quelques femmes parmi eux, mais pas de vieillards ni d’enfants. Au lieu d’armures, ils portaient des capes et des chemises de couleur argentée, et tenaient à la main des arquebuses de forme étrange dont le canon était tellement long que lorsque la crosse était posée à terre, leur gueule dépassait encore la tête des plus grands. Puis ils sortirent l’Autarque des débris de l’atmoptère. « Votre message a été intercepté, lui dis-je.
— Il est néanmoins arrivé à destination. » Il était trop faible pour faire un geste, mais en suivant la direction de son regard, je finis par découvrir des silhouettes mouvantes se découpant devant la lune.
Elles donnaient littéralement l’impression d’avancer portées par ses rayons, tellement elles se rapprochaient rapidement, fondant droit sur nous. Leur tête était comme des crânes de femmes, ronde et blanche, couronnée d’une mitre faite d’ossements ; leurs mâchoires s’allongeaient en un bec recourbé, et portaient de petites dents pointues. Les ailes de ces créatures étaient d’une telle envergure qu’elles paraissaient n’avoir presque pas de corps ; elles devaient bien faire vingt coudées d’une extrémité à l’autre et n’émettaient pas le moindre bruit en battant ; mais alors que j’étais encore loin en dessous, je pus en sentir le vent.
(J’avais autrefois imaginé de telles créatures en train d’abattre les forêts de Teur et d’écraser ses villes. Ces pensées auraient-elles contribué à les faire apparaître ?)
Les evzones semblèrent mettre un certain temps avant de se rendre compte de leur arrivée. Puis deux ou trois d’entre eux firent simultanément feu ; les boules de foudre, en convergeant, en touchèrent une, qui explosa en lambeaux, puis une autre, et une autre. Pendant quelques instants l’aveuglante lumière disparut, et quelque chose de froid et de mou me tomba dessus, me jetant à terre.