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La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr]

Электронная книга - «La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr]». Краткое содержание книги:

La citadelle de l'Autarque [The Citadel of the Autarch - fr] - Alors que sa quête touche à sa fin, Sévérian se trouve pris au beau milieu des combats contre les rebelles asciens. Sévèrement blessé, il est contraint de se reposer et profite des récits narrés par ses compagnons d'infortune pour faire le point sur le chemin parcouru depuis son départ de la tour Matachine. Bientôt, la citadelle de l'Autarque sera en vue et nombre de secrets seront enfin dévoilés.
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« Je n’ai pas tout compris parfaitement, sans doute, dis-je, mais il me semble qu’il devrait y avoir des cordes d’une longueur immense pour que l’atmoptère puisse flotter là où la pression de l’air est réellement réduite. Par ailleurs, est-ce que les pentadactyles asciens ne risquent pas de venir de nuit couper les câbles, laissant partir les appareils à la dérive ? »

Un petit tressaillement discret des lèvres des femmes-chattes me fit comprendre que ma remarque les faisait sourire.

« Le câble ne sert qu’à l’atterrissage. Sans quoi, notre atmoptère aurait besoin d’une distance suffisante pour que sa vitesse de progression l’amène au sol. Tandis que sachant que nous sommes juste en dessous, il laisse tomber son câble exactement comme un homme à l’eau pourrait tendre la main à quelqu’un voulant l’aider à sortir ; il possède un esprit qui lui est propre, voyez-vous. Non pas un esprit comme celui de Mamillian, mais un cerveau fait sur mesure pour ses besoins ; il sait rester hors de portée du danger et revenir vers la terre quand il reçoit notre signal. »

La moitié inférieure de l’appareil était constituée d’un métal noir opaque, alors que la moitié supérieure était faite d’un dôme d’une telle transparence qu’il en était presque invisible – de cette même substance, je suppose, dans laquelle était bâti le toit des Jardins botaniques. Un canon semblable à celui que j’avais vu sur le mammouth dépassait de la poupe, et un autre, deux fois plus gros, de la proue.

L’Autarque approcha une main de sa bouche, et eut l’air de murmurer quelque chose dans sa paume. Une ouverture apparut dans le dôme (on aurait dit un trou dans une bulle de savon), et une volée de marches argentées descendit vers nous, paraissant aussi délicates et immatérielles qu’une toile d’araignée. Les hommes, torse nu, n’exerçaient plus de traction sur la corde. « Vous sentez-vous en mesure de les grimper ? me demanda l’Autarque.

— À condition de pouvoir marcher à quatre pattes », répondis-je.

Il me précéda, et je dus me soumettre à l’ignominie de ramper derrière lui, en traînant ma jambe blessée. Les sièges, en réalité de longs bancs qui suivaient la courbure de la coque de part et d’autre, étaient recouverts de fourrure ; mais celle-ci était plus froide que de la glace. Derrière moi, l’ouverture rétrécit et disparut.

« La pression de l’air restera la même qu’au sol, quelle que soit l’altitude à laquelle nous grimpions. On ne risque pas la suffocation.

— Je suis trop ignorant pour avoir eu cette crainte, Sieur.

— Aimeriez-vous revoir votre bacèle ? Ils sont assez loin sur la droite, mais je peux tenter de les localiser pour vous. »

L’Autarque s’était assis devant les instruments de contrôle. Toutes les machines que j’avais vues jusqu’ici se réduisaient aux appareils de Baldanders, à ceux de Typhon et aux engins de la tour Matachine que faisait fonctionner maître Gurloes. En réalité, si j’avais peur de quelque chose, c’était des machines ; mais je réussis à surmonter ce sentiment.

« Lorsque vous m’avez sauvé, la nuit dernière, vous avez laissé entendre que vous ne me saviez pas dans votre armée.

— J’ai mené mon enquête pendant votre sommeil.

— Et c’est vous qui avez donné l’ordre d’attaquer ?

— En un sens… J’ai donné un ordre, et il en est résulté divers mouvements, dont le vôtre ; mais je ne me suis pas occupé directement de votre bacèle. M’en voulez-vous pour ce que j’ai fait ? Avez-vous cru en vous engageant que vous n’auriez jamais à combattre ? »

Nous nous élevions à toute vitesse. Nous tombions, comme j’en avais une fois éprouvé l’impression terrifiante, dans le ciel. Mais j’étais envahi par le souvenir de l’herbe en feu, des notes cuivrées du graisle, des soudards réduits à l’état de bouillie sanglante par les boules de foudre sifflantes, et ma terreur se transforma en rage. « J’ignorais tout de la guerre. Et vous, qu’en savez-vous ? Vous êtes-vous jamais trouvé au cœur d’une bataille ? »

Il me jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, et je vis son sourcil se froncer. « Au cœur de milliers. Vous êtes deux, comme l’on décompte les gens. Combien croyez-vous que je suis ? » Je mis longtemps avant de lui répondre.

25

La grâce d’Aghia

J’aurais spontanément pensé qu’il n’y avait pas de spectacle plus étrange à contempler que celui de nos bataillons s’étendant sur la face de Teur, en dessous de nous, comme une guirlande pailletée de l’éclat des armes et des armures dans les tons les plus divers, avec les anpiels aux vastes ailes décrivant des cercles à une altitude assez voisine de la nôtre, et s’élevant dans les vents porteurs de l’aube.

Puis je vis quelque chose d’encore plus étrange : l’armée des Asciens. Une armée où dominaient les blancs délavés et les noirs grisâtres, aussi rigide que la nôtre était fluide, déployée vers l’horizon en direction du nord. Je vins à l’avant pour mieux observer.

« Je pourrais vous les montrer de plus près, me dit l’Autarque. Cependant, vous ne verriez guère autre chose qu’une marée de visages humains. »

Je me rendis compte qu’il me mettait à l’épreuve, sans très bien savoir comment. « Allons-y », répondis-je.

Lorsque j’avais chevauché en compagnie des schiavoni et vu nos troupes passer à l’action, j’avais été frappé par leur apparente faiblesse en tant que masse : la cavalerie montait à l’attaque et refluait comme une vague s’écrasant avec une force énorme, pour reculer en petites rigoles qui n’auraient même pas entraîné une souris – une matière inconsistante et transparente qu’un enfant aurait pu prendre entre ses mains. Même les peltastes, avec leurs rangs serrés et leurs boucliers de cristal, m’avaient semblé à peine plus formidables que des soldats de plomb posés sur une table. Les formations rigides de l’ennemi réapparaissaient maintenant dans toute leur force – rectangles entourant des machines aussi imposantes que des forteresses, et des centaines de milliers de soldats épaule contre épaule.

Mais, grâce à un écran situé sur le panneau de contrôle, je pus voir jusqu’en dessous de la visière de leurs casques : toute cette rigidité, toute cette force se mélangeaient en quelque chose d’horrible. Il y avait des vieillards et des enfants dans les rangs de l’infanterie, et certains individus qui me semblèrent être des débiles profonds. Presque tous avaient ce visage fou et affamé que j’avais remarqué la veille, et je me souvins alors de l’homme qui avait jailli du carré et dont la lance avait bondi vers le ciel au moment où il mourait. Je me détournai.

L’Autarque se mit à rire, mais d’un rire sans joie ; une sorte de bruit plat et mat, comme les claquements d’un drapeau dans une bourrasque. « En avez-vous vu un se tuer lui-même ?

— Non, dis-je.

— Vous avez eu de la chance. Moi, ça m’est souvent arrivé en les observant. On ne leur distribue pas d’armes, si ce n’est au moment où la bataille est sur le point d’être déclenchée. Nombreux sont alors ceux qui profitent de l’occasion. Les lanciers enfoncent la garde de leur arme dans un endroit où le sol est mou, d’habitude, et se font sauter la tête. J’ai vu une fois deux soldats – un homme et une femme – qui avaient conclu un pacte : s’entre-tuer simultanément d’un coup d’épée dans le ventre. Je les ai regardés compter de la main gauche, un… deux… trois – et ils étaient morts.

— Mais qui sont-ils ? » demandai-je.

Il me lança un regard que je fus incapable d’interpréter. « Qu’avez-vous dit ?

— J’ai demandé qui ils étaient, Sieur. Je sais bien que ce sont nos ennemis, qu’ils habitent au nord dans les régions chaudes et que l’on raconte qu’ils se sont laissé réduire en esclavage par Érèbe. Mais en fait, qui sont-ils ?

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