L’Affaire Lerouge
- Автор: Габорио Эмиль
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «L’Affaire Lerouge». Краткое содержание книги:
L'aspect judiciaire étant un meurtre, une enquête est menée par le juge d'instruction et par Tirauclair, avec en arrière-plan les policiers. Grâce aux perspectives différentes de tous ses enquêteurs, le jeu de déduction prend parfois des tournures intéressantes. On donne beaucoup d'attention aux preuves matérielles comme point de départ pour des déductions psychologiques. Les raisonnements juridiques sont bien développés. L'intrigue est construite sur des données faussées dans le passé. Chaque personnage, pas seulement le meurtrier, a ses propres mobiles: l'honneur de famille noble et l'honneur de la conscience; l'amour et la jalousie, l'ambition et la convoitise. On aboutit à la solution de l'Affaire Lerouge par bien des détours, impliquant des fautes professionnelles, qui font que le juge donne sa démission. Et pour fin, le père Tirauclair, après avoir cru à l'infaillibilité de la justice, ne voit plus partout qu'erreurs judiciaires. L'ancien agent volontaire doute de l'existence du crime et soutient que le témoignage des sens ne prouve rien. Il fait signer des pétitions pour l'abolition de la peine de mort et organise une société destinée à venir en aide aux accusés pauvres et innocents.
L'Affaire Lerouge serait inspiré des mémoires de Vidocq et du chef de la Sureté, Canler. Le livre, publié en feuilleton, est d'abord le récit d'un drame de famille et d'amour: il ne faut pas interpréter comme des longueurs les chapitres pas nécessaires pour le récit de détection. J'étais surpris par l'originalité et la modernité de ce polar, un must pour tout fan de polars qui s'intéresse aussi un peu à l'histoire de la littérature. Qu'est-ce que cet auteur aurait donné s'il n'avait pas succombé à 41 ans à sa maladie attrapée en Afrique.
Le juge eut donc en abondance ces futiles détails qui ne paraissent rien d’abord, et dont le plus infime peut tout à coup, à l’audience, devenir une question de vie ou de mort.
En combinant les dépositions, en les rapprochant, en les coordonnant, M. Daburon put suivre son prévenu heure par heure, à partir du dimanche matin.
Le dimanche donc, aussitôt après la retraite de Noël, le vicomte avait sonné pour donner l’ordre de répondre à tous les visiteurs qui se présenteraient qu’il venait de partir pour la campagne.
De ce moment, la maison entière s’était aperçue qu’il était «tout chose», vivement contrarié ou très indisposé.
Il n’était pas sorti de la journée de sa bibliothèque, et s’y était fait servir à dîner. Il n’avait pris à ce repas qu’un potage et un très mince filet de sole au vin blanc.
En mangeant, il avait dit à M. Courtois, le maître d’hôteclass="underline" «Recommandez donc au chef d’épicer davantage cette sauce, une autre fois.» Puis il avait ajouté en aparté: «Bast! À quoi bon!» Le soir il avait donné congé à tous les gens de son service, en disant: «Allez vous amuser, allez!» Il avait expressément défendu qu’on entrât chez lui, à moins qu’il ne sonnât.
Le lendemain lundi, il ne s’était levé, lui ordinairement matinal, qu’à midi. Il se plaignait d’un violent mal de tête et d’envies de vomir. Il prit cependant une tasse de thé. Il demanda son coupé; mais presque aussitôt il le décommanda. Lubin, son valet de chambre, lui avait entendu dire: «C’est trop hésiter», et quelques moments plus tard: «Il faut en finir.» Peu après, il s’était mis à écrire.
Lubin avait été chargé de porter une lettre à Mlle Claire d’Arlange, avec ordre de ne la remettre qu’à elle-même ou à Mlle Schmidt, l’institutrice.
Une seconde lettre, avec deux billets de mille francs, furent confiés à Joseph pour être portés au club. Joseph ne se rappelait plus le nom du destinataire; ce n’était pas un homme titré.
Le soir, Albert n’avait pris qu’un potage et s’était enfermé chez lui.
Il était debout de grand matin, le mardi. Il allait et venait dans l’hôtel comme une âme en peine, ou comme quelqu’un qui attend avec impatience une chose qui n’arrive pas.
Étant allé dans le jardin, le jardinier lui demanda son avis pour le dessin d’une pelouse. Il répondit: «Vous consulterez monsieur le comte à son retour.» Il avait déjeuné comme la veille.
Vers une heure, il était descendu aux écuries et avait, d’un air triste, caressé Norma, sa jument de prédilection. En la flattant, il disait: «Pauvre bête! ma pauvre vieille!» À trois heures, un commissionnaire médaillé s’était présenté avec une lettre.
Le vicomte l’avait prise et ouverte précipitamment. Il se trouvait alors devant le parterre.
Deux valets de pied l’entendirent distinctement dire: «Elle ne saurait résister.» Il était rentré et avait brûlé la lettre au grand poêle du vestibule.
Comme il se mettait à table, à six heures, deux de ses amis, M. de Courtivois et le marquis de Chouzé, forçant la consigne, arrivèrent jusqu’à lui. Il parut on ne peut plus contrarié.
Ces messieurs voulaient absolument l’entraîner dans une partie de plaisir; il refusa, affirmant qu’il avait un rendez-vous pour une affaire très importante.
Il mangea, à son dîner, un peu plus que les jours précédents. Il demanda même au sommelier une bouteille de château-lafite qu’il but entièrement.
En prenant son café, il fuma un cigare dans la salle à manger, ce qui est contraire à la règle de l’hôtel.
À sept heures et demie, selon Joseph et deux valets de pied, à huit heures seulement, suivant le suisse et Lubin, le vicomte était sorti à pied avec un parapluie.
Il était rentré à deux heures du matin, et avait renvoyé son valet de chambre qui l’attendait, comme c’était son service.
Le mercredi, en entrant chez le vicomte, le valet de chambre avait été frappé de l’état des vêtements de son maître. Ils étaient humides et souillés de terre, le pantalon était déchiré. Il avait hasardé une remarque; Albert avait répondu d’un ton furieux: «Jetez cette défroque dans un coin en attendant qu’on la donne.» Il paraissait aller mieux ce jour-là. Pendant qu’il déjeunait d’assez bon appétit, le maître d’hôtel lui avait trouvé l’air gai. Il avait passé l’après-midi dans la bibliothèque et avait brûlé des tas de papiers.
Le jeudi, il semblait de nouveau très souffrant. Il avait failli ne pouvoir aller au-devant du comte. Le soir, après sa scène avec son père, il était remonté chez lui dans un état à faire pitié. Lubin voulait courir chercher le médecin, il le lui avait défendu, de même que de dire à personne son indisposition.
Tel est l’exact résumé des vingt grandes pages qu’écrivit le long greffier sans détourner une seule fois la tête pour regarder les témoins en grande livrée qui défilaient.
Ces témoignages, M. Daburon avait su les obtenir en moins de deux heures.
Bien qu’ayant la conscience de l’importance de leurs paroles, tous ces valets avaient la langue extrêmement déliée. Le difficile était de les arrêter une fois lancés. Et pourtant, de tout ce qu’ils disaient, il ressortait clairement qu’Albert était un très bon maître, facile à servir, bienveillant et poli pour ses gens. Chose étrange, incroyable! il s’en trouva trois dans le nombre qui avaient l’air de n’être pas ravis du grand malheur qui frappait la famille. Deux étaient sérieusement attristés, M. Lubin, ayant été l’objet de bontés particulières, n’était pas de ces derniers.
Le tour du commissaire de police était arrivé. En deux mots, il rendit compte de l’arrestation déjà racontée par le père Tabaret. Il n’oublia pas de signaler ce mot: «Perdu!» échappé à Albert; à son sens, c’était un aveu. Il fit ensuite la remise de tous les objets saisis chez le vicomte de Commarin.
Le juge d’instruction examina attentivement tous ces objets, les comparant soigneusement avec les pièces à conviction rapportées de La Jonchère.
Il parut alors plus satisfait qu’il ne l’avait été de la journée.
Lui-même il déposa sur son bureau toutes ces preuves matérielles, et pour les cacher, il jeta dessus trois ou quatre de ces immenses feuilles de papier qui servent à confectionner des chemises pour les dossiers.
La journée s’avançait et M. Daburon n’avait plus que bien juste le temps d’interroger le «prévenu» avant la nuit. Quelle hésitation pouvait le retenir encore? Il avait entre les mains plus de preuves qu’il n’en faut pour envoyer dix hommes en cour d’assises et de là à la place de la Roquette. Il allait lutter avec des armes si écrasantes de supériorité qu’à moins de folie Albert ne pouvait songer à se défendre. Et pourtant, à cette heure pour lui si solennelle, il se sentait défaillir. Sa volonté faiblissait-elle? Sa résolution allait-elle l’abandonner?
Fort à propos il se souvint que depuis la veille il n’avait rien pris, et il envoya chercher en toute hâte une bouteille de vin et des biscuits. Ce n’est point de forces qu’avait besoin le juge d’instruction, mais de courage. Tout en vidant son verre, ses pensées, dans son cerveau, s’arrangèrent en cette phrase étrange: «Je vais donc comparaître devant le vicomte de Commarin.»