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Le Dompteur de lions

Электронная книга - «Le Dompteur de lions». Краткое содержание книги:

Le point de vue des éditeurs
C’est le mois de janvier et un froid glacial s’est emparé de Fjällbacka. Une fille à demi nue, surgie de la forêt enneigée, est percutée par une voiture. Lorsque Patrik Hedström et ses collègues sont prévenus, la jeune fille a déjà été identifiée. Il s’agit de Victoria, portée disparue depuis quatre mois. Son corps présente des blessures qu’aucun accident ne saurait expliquer : ses orbites sont vides, sa langue est coupée et ses tympans percés. Quelqu’un en a fait une poupée humaine. D’autres cas de disparitions dans les environs font redouter que le bourreau n’en soit pas à sa première victime.
De son côté, Erica Falck commence à exhumer une vieille affaire pour son nouveau bouquin. Une femme purge sa peine depuis plus de trente ans pour avoir tué son mari, un ancien dompteur de lions, qui maltraitait leur fille avec sa complicité passive. Mais Erica est persuadée que cette mère de famille porte un secret encore plus sombre. Jonglant entre ses recherches, une maison en perpétuel désordre et des jumeaux qui mettent le concept de l’amour inconditionnel à rude épreuve, elle est loin de se douter que pour certains, l’instinct maternel n’a rien de naturel…
Avec ce neuvième volet de la série Fjällbacka, Camilla Läckberg signe un polar crépusculaire et violent. La reine du noir nordique s’y montre plus indomptable que jamais.
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Marta guida Valiant sur le chemin forestier. Une nuée d’oiseaux s’envolèrent, effrayés, sur son passage, et le cheval réagit nerveusement en se mettant au trot. Il aurait voulu se lancer, mais elle le retint et ils continuèrent au pas dans le matin calme. Le temps était glacial, pourtant elle n’avait pas froid. Le corps de sa monture la réchauffait et elle savait comment s’habiller, en superposant les couches de vêtements. Ainsi équipée, elle pouvait chevaucher dans la nature pendant des heures, même en hiver.

L’entraînement de la veille s’était bien passé. Molly ne cessait de se perfectionner dans l’art équestre, Marta était même confusément fière d’elle. En général, c’était surtout Jonas qui vantait les qualités de Molly. Mais il était tellement évident qu’elle tenait son talent de sa mère que Marta avait l’impression de voir son propre reflet.

Elle talonna Valiant et savoura la sensation quand il augmenta l’allure. Jamais elle ne se sentait aussi libre que sur le dos d’un cheval. C’était comme si le reste du temps elle jouait un rôle, comme si elle ne retrouvait sa vraie nature que dans la connivence avec l’animal.

La mort de Victoria avait tout changé. Elle le remarquait à l’ambiance dans l’écurie, elle le sentait à la maison, et même chez Einar et Helga. Les filles se montraient moins turbulentes, elles avaient peur. Avec Jonas ils en avaient raccompagné deux chez elles l’autre jour. Elles étaient restées silencieuses à l’arrière de la voiture — pas un mot, pas un rire, pas de joie. Et, bizarrement, la rivalité entre elles s’était radicalisée. Elles se disputaient les chevaux, s’évertuaient à attirer son attention, jetaient des regards assassins et jaloux à Molly, qui jouissait d’une position privilégiée.

C’était un spectacle fascinant. À certains moments, elle ne pouvait s’empêcher de souffler sur les braises. Elle laissait une fille monter trop de fois d’affilée un des chevaux favoris, elle consacrait plus de temps à une autre pendant quelques cours en ignorant une troisième. Ça marchait à tous les coups. Immédiatement, les intrigues s’étoffaient et le mécontentement grondait. Elle voyait les regards, les groupes qui se formaient, et cela l’amusait. C’était tellement facile de jouer sur leur manque d’assurance, d’anticiper leur comportement.

Elle avait toujours eu le don de manipuler ainsi les émotions, sauf quand Molly était petite. Les enfants en bas âge étaient capricieux, et elle avait beaucoup souffert de constater que sa stratégie ne lui était d’aucune utilité pour se faire obéir. Au contraire, c’est elle qui avait dû se conformer aux besoins du bébé, à ses horaires de sommeil et de repas, à ses colères soudaines et inexplicables. À mesure que Molly avait grandi, elle était devenue plus gérable, ses réactions et sa conduite plus prévisibles. En toute honnêteté, à présent Marta ne trouvait plus son rôle de mère si difficile à tenir. Et à partir du moment où elle avait découvert le talent de cavalière de Molly, elle s’était sentie plus proche d’elle. Elle avait presque l’impression qu’elles étaient réellement liées, que sa fille n’était plus uniquement cette créature mystérieuse qui avait squatté son corps.

Valiant allait bon train à présent, son galop était rapide et triomphant. Elle connaissait si bien le chemin qu’elle lui permettait d’allonger le pas à sa guise. Elle devait se baisser pour éviter une branche de temps en temps, et parfois des pans entiers de neige leur dégringolaient dessus et virevoltaient autour des sabots. C’était comme de cheminer sur des nuages. Elle respirait fort et sentait tout son corps travailler. Les gens qui ne montent pas à cheval croient qu’il suffit de rester paresseusement en selle et de suivre les mouvements de l’animal. Ils ne comprennent pas que tous les muscles du cavalier entrent en action. Après une bonne chevauchée, elle avait les membres délicieusement meurtris.

Jonas était parti précipitamment aux aurores pour une urgence. Son téléphone était branché vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et peu avant cinq heures, un fermier des environs avait appelé. Une de ses vaches était mal en point. En quelques minutes, Jonas était prêt et installé au volant. La sonnerie du portable avait réveillé Marta et elle était restée en silence dans l’obscurité, l’observant s’habiller. Après toutes ces années passées ensemble, sa silhouette était si familière, et pourtant étrangère. La vie en couple n’était pas toujours facile. Ils se prenaient la tête comme tout le monde. Il y avait des moments où elle avait envie de crier et de le taper, tellement elle était en colère. Mais la certitude qu’ils étaient faits l’un pour l’autre était là, invariablement.

À un moment, elle avait eu peur. Elle ne le reconnaissait pas volontiers, ne voulait même pas y penser, mais sur le dos du cheval, quand la liberté détendait le corps et l’esprit, les pensées les plus enfouies affleuraient. Ils avaient failli tout perdre : l’un l’autre, leur existence, la solidarité et l’entente qu’ils avaient ressenties dès leur première rencontre.

Leur passion contenait une dose de folie. Elle avait les bords noircis par le feu qui brûlait en permanence, et ils savaient comment la maintenir en vie. Ils avaient exploré leur amour en long et en large, testé ses limites pour vérifier qu’il soit assez solide. Et il l’était. Une seule fois, il avait failli s’éteindre, mais au dernier moment tout s’était arrangé et était rentré dans l’ordre. Le danger était passé et elle avait choisi d’y penser le moins possible. C’était mieux ainsi.

Marta éperonna Valiant et, presque sans un bruit, ils traversèrent la forêt. Vers rien, vers tout.

Patrik prit place à la table de la cuisine et remercia silencieusement Erica qui lui tendait une tasse de café. Leur dîner romantique de la veille s’était terminé en eau de boudin avec l’appel de Terese Hansson qui s’inquiétait pour son mari. Patrik s’était rendu chez elle, et à son retour, Erica avait tout rangé, il ne restait plus aucune trace du repas. La cuisine était rutilante après qu’elle l’eut briquée, sûrement par défi puisque Kristina et Gunnar viendraient prendre le café dans l’après-midi.

Il lorgna vers le tableau posé contre le mur. Ça faisait un an qu’il attendait d’être accroché, et si Patrik n’y remédiait pas maintenant, Bob le Bricoleur serait bientôt là avec son marteau et ses clous. C’était puéril, mais il ne se sentait pas entièrement à l’aise avec l’idée que quelqu’un d’autre fasse des travaux dans sa maison. C’était à lui de s’y coller, ou de payer un professionnel, car il était malgré tout conscient de ses limites en bricolage.

— Ne t’inquiète pas pour le tableau, dit Erica avec un sourire, après avoir suivi son regard. Si tu veux, je peux le ranger avant qu’ils arrivent, comme ça pas de risque que Gunnar ne l’accroche à ta place.

Un instant Patrik soupesa la proposition, avant de se sentir très bête.

— Non, laisse-le. J’ai eu largement le temps de le faire, sans y parvenir, comme plein d’autres trucs d’ailleurs. J’imagine que c’est tant pis pour moi, je ferais mieux de le remercier et d’accepter son aide.

— Tu n’es pas le seul qui aurait pu l’accrocher et réparer ce qui est cassé. Moi aussi je sais me servir d’un marteau. Mais nous avons eu d’autres priorités. Du boulot, du temps pour les enfants, du temps l’un pour l’autre, et je l’assume entièrement. Un tableau pas encore accroché au mur, quelle importance ?

Erica s’assit sur les genoux de Patrik et l’enlaça. Il ferma les yeux et huma son odeur dont il ne se lassait jamais. Le quotidien avait naturellement contribué à engourdir la passion amoureuse, mais elle avait été remplacée par un sentiment bien supérieur : un amour calme, profond et solide. Et puis, il y avait encore des moments où sa femme l’excitait autant qu’au tout début de l’amour fou. Simplement, aujourd’hui cela se passait à intervalles plus espacés. C’était sans doute ce que la nature avait trouvé de mieux pour empêcher l’humanité de batifoler au lit toute la journée.

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