Il suffit d'un amour. Tome 1
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Катрин #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Il suffit d'un amour. Tome 1». Краткое содержание книги:
Devenue l'épouse du grand argentier du duc, le destin de Catherine semble scellé. Et si, désormais, tout pousse Catherine vers le duc, tout semble l'éloigner d'Arnaud : la haine, la guerre, la vengeance.
C'est un calvaire physique et moral, que gravit celle sur qui le grand duc d'Occident a jeté son dévolu. Pourtant, de Dijon à Bruges, de Bruges à Orléans assiégée, tandis que le destin s'acharne sur elle, Catherine poursuit aveuglement son rêve d'amour...
En entrant, Catherine alla tout de suite tendre ses mains froides aux flammes dansantes. Sara, promue première femme de chambre, l'avait débarrassée de sa houppelande. Elle eût volontiers abandonné également entre les mains de sa fidèle servante, la haute coiffure argentée dont le croissant, étoilé de saphirs, supportait un flot de dentelles mousseuses. La migraine lui serrait les tempes. Elle se sentait transie jusqu'à l'âme et n'osait pas chercher le regard de son époux.
L'intérêt que Garin lui avait montré, au soir de l'attentat de Barnabé, n'avait pas résisté à la visite que Catherine lui avait faite, le lendemain même. Depuis ce jour, la jeune fille ne l'avait que très peu vu, car il avait accompagné le duc dans plusieurs déplacements. A Paris, notamment, où Philippe avait séjourné au moment de la mort soudaine, survenue fin août du roi d'Angleterre Henri V. Le vainqueur d'Azincourt était mort, à Vincennes, du mal de saint Fiacre, laissant un enfant de quelques mois : le fils que lui avait donné Catherine de France. Mais, prudent, Philippe de Bourgogne avait refusé la Régence du royaume et, sans même attendre les funérailles du conquérant, était reparti pour les Flandres, n'en bougeant même pas à l'annonce de la mort du roi Charles VI, pour n'avoir pas, lui prince français, à s'effacer devant le duc de Bedford, devenu régent du Royaume. Garin de Brazey était resté auprès de Philippe mais, chaque semaine, un messager était venu de sa part, porter à sa fiancée quelque présent : bijou, œuvre d'art, livre d'heures richement enluminé par Jacquemart de Hesdin et même un couple de grands lévriers de Karamanie qui sont sans rivaux pour la chasse. Jamais, pourtant, le moindre mot n'accompagnait l'envoi. Par contre, Marie de Champdivers recevait régulièrement des instructions au sujet des préparatifs du mariage et des habitudes mondaines qui devaient être inculquées à la future mariée. Garin n'était rentré que huit jours avant les noces, juste à temps pour refuser à Catherine la présence de sa famille.
Le repas nuptial fut triste malgré l'entrain que s'efforçait d'y mettre Hughes de Lannoy. Assise auprès de Garin dans le banc seigneurial, Catherine touchait à peine aux mets qui étaient servis, à l'exception de quelques bribes d'un magnifique brochet de la Saône aux herbes et de quelques prunes confites. Les aliments ne franchissaient sa gorge qu'avec peine et elle ne prononça pas trois paroles. Garin ne lui prêtait aucune attention. Il ne s'occupait pas davantage d'ailleurs des autres dames présentes qui bavardaient entre elles. Lui parlait politique avec Nicolas Rolin passionné par la prochaine ambassade du chancelier à Bourg-en-Bresse où, pour plaire au duc de Savoie sincèrement épris de paix, les gens de Bourgogne et ceux de Charles VII allaient tenter de s'entendre.
À mesure que l'heure avançait, Catherine sentait croître son malaise et, quand les serviteurs vêtus de violet et d'argent apportèrent les bassins de confitures, les pièces de nougat et les fruits au sucre qui composaient le dessert, elle sentit ses nerfs craquer et dut cacher ses mains tremblantes sous la nappe. Dans quelques instants, lorsqu'on se lèverait de table, les dames la conduiraient à la chambre nuptiale où elle serait abandonnée, seule en face de cet homme qui avait maintenant tous les droits sur elle. A la seule idée de son contact, la chair de Catherine se hérissait sous les vêtements de soie. De toutes ses forces, désespérément, elle tentait d'éloigner d'elle le souvenir de l'auberge de Flandres, le dessin d'un visage, le son d'une voix, la chaleur d'une bouche impérieuse. Son cœur s'arrêtait lorsqu'elle évoquait Arnaud et leur trop bref moment d'amour. Tout ce qui pourrait venir ce soir, les gestes que ferait Garin, les paroles qu'il prononcerait, ne seraient que la dérisoire parodie d'un instant précieux entre tous. Catherine savait trop bien qu'elle avait approché, de bien près, le véritable amour de sa vie, celui pour lequel Dieu l'avait créée, pour n'en avoir point cruellement conscience. Devant elle, maintenant, rythmant sur la harpe les gracieuses évolutions d'une dizaine de danseuses, un ménestrel chantait :
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse, Puisqu'il me faut loin de vous demeurer, Je n'ai plus rien à me réconforter, Qu'un souvenir pour retenir liesse...
Les paroles mélancoliques firent monter des larmes aux yeux de la jeune femme. Les vers répondaient si bien à la plainte de son propre cœur ! C'était comme si le ménestrel lui avait un instant prêté sa voix... Elle regarda le jeune garçon à travers un brouillard de larmes, vit qu'il était très jeune, mince et blond, avec des genoux encore mal dégrossis, un visage enfantin... Mais la voix railleuse d'Hughes de Lannoy vint briser le charme et elle l'en détesta.
— Quelle chanson lugubre pour un soir de noces ! s'écria-t-il. Vive Dieu, l'ami ! N'as-tu pas plutôt quelque rondeau gaillard, bien propre à mettre en joie un couple nouveau marié ?
— La chanson est belle, intervint Garin. Je ne la connaissais pas.
D'où la tiens-tu baladin ?
Le jeune chanteur rougit comme une fille, s'agenouilla avec humilité, ôtant son bonnet vert où tremblait une plume de héron :
— D'un mien ami, messire, qui l'a rapportée d'au- delà de la mer.
— Une chanson anglaise ? Je n'en crois rien, fit Garin dédaigneux.
Ces gens-là ne savent chanter que la bière et les horions.
— S'il vous plaît, messire, la chanson vient de Londres, mais elle est toute française. Dans sa geôle anglaise, Monseigneur Charles d'Orléans compose ballades, odes et chansons pour distraire son ennui aux heures trop longues. Celle-ci a percé les murs de la prison et j'ai eu la chance de l'entendre...
Il allait continuer quand Hughes de Lannoy, tirant sa dague, bondit par-dessus la table et tomba, l'arme haute, sur le malheureux chanteur.
— Qui ose, en pays bourguignon, prononcer le nom d'Orléans ?
Maudit maraud, tu vas le payer !
Fou de rage, le bouillant ami de Philippe le Bon allait frapper quand Catherine, mue par une irrésistible impulsion, se leva :
— Assez, sire chevalier ! Vous êtes ici chez moi et ceci est mon souper de noces. Je vous interdis de faire couler devant moi un sang innocent ! Une chanson se juge à sa beauté, non à son origine.
Sa voix, vibrante de colère, avait sonné comme un clairon. Un silence succéda. Stupéfait, Hughes de Lannoy laissa retomber son bras. Ses yeux rejoignirent, sur la jeune femme, ceux de tous les assistants. Elle se tenait très droite, s'appuyant à la table du bout des doigts, le menton fièrement levé, toute brillante de fureur mais revêtue d'une telle dignité que nul ne songea à s'étonner. Jamais la beauté de Catherine n'avait été aussi éclatante qu'à cette minute. Elle s'imposa aux hommes présents, comme une aveuglante révélation, dans son incontestable royauté. Que cette fille vînt d'une échoppe de drapier était un fait, mais que, par la splendeur de son corps et la grâce de son visage, elle fût digne d'être reine, en était un autre, non moins clair.
Une flamme étrange au fond de ses yeux bleu pâle, Hughes de Lannoy repoussa lentement sa dague au fourreau, lâcha le ménestrel et revint vers la table. Il sourit, plia le genou.