Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
– C’est bien, demeurez où vous êtes, reprit la reine qui, en même temps, frappa un timbre d’un coup de son petit marteau d’argent.
Un homme entra qui, stylé d’avance, saisit toutes les lettres cachetées, et sortit en toute hâte, sans avoir dit un mot. Deux minutes plus tard, Maurevert vit apparaître dans la cour le même homme. Il remit une lettre à l’un des courriers, et le courrier partit aussitôt à fond de train; puis il passa au deuxième qui partit à son tour, puis au troisième… au bout de cinq minutes, tous les courriers étaient partis.
– La prochaine fois que vous verrez votre ami le duc de Guise, dit tranquillement Catherine, vous lui direz que vous avez vu partir mes courriers porteurs de dépêches pour chacun de nos gouverneurs. Vous ajouterez que chacune de ces dépêches donne l’ordre à nos gouverneurs de rassembler leurs troupes et de marcher sur Paris pour y arrêter les insensés qui ne craignent pas de conspirer contre le roi. Dans quelques jours, monsieur de Maurevert, soixante mille hommes marcheront sur Paris pour protéger le roi, ou pour le délivrer au cas où certains projets auraient déjà abouti… Quant à vous… voyons… que vais-je faire de vous?
Maurevert sentit un long frisson lui courir le long des reins, comme si la hache du bourreau se fût levée sur son cou.
– Je suis perdu! murmura-t-il.
Ses jambes vacillèrent. Il tomba sur ses genoux. Sa tête se pencha jusqu’à toucher le plancher.
Catherine le regarda un instant avec une sombre expression de doute, de mépris et de triomphe.
Elle avait d’ailleurs menti.
Ses lettres contenaient l’ordre aux gouverneurs d’arrêter tout courrier qui ne serait pas muni d’un sauf-conduit, tout fuyard venant de Paris, et de faire saisir tout huguenot dans une sorte de vaste rafle [16].
– Relevez-vous, monsieur, reprit la reine.
Maurevert obéit. Il était livide. Il cherchait vainement à rassembler ses idées.
– Si vous êtes franc, poursuivit Catherine, je vous donne vie sauve.
Un rugissement de joie souleva la poitrine de Maurevert. La reine ne le faisait pas saisir. La reine discutait encore avec lui. Donc la reine avait besoin de ses services. Donc il était sauvé.
– Où en est la conspiration de M. de Guise? demanda froidement Catherine de Médicis.
– Madame, répondit enfin Maurevert en faisant un effort surhumain pour assurer sa voix, je jure sur le Christ que je n’ai pas conspiré.
– Et qui vous dit que vous conspirez! fit la reine avec un terrible accent de mépris. Allons donc, monsieur de Maurevert, pour conspirer, il faut être quelqu’un! Seulement, vous n’êtes pas sans avoir écouté autour de vous. Que savez-vous?
– Eh bien, madame, on espère que Sa Majesté le roi ne voudra pas prendre contre les hérétiques les mesures nécessaires.
– Et alors?
– Alors, madame, comme Paris est en pleine fermentation, on en profitera pour se faire désigner par la noblesse, par la bourgeoisie et par le peuple, comme le capitaine général des catholiques…
– Et alors?…
– C’est tout, madame! fit Maurevert avec une admirable expression d’étonnement et de sincérité.
– Vous mentez, monsieur de Maurevert.
– Madame, sur le chevalet de torture, je ne pourrais dire plus. Je ne sais rien au-delà de ce que je viens de vous révéler. Cependant… je pense… mais c’est une simple supposition.
– Dites toujours.
– Je pense que, maître de Paris, capitaine général des forces catholiques, on en profiterait peut-être, si les circonstances étaient favorables… pour mener directement Sa Majesté le roi…
– Est-ce que vraiment il ne sait rien? songea la reine.
Maurevert maintenant s’était repris. Son visage était redevenu impénétrable.
– Monsieur, dit tout à coup la reine, vous avez rendu plus d’un service, et vous en rendrez d’autres sans doute.
– Ma vie appartient à Votre Majesté: qu’elle en dispose!
– Je vous pardonne, dit Catherine. Quant au duc de Guise, s’il veut être capitaine général, il le sera. J’aime les emportements de sa foi. Elle va jusqu’à le faire conspirer pour… imposer au roi ses volontés. Je pense comme lui. Et pour l’aider à convaincre le roi, je fais venir à Paris une armée complète. Alors, nous verrons. Guise et moi, nous compterons. Quant à vous…
Elle le fixa de son regard aigu.
Maurevert soutint l’examen avec le courage suprême du désespoir.
Il comprit que s’il faiblissait, s’il donnait un signe de terreur, il allait être saisi, porté jusqu’à la chambre de torture…
– Quant à vous, continua Catherine en traçant quelques mots sur un parchemin, voici ce que je puis faire pour vous.
Maurevert essayait ardemment de lire de loin.
«L’ordre de m’envoyer à la Bastille?» songeait-il.
La reine lui tendit le papier: c’était un bon de cinquante mille livres sur la cassette de la reine mère.
Un frémissement de joie secoua Maurevert qui s’inclina avec respect, mais sans exagération.
– Décidément, il ne sait rien, pensa Catherine qui avait suivi attentivement l’effet de sa générosité… L’heure approche, continua-t-elle; vous allez, mon cher monsieur, aller vous poster chez le chanoine Villemur, avec votre ami… cet ami dont vous me parliez.
– Mais madame, fit Maurevert, cet ami est déjà payé, déjà à son poste. Et les cinquante mille livres que Votre Majesté veut bien m’octroyer…
– Sont pour vous dédommager d’un injuste soupçon, fit Catherine avec son plus charmant sourire, et aussi pour vous récompenser des nouvelles que vous m’apportez. Le miracle?
– Le miracle est fait, madame, dit Maurevert en reprenant tout son aplomb. Le peuple, autour du couvent, crie Noël, le moine Lubin est porté en triomphe, l’eau de la chaudière s’est changée en sang, comme plus de vingt mille personnes pourraient en témoigner.
– Admirable!… Vous êtes précieux, monsieur.
– Oh! madame, soyons juste. C’est le prieur qui a tout fait. Le prieur, et aussi un certain frère Thibaut.
– Ainsi, le peuple crie au miracle?
– Oui, madame, et chacun sait d’ailleurs que les miracles de chaudière sacrée sont toujours le présage de quelque bonne pendaison d’hérétiques. Aussi ai-je commencé par en saisir deux qui, justement, passaient à ma portée. Seulement, j’ai rendu la liberté à l’un d’eux.
Une expression de surprise et d’inquiétude se peignit sur le visage de la reine.
– Celui à qui j’ai rendu la liberté, continua Maurevert, celui que je crois bien avoir sauvé des mains de la foule furieuse, c’est un d’importance… Mais j’ai cru remarquer que Votre Majesté le tenait en estime… C’est celui qu’on appelle le comte de Marillac.
La reine n’eut pas un tressaillement. Elle demeura souriante, presque indifférente. Mais Maurevert eût frémi d’épouvante s’il avait pu entendre le rugissement du cœur de cette mère. Sans la moindre émotion, elle, dit très simplement:
– Vous avez bien fait d’épargner M. de Marillac; il est de mes amis… Et l’autre?
– L’autre, madame!… Daigne Votre Majesté me permettre de lui rappeler une promesse qu’elle a bien voulu me faire?
[16] Ces dépêches portaient le sceau royal. La signature de Charles IX s’y trouvait. La reine avait-elle obtenu un certain nombre de signatures en blanc, ou, audacieuse jusqu’au bout, avait-elle simplement signé pour son fils?… Qui sait?… Ce que l’on sait bien, c’est que ces fatales dépêches furent considérées par la plupart des gouverneurs comme un ordre d’extermination en masse. (Note de M. Zévaco.)