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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Il m’est permis de l’aimer! bégaya-t-il.

– Oui… à condition que tu exécutes les ordres que je viens te communiquer…

Jacques Clément tendit ses bras raidis vers l’apparition. Ses yeux s’exorbitèrent. Sa tête pencha en arrière et son corps se plia légèrement en arc. Toute terreur avait disparu de son esprit…

– Parle! dit-il d’une voix d’extase, parle encore, ô toi dont la vue m’enivre et dont la voix me charme…

L’ange eut un imperceptible sourire de malice et dit:

– Je suis le messager du Dieu tout-puissant et te viens avertir des ordres divins. Jacques, Jacques! écoute… Là-haut, la couronne du martyre se prépare pour toi… Et ici-bas, c’est la couronne d’amour qui t’est promise!…

– Que dois-je donc faire? s’écria le jeune moine transporté, transfiguré.

– Tu dois accomplir l’acte suprême, qui délivrera le peuple de France… le peuple de Dieu: tu as été choisi pour frapper Valois… Par toi le tyran doit être mis à mort…

À ces mots, et avant que Jacques Clément eût pu faire un geste, la forme blanche de l’apparition s’enfonça dans les ténèbres.

Le moine tomba la face contre les dalles. L’épouvante le reprit comme avant la vision. Il voulut fuir, et demeura cloué aux dalles, grelottant de tous ses membres, les cheveux hérissés, le front baigné d’une sueur glacée…

Une heure se passa avant qu’il pût reprendre ses esprits. À peu près calmé, il parvint à se relever péniblement… Alors, il se demanda s’il n’avait pas rêvé. Le silence profond de la chapelle, les choses habituelles à leur place, la porte des tombeaux bien fermée, tout lui prouvait qu’il avait été la proie d’une hallucination. Il en éprouva comme un regret…

– Le rêve eût été trop beau, murmura-t-il… le droit de l’aimer!…

Et comme il se mettait en marche, son pied heurta un objet qui rendit un son clair. Il se baissa, le ramassa, et un grondement de joie furieuse, de terreur aussi, expira sur ses lèvres bleues… Cet objet… c’était la dague que l’ange tenait à la main pendant l’apparition!… L’ange lui avait laissé une preuve matérielle de sa descente sur la terre!…

– Oh! rugit le moine en serrant la dague dans sa main convulsée, je n’ai pas rêvé! J’ai vu! J’ai entendu!… J’ai le droit de l’aimer!… Car voici l’arme avec laquelle je dois tuer le tyran!…

Égaré, titubant, se heurtant aux bancs, il sortit à tâtons de la chapelle, regagna en courant sa cellule, et tomba haletant sur sa couchette où il s’évanouit, la dague dans sa main crispée.

XVIII LE MOULIN DE LA BUTTE SAINT-ROCH

Picouic et Croasse avaient réalisé leur rêve et vu leurs sagaces efforts couronnés d’un plein succès: ils avaient été promus à la dignité de laquais de M. le duc d’Angoulême. Ce n’était pas tout à fait ce qu’ils avaient souhaité, puisque c’était surtout l’honneur de servir le chevalier de Pardaillan qu’ils avaient ambitionné. Mais Pardaillan et le jeune duc vivant d’une vie commune pour le quart d’heure, les anciens hercules de Belgodère s’étaient d’autant plus tenus pour satisfaits qu’en devenant les laquais de Charles d’Angoulême, ils espéraient être surtout les écuyers de Pardaillan pour qui ils éprouvaient une admiration sans bornes.

Le jour où la chose avait été discutée, le chevalier leur avait répondu que l’état de sa fortune et l’incertitude de sa vie errante lui défendaient le luxe d’un laquais, à plus forte raison de deux serviteurs.

– Mais, monseigneur, avait objecté Picouic…

– Et puis, interrompit Pardaillan, vous m’appelleriez tout le temps monseigneur, ce qui me rompt les oreilles.

– Qu’à cela ne tienne, dit Croasse, nous vous appellerons sire.

– «Monsieur» suffit, dit froidement Pardaillan.

– Comme pour le frère du roi, insinua Picouic.

– Tiens! mais tu n’es pas bête, l’homme au nez pointu…

– J’ai fait mes humanités, fit modestement Picouic. Si monsieur veut nous mettre à l’essai, il verra qu’il n’aura pas lieu de s’en repentir.

– Mais avec moi vous n’avez que des coups à gagner. Courir les routes, coucher à la belle étoile, quand ce n’est pas à la mauvaise, s’endormir parfois le ventre vide, avoir plus souvent la rapière qu’un verre à la main, il n’y a rien là qui puisse vous séduire.

– En effet, dit Croasse avec une grimace.

– Avec vous, monsieur, reprit Picouic, en foudroyant son compagnon du regard, je risquerais volontiers de pires aventures.

Là-dessus, Charles d’Angoulême était survenu et, séance tenante, avait embauché les deux hères: ils avaient connu Violetta et ils pourraient sans doute lui donner de précieuses indications. Le jour même, les deux hercules furent installés dans la maison de la rue des Barrés et furent habillés de neuf.

– Brûlons nos vieilles hardes de baladins, proposa Croasse.

– Gardons-les, au contraire. On ne sait ce qui peut arriver. Ta nouvelle position sociale t’étouffe d’orgueil. Mais moi je sais prévoir l’avenir… J’ai le nez long.

– Oui, dit Croasse étonné.

Le lendemain de cet heureux jour où les deux pauvres diables trouvèrent ce que Picouic avait justement appelé une position sociale, c’est-à-dire la niche et la pâtée assurées pour longtemps, le chevalier de Pardaillan et le jeune duc sortirent dans l’intention de se rendre à l’abbaye de Montmartre pour essayer de tirer quelques renseignements de la bohémienne Saïzuma. Picouic et Croasse, fiers comme deux Artabans dans leurs habits tout battant neufs, et d’ailleurs armés jusqu’aux dents, suivaient leurs maîtres à dix pas.

Tout en donnant la réplique à Charles qui ne parlait, on s’en doute, que de Violetta, Pardaillan songeait à ce Maurevert qu’il était venu chercher à Paris après l’avoir cherché en Provence et en Bourgogne. Tout à coup, il le vit à quinze pas à peine, qui marchait devant lui, accompagné d’un homme.

Pardaillan pâlit légèrement. Ses yeux se plissèrent et sa main se crispa sur la garde de sa rapière. Mais il ne fit pas un pas plus vite. Aborder Maurevert, le forcer à dégaîner sur-le-champ et le tuer… cette pensée lui vint. Mais il la repoussa aussitôt. Ce n’était pas ainsi que Maurevert devait mourir!…

– Qu’avez-vous, cher ami? lui demanda le petit duc. Vous êtes tout pâle.

– Rien, fit Pardaillan. Seulement, si vous voulez bien, nous remettrons à plus tard notre voyage à Montmartre.

– Soit. Que ferons-nous donc?…

– Suivre ces deux hommes qui marchent là devant nous…

Et ils se mirent à suivre Maurevert et son compagnon.

* * * * *

Il fallait que Maurevert fût distrait par une bien puissante préoccupation. Car lui qui d’ordinaire avait constamment les yeux et les oreilles aux aguets semblait avoir oublié tout au monde pour s’absorber dans l’audition de ce compagnon qui lui parlait à voix basse. Cet homme était une façon de garçon meunier. Mais un œil exercé, sous ce costume, eut vite reconnu l’homme de guerre, à la marche lourde et violente, au port de tête orgueilleux. Cet homme, en effet, c’était Maineville, l’âme damnée du duc de Guise. Et Maineville disait:

– Le duc n’y croit pas. Malgré la précision de la lettre qui lui dénonce la chose, il ne veut pas croire…

– Et pourtant, reprit Maurevert, cette lettre lui vient de cette femme mystérieuse…

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