Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
La jolie duchesse écoutait en frissonnant cette femme si belle qui parlait de meurtre, comme elle eût, elle, parlé d’un bijou. La Fausta parut méditer encore. Et cette méditation, bien que son visage demeurât pur et serein, devait sembler terrible à Marie de Montpensier, car elle n’osa l’interrompre.
– Comprenez-vous bien, reprit tout à coup Fausta, qu’Henri de Valois est condamné…
– À mourir, madame, demanda sourdement la duchesse.
– Oui, dit Fausta glaciale, je le condamne à mort.
– Et qui sera l’exécuteur, madame? balbutia la duchesse.
– Vous! répondit Fausta.
La duchesse de Montpensier pâlit.
– Voici la situation, dit froidement Fausta. Henri de Guise a juré à la Médicis d’attendre patiemment la mort d’Henri III. À ce prix, on lui a promis que le roi le désignerait pour son successeur. Valois peut vivre dix ans, vingt ans, malgré toutes les apparences. Et ne vécût-il même que quelques mois, c’en est assez. La vieille reine saura mettre ce temps à profit et fomentera la destruction des Guise comme elle a fomenté la destruction des Châtillon. Choisissez donc: ou de tuer, ou d’être tuée…
La belle duchesse frissonna.
– Il faut agir, continua âprement Fausta. Les temps sont révolus. Si vous reculez maintenant, prenez garde, vous allez tomber.
– Tuer! murmura Montpensier, tuer de mes mains! Oh! je n’aurai jamais ce courage…
– Valois aura donc le courage de faire rouler votre belle tête sous la hache du bourreau! Insensée! Famille d’insensés qui ne veut pas voir! Vous en avez trop fait, tous, pour que vous puissiez espérer l’oubli, lors même que vous renonceriez à vos prétentions. C’est un duel à mort que vous avez engagé. Si Henri III et la Médicis ne meurent pas, c’est la famille des Guise qui va s’éteindre dans quelque terrible aventure. Adieu, ma mignonne, allez réfléchir au dernier sourire que vous aurez lorsque vous poserez la tête sur le billot…
– Un mot, madame, s’écria la duchesse hors d’elle-même, un seul mot: je suis prête à agir! Mais comment, moi, faible femme…
– Êtes-vous vraiment décidée? demanda Fausta en reprenant sa place dans le fauteuil qu’elle venait de quitter.
– Je suis résolue à tout au monde pour frapper Valois, dit la duchesse avec une énergie qui contrastait avec le ton de mièvrerie qu’elle avait jusque-là conservé.
– Bien. Vous voilà telle que je vous souhaitais… Vous voilà dans l’état d’esprit nécessaire pour mener jusqu’au bout le grand œuvre. Et maintenant, je vous le demande, en quoi est-il nécessaire que vous plongiez vous-même vos jolies mains fines et délicates dans le sang du condamné?
– Ah! ah! je commence à comprendre…
– Il suffit que vous inspiriez à quelqu’un la haine même qui vous anime…
La duchesse tressaillit.
– Quelqu’un! murmura-t-elle. Où trouver l’homme en qui j’aurais assez de confiance pour lui dire ce que je n’ose pas me dire à moi-même?… Il faudrait donc que ce quelqu’un porte déjà dans son cœur une haine terrible contre Valois…
– Ou un amour tout aussi terrible pour vous, dit Fausta négligemment. Cet homme existe…
Cette fois, Marie de Montpensier devint livide. Son sein palpita. Ses mains furent agitées d’un tremblement convulsif.
– Jacques! balbutia-t-elle dans un souffle.
– Oui, le moine Jacques Clément, dit Fausta avec cette forte énergie d’accent qu’elle employait dans les grandes occasions. Jacques Clément vous aime d’une passion absolue. Vous êtes pour lui l’ange de la débauche qui fait frissonner la chair, et l’ange de l’amour qui verse au cœur les charmes tout-puissants…
– Pauvre ami! murmura la duchesse tout bas.
La Fausta se leva.
– Voulez-vous que meure celui qui vous a insultée? dit-elle d’une voix basse et ardente.
– Oui, je le veux! haleta la duchesse avec un indescriptible accent de haine.
– Voulez-vous que votre frère soit roi?… Voulez-vous être la première à la cour de France, humilier ceux et celles qui vous ont humiliée, triompher par le luxe et la puissance, régner peut-être sous le nom de ce frère?…
– Oui, je le veux! répéta la duchesse enivrée…
– Soyez donc fidèle et obéissante, dit alors la Fausta en se redressant, tandis qu’une auréole de majesté étincelait sur son front. Allez, ma fille… agissez sans discuter… obéissez à celle qui vous parle en ce moment…
– Oh! s’écria la duchesse frappée d’une sorte d’effroi vertigineux, qui donc êtes-vous, madame, vous qui parlez comme si vous déteniez la souveraine puissance? vous qui bouleversez mon esprit? vous dont la voix me pénètre et dont les paroles me semblent un rêve?…
– Je suis, dit Fausta qui se transfigura dans un rayonnement de grandeur, je suis celle qui vous est envoyée par le conclave secret; je suis celle qui a été élue pour combattre Sixte, traître aux destinées de l’Église! Je suis celle qui parle haut parce que la parole qu’elle vous apporte est la parole même de Dieu!… Je suis la papesse Fausta Ire…
La duchesse de Montpensier, effarée, l’esprit exorbité par un immense étonnement, jeta un regard sur la femme qui parlait ainsi, et elle la vit si rayonnante, si suprêmement belle et majestueuse dans son attitude, qu’elle recula, ploya les genoux et se prosterna, éblouie, fascinée… La Fausta alla à elle, la releva doucement, la baisa au front et dit:
– Allez… vous serez un de mes anges!…
Et la duchesse de Montpensier, éperdue, obéissante comme une enfant, sortit à reculons, courbée sous le geste de Fausta, geste d’irrésistible autorité, geste de bénédiction, geste terrible qui épandait de la mort et armait le bras de Jacques Clément!…
XVII LA VISION DE JACQUES CLÉMENT (suite)
Le couvent des Jacobins était situé rue Saint-Jacques et s’adossait presque aux murs d’enceinte; à ses pieds se creusaient les fossés Saint-Michel qui ont laissé leur nom au boulevard actuel; non loin du couvent s’ouvrait la porte Notre-Dame-des-Champs, au-delà de laquelle s’étendaient des jardins bien cultivés parmi lesquels commençaient à s’élever quelques maisons de plaisance. L’endroit était paisible et presque triste. On n’y voyait, comme rares passants, que des moines glissant silencieusement sur l’herbe poussée à l’ombre des maisons.
Le prieur des Jacobins s’appelait Bourgoing. C’était un homme grand et de forte corpulence, au visage réjoui, fort enclin à se mêler de politique, mais au demeurant, pas méchant. Il aimait ses aises. Il avait assez d’énergie pour soutenir avec âpreté les intérêts de son monastère qui se confondaient avec ses propres intérêts. C’était d’ailleurs un fanatique partisan de Guise et de la Ligue; il tenait Henri de Valois en profonde horreur, il avait fortement contribué à fonder la vaste congrégation du Chapelet, et c’est lui qui avait mis à la mode ce dicton populaire:
Qui n’a pas de chapelet au cou
Mérite d’y avoir un licou.
C’était par moments un homme de plaisanterie. Quelques mois avant la journée des Barricades, alors que Paris commençait à s’échauffer fort contre le favori d’Henri III – le duc d’Épernon, grand mangeur et gaspilleur d’argent s’il en fût -, le prieur Bourgoing s’était un jour rencontré avec ledit duc d’Épernon et, à mots couverts, lui avait reproché ses dépenses extravagantes. À quoi d’Épernon avait répondu qu’il avait le droit de dépenser beaucoup d’argent, ayant dépensé beaucoup de sang pour exterminer les hérétiques, ce qui était un impudent mensonge.