1943-Le souffle de la victoire
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1943-Le souffle de la victoire». Краткое содержание книги:
Comment recréer l’élan, la volonté de se battre ?
Hitler qui, le 3 novembre 1943, a élaboré une « Directive générale sur la conduite de la guerre », explique à Goebbels qu’il veut constituer une Direction Nationale-Socialiste des Forces Armées.
« Il faut, dit-il, que chaque soldat ait la volonté fanatique de se battre pour le Reich nazi jusqu’au bout. »
Ceux qui portent « atteinte à la puissance de l’armée » – en répandant des propos défaitistes, en désertant, en s’automutilant – doivent être traduits devant des cours martiales.
Vingt et un mille condamnations à mort ont été exécutées ! (48 pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale !)
Les instructions du Führer sont brutales :
« Plus vite un élément nuisible à l’armée aura reçu le châtiment qu’il mérite, plus il sera facile d’empêcher d’autres soldats d’agir comme lui ou dans le même esprit, et plus il sera simple de maintenir une discipline virile chez les soldats. »
Que peut faire le soldat allemand pris entre les Russes, dont on sait comment ils traitent les prisonniers, et la « discipline virile » de la Wehrmacht ?
Se battre !
Le doute, au sein des divisions SS, ne s’infiltre pas. Elles sont fanatisées.
Hitler veut qu’on développe cette armée SS, l’armée de la race germanique ouverte aux Européens de race germanique : Flamands, Danois, Norvégiens, Néerlandais.
En 1943, cette armée SS représente 500 000 hommes.
Les généraux de la Wehrmacht n’ont guère de pouvoir sur l’emploi de ces divisions fanatisées, dont les chefs exaltent le courage et le sacrifice.
On n’y économise pas les hommes.
On se vante au contraire de les envoyer à l’offensive sans se soucier des pertes.
Pour un officier traditionnel, économe de ses hommes :
« C’est un point de vue de boucher. »
35.
Les généraux des divisions SS ne sont pas les seuls à avoir adopté le « point de vue du boucher ».
Le maréchal Staline, ses maréchaux et généraux l’appliquent méthodiquement, comme si l’Union soviétique était un réservoir inépuisable de « matériel humain ».
Ils font preuve d’une démesure jamais reniée, comme s’il fallait submerger les lignes allemandes sous des vagues de corps se dressant tout à coup, aux cris de Hourra, et renouvelées jusqu’à ce que l’ennemi cède, noyé sous le sang de ces hommes de moins de vingt ans, venus de Sibérie, d’Asie centrale soviétique, et naturellement de Russie.
On a ainsi défendu Stalingrad, repoussé l’Allemand, encerclé la VIe armée de Paulus.
On a remporté la bataille de Koursk, lancé des offensives qui ont libéré l’Ukraine, franchi le Dniepr.
Mais là où les Allemands ont perdu 170 000 hommes, les Russes ont eu des pertes dix fois supérieures : 1 677 000 morts, blessés ou disparus !
La vodka ne suffit pas pour expliquer cette course à la mort à laquelle sont voués tant de soldats soviétiques.
Il y a le patriotisme, le désir de vengeance avivé par la découverte des massacres et des destructions accomplis par les Allemands.
Il y a les bataillons de la NKVD qui se tiennent derrière les vagues d’assaut et fusillent sans jugement les soldats qui hésitent, refluent, se mettent à l’abri dans un trou d’obus, derrière un pan de mur.
C’est par dizaines de milliers que se comptent les « exécutés » ; 20 000, estime-t-on, pour la seule bataille de Stalingrad.
Les Allemands, quand ils fusillent leurs soldats, évoquent la nécessité de maintenir la « discipline virile ».
Les commissaires soviétiques de l’armée Rouge invoquent la « discipline bolchevique ».
Les combats – offensifs ou défensifs – atteignent aussi une violence extrême, une sauvagerie infernale.
Un soldat allemand décrit le champ de bataille après les combats du saillant de Koursk :
« Chaque arbre, chaque buisson a été déchiqueté, un terrain entièrement recouvert d’épaves, de pièces d’artillerie, de chars totalement brûlés, d’avions abattus… Des images de fin du monde qui risquaient fort de désespérer les hommes qui les avaient vues, sauf s’ils avaient des nerfs d’acier. »
Les Russes ont une telle supériorité en hommes et en armes, une telle volonté d’appliquer le « point de vue du boucher » qu’ils percent les lignes allemandes, ce mince rideau d’hommes.
Les colonnes de T34 sont ensuite libres de « naviguer » sur les arrières des unités allemandes qui, séparées les unes des autres, continuent de résister ou cherchent à se replier.
Léon Degrelle, qui est à la tête de la brigade SS Wallonie, essaie ainsi d’échapper à l’encerclement.
« Dans cet affreux combat, écrit-il, les véhicules étaient renversés, projetant à terre, pêle-mêle, des blessés. Une vague de chars soviétiques s’abattit sur les premières voitures et s’en prit à plus de la moitié du convoi ; elle avançait au milieu des fourgons, les détruisant sous nos yeux, un par un, comme des boîtes d’allumettes, écrasant les hommes blessés, les chevaux… Nous n’eûmes un moment de répit que lorsque la colonne de chars finit par se trouver embouteillée et en difficulté pour arriver à s’extraire de l’enchevêtrement de centaines de voitures plus ou moins écrasées sous leurs chenilles. »
Les SS wallons réussissent, sous le feu des chars et des canons russes, à rouler durant une dizaine de kilomètres jusqu’à une rivière de huit mètres de large et deux mètres de profondeur.
« […] Les attelages d’artillerie qui avaient échappé à la destruction plongèrent les premiers dans le courant, au milieu des glaçons flottants. L’autre rive était trop escarpée pour les chevaux, qui ne purent faire demi-tour et se noyèrent. Les hommes se jetèrent à l’eau et traversèrent la rivière en nageant. Mais à peine avaient-ils pris pied de l’autre côté qu’ils se transformaient en blocs de glace, leur uniforme gelé sur leur corps. Quelques-uns tombèrent morts. La plupart préférèrent se débarrasser de leurs vêtements ; ils essayèrent de les jeter sur l’autre rive ; mais sans pouvoir toujours y arriver, et le courant entraînait effets et équipements. Bientôt des centaines de soldats, complètement nus et rouges comme des homards, se pressaient sur l’autre rive. Beaucoup d’hommes ne savaient pas nager. Affolés par l’approche des blindés russes qui descendaient la pente et tiraient sur eux, ils se jetèrent pêle-mêle dans l’eau glacée. Certains échappèrent à la mort en s’accrochant à des arbres qu’ils avaient hâtivement abattus… Mais des centaines se noyèrent. Sous le feu des chars ennemis, des milliers et des milliers de soldats, ruisselants d’eau glacée, à peine vêtus ou bien nus comme au jour de leur naissance, couraient sur la neige vers les premières maisons de Lysianka. »
Bon nombre de ces survivants vont être faits prisonniers, et leur destin, mourir de faim et de froid, est tracé.
Les Russes sont à peine moins inhumains avec leurs compatriotes faits prisonniers par les Allemands qu’ils « libèrent ». Mais le NKVD veille. Tout soldat pris par l’ennemi est soupçonné d’avoir déserté.
La mort au combat absout seule le soldat russe.
Quant aux blessés, aux mutilés, ils sont, en dépit du dévouement des infirmières et des médecins, devenus des « inutiles ».
Le bon soldat est celui qui peut se battre, tuer et mourir.
En fait, les conditions atroces de guerre ne favorisent pas les sentiments et d’abord la compassion ou la reconnaissance de l’humain chez l’ennemi.