1943-Le souffle de la victoire
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1943-Le souffle de la victoire». Краткое содержание книги:
Un journal clandestin, Bir Hakeim, publie le reportage photographique de cette « prise d’armes », et la presse anglaise et américaine le reproduira.
Les Allemands ne réagissent pas, laissant les « forces de l’ordre » de Vichy intervenir. En fait, un accord est conclu entre un officier des gardes mobiles et les maquisards qui se sont repliés, évacuant la ville sans dommage.
« Cet épisode de notre action faisait désormais partie de l’imagerie populaire… écrit Romans-Petit. Nous avions, nous, résistants, à prouver notre existence afin de recevoir une aide accrue. C’était un de nos objectifs. Il a été atteint. »
De Gaulle félicite Romans-Petit.
Il déclare à Alger :
« Ce 11 novembre 1943, vingt-cinquième fête de la Victoire, nous sentons tous que la France l’a choisi comme la date du rassemblement national… »
« Vingt siècles d’Histoire sont là pour attester qu’on a toujours raison d’avoir foi en la France. »
34.
Le Führer écoute, les yeux clos, un officier de son état-major lire un rapport sur la situation en France, et les événements survenus le 11 novembre 1943.
Hitler serre ses mains parce qu’il sait que s’il les laissait libres elles se mettraient à trembler.
Il ne peut plus entendre cette succession de nouvelles noires sans que son corps réagisse indépendamment de sa volonté.
Il interrompt l’officier et, d’un geste, l’invite à quitter la salle.
Il regarde ses généraux, ses maréchaux.
Il n’a aucune confiance dans cette caste militaire.
Tous ces hautains personnages, ces chefs de guerre – Keitel, Zeitzler, Manstein – et avant eux le Reichmarschall Goering, l’ont assuré que Stalingrad serait le tombeau de l’armée Rouge ! Puis que l’opération Zitadelle serait la revanche, et ce fut une défaite complète ! Le gaspillage de la réserve de chars, la chute de Kharkov et de Smolensk, la retraite jusqu’au Dniepr, et cette ligne de défense qu’il avait fallu aussi abandonner.
Et l’Ukraine tout entière reconquise par les Russes, Kiev à son tour perdue !
Les voilà, ces généraux, ces maréchaux !
Il respecte Model et Guderian. Les autres sont de la même espèce que le maréchal Pétain, que le maréchal Badoglio, attendant l’occasion pour le renverser, l’un avait fait arrêter Laval en décembre 1940 et l’autre avait renversé le Duce Mussolini !
Hitler sait qu’ils cherchent à le tuer, qu’ils l’ont tenté déjà cinq fois depuis le mois d’août 1943 !
Il les observe. Il n’ignore rien de leurs conciliabules.
Goering a été approché lors d’un séjour à Vienne par le Gauleiter Halder von Schirach, le fondateur des Hitlerjugend. Von Schirach a invité Goering à « parler à Hitler dans l’intimité ».
« Mes jeunesses hitlériennes et moi, nous sommes avec vous et il y a pléthore de gens qui sont prêts à agir… Nous devons faire cause commune… Voilà ce qu’on attend de vous en tant que Reichmarschall. »
Goering avait – racontait le témoin – allumé une longue et fine cigarette « d’importation » et dit d’une voix lasse, teintée d’amertume :
« Parler seul à Hitler, ça, c’est une idée ! Nous ne nous sommes jamais vus en tête à tête ces derniers temps ! Si vous pensez que ça m’amuse ce sacré métier. »
Emma Goering avait mis sa main sur la bouche de son mari.
« N’en parlons plus, tout finira par s’arranger ! »
Hitler ne veut plus entendre ces rapports. Il s’abandonne aux prescriptions du docteur Morell, il écoute les prophéties de son astrologue, le docteur Wulf.
Il répète à ses maréchaux et généraux qu’il faut résister à tout prix parce que « l’espace c’est du temps » ; et qu’il faut gagner du temps, imposer aux ennemis des batailles si dures qu’ils se décourageront, que la coalition des Alliés sera détruite, éclatera, victime de ses tensions.
Mais c’est déjà l’hiver en Russie, le sol gèle puis se transforme pour quelques heures en un océan de boue, avant de durcir à nouveau.
La Wehrmacht manque d’essence, de tanks, de munitions. Les moteurs poussés à bout tombent en panne.
La retraite se déroule sous un ciel bas.
Consigne est donnée de tout dévaster, de détruire tous les villages, afin que les Russes ne trouvent aucun abri. Et aucune aide puisqu’on tue les hommes, le froid se chargeant d’abattre les femmes, les vieux, les enfants.
Et bientôt, ce sera le plein, l’atroce hiver.
Un officier d’artillerie, le commandant Gustav Krentz, écrit :
« Vers la fin du mois de novembre, nous touchâmes enfin quelques renforts, de nouveaux canons d’assaut, la valeur d’un groupe. Comme personnel, à peu près uniquement des gosses sortis de caserne avec une poignée d’officiers et de sous-officiers arrivent d’Italie. Ils ne se plaignaient pas du froid ; ils entretenaient des feux, le jour aussi bien que la nuit ; et pour avoir du bois, ils démolissaient des hangars qui auraient pu être précieux. Comme je leur en faisais l’observation, l’un d’eux me répondit que la température était descendue ce jour-là à 10 au-dessous de zéro, ce qui était quand même une situation anormale. Je lui dis que bientôt il s’estimerait heureux quand le thermomètre marquerait non pas 10 mais 25 au-dessous de zéro, et qu’il devrait s’attendre à avoir moins 40 en janvier. Du coup, le pauvre s’effondra et se mit à sangloter… »
Hitler n’entend pas ces sanglots d’angoisse et de désespoir. Il n’écoute même plus ceux de ses généraux en qui il a confiance.
Guderian, un jour de décembre 1943, déjeune en tête à tête avec Hitler :
« Autour d’une petite table ronde, dans une pièce assez sombre, raconte-t-il. Nous étions seuls… Il n’y avait que Biondi, sa chienne alsacienne. Hitler la nourrissait de temps en temps avec des morceaux de pain sec. Linge, le valet qui nous servait, allait et venait silencieusement…
« L’occasion rare se présentait d’entamer et peut-être de résoudre les questions délicates… »
Guderian propose un recul de 400 à 500 kilomètres en Russie et la création d’un système de défense échelonné en profondeur, sur le territoire polonais.
Hitler répond avec passion, citant des chiffres :
« Je suis, dit-il, le plus grand bâtisseur de fortifications de tous les temps. Et jamais je ne donnerai un ordre de retraite. Haltbefehl au contraire ! »
Il refuse de même la proposition de Guderian – inspecteur général – de nommer un général en chef pour commander à l’Est. Hitler se dérobe, n’avoue pas qu’il n’a aucune confiance dans un « généralissime », quel qu’il soit.
Quant à Guderian, il ne précise pas au Führer qu’il a déjà évoqué cette question avec Goebbels, Himmler, Jodl, et que tous l’ont écouté sans donner leur sentiment. Goebbels ayant été le plus favorable, Himmler, resté silencieux, fut « impénétrable et fuyant ». Quant à Jodl, il a dit : « Connaissez-vous un meilleur commandant en chef qu’Adolf Hitler ? »
Comment Guderian pourrait-il répondre à cette question, alors qu’il considère – et cela depuis mai-juin 1940 – que Hitler est incompétent, et que sa conduite de la guerre est désastreuse ?
Mais dire la vérité équivaudrait à un suicide, et Guderian est d’autant moins enclin à révéler sa pensée qu’il est convaincu que les armées allemandes, fussent-elles commandées par un fou et un incapable, doivent continuer à se battre.
Ce point de vue est partagé par la plupart des officiers et des soldats.