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Les Habits Noirs Tome VII - Les Compagnons Du Trésor

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VII - Les Compagnons Du Trésor». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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– Ça va bien. Il est temps d’aller nous coucher pour que Giampietro nous trouve au lit quand il apportera notre correspondance. Fanchette ne vient qu’après. Celle-là me fait peur un peu. J’aurais regret à supprimer cette chère petite sœur…

Son regard fit le tour de la chambre dont toutes les parties étaient maintenant vivement éclairées par le grand jour.

Il arrêta ses yeux sur l’armoire à glace, dont la clef était sur la serrure.

Il marcha de ce côté et fit jouer la clef, au grand contentement de Vincent, qui suivait chacun de ses mouvements avec inquiétude.

Car il fallait cacher le corps, et Vincent craignait l’envahissement de l’alcôve.

Vincent avait fait des efforts inutiles pour se couler entre le lit et la boiserie; l’épaisseur seule du rideau le protégeait contre les regards.

L’armoire était une garde-robe sans rayons: elle se trouvait vide, et cela se conçoit: le colonel ne venait ici que pour le trésor.

– Il y aurait, dit Julian sur le ton de la plus aimable humeur, assez de place pour en mettre une demi-douzaine comme lui, pavera!

Il se retourna, prit le corps et le jeta sans effort dans le bas de l’armoire, où il arrangea les bras et les jambes du défunt pour pouvoir refermer.

Ensuite, il prit les différentes pièces de son propre costume, éparses sur le plancher, et les accrocha aux têtes du portemanteau.

Ce ménage fait, il donna tour à la serrure, et mit la clef dans la poche de la douillette.

La clef sonna contre la tabatière d’or du colonel.

– Sangodémi! s’écria Julian, j’avais oublié la boîte! c’est l’empereur de Russie qui m’en a fait cadeau, il y a soixante ans! Un grain de tabac sur le bout du doigt. Il ne faut abuser de rien; comme cela, on vit longtemps, mes chérubins… allons! allons, à dodo! Demain, j’ai deux amusettes pour tuer le temps: sonder les murailles et emballer l’architecte pour le Père-Lachaise. Je ne m’ennuierai pas.

Il passa le seuil en riant bonnement. On put l’entendre fermer la porte en dehors à double tour, puis retirer la clef.

Quand le bruit de ses pas se fut étouffé dans l’éloignement, Vincent Carpentier poussa un gros soupir.

Il avait certes la conscience exacte du danger de mort qu’il venait d’éviter, mais le sentiment qui était en lui ne ressemblait nullement à de la joie.

Il acheva en silence de couper ses liens. La souffrance lui arrachait des plaintes sourdes.

Piquepuce et Cocotte, pour faire leur cour au colonel, avaient serré les cordes si follement que le corps de Vincent était zébré de traces sanglantes, labourant en tous sens ses chairs tuméfiées.

Il essaya d’étirer ses membres. L’étoffe de ses vêtements était entrée dans ses blessures. Le blanc de ses yeux avait des plaques rouges, tandis que ses joues restaient livides.

– Et pourtant je l’aurais tué, prononça-t-il entre ses dents qui grinçaient, je suis sûr que je l’aurais tué, s’il s’était approché. Il y a une autre force que celle des muscles. J’aurais frappé un coup de géant, quitte à tomber mort près de son cadavre! Il sortit de l’alcôve. Ses jambes pouvaient à peine le soutenir.

– Et je suis bien certain que je n’en serais pas mort, reprit-il. Le bonheur soutient, la joie guérit. J’aurais la clef. Je serais maintenant dans la cachette. L’or fait des miracles. J’en baignerais mes plaies. Je sais, oh! je sais qu’au sein de ces flots magiques on ne peut ni souffrir ni mourir. J’y ressusciterais, j’y grandirais, j’y boirais à longs traits la vigueur et la puissance!

Tout en parlant, il avait attiré à lui le lit massif, qui, cédant au premier effort, glissa hors de l’alcôve.

Il se précipita dans la place vide avec un cri de bestial désir et tâta la boiserie à la place même que le doigt du colonel avait touchée.

Rien ne bougea.

Il se retourna, il s’agenouilla, il parvint à soulever la planche où le pied du lit laissait une marque par son poids.

Sous la planche c’était une plaque d’acier. Le centre de la plaque était percé d’un petit trou.

– C’est la serrure, se dit Vincent. Elle doit se refermer toute seule quand la porte tombe. Et l’autre a la clef! Et il va chercher, chercher, chercher la nuit, chercher le jour, patiemment, incessamment… il va trouver!

– Il ne trouvera pas! s’écria-t-il, pendant que son sang remontait à ses joues. Je l’empêcherai de trouver!

Malgré sa faiblesse, il saisit le couteau-poignard du colonel, et, servi par l’habileté manuelle qu’il gardait de son ancien état, il descella en quelques minutes la plaque d’acier qu’il enleva, ainsi que la serrure.

XXXI Barricades

Vincent rempli le trou d’où il avait retiré la plaque avec des cendres et des débris restés dans le foyer; puis il replaça la feuille de parquet avec beaucoup de soin.

Le lit fut aussi repoussé dans l’alcôve.

Il enveloppa la serrure dans son mouchoir, non pas qu’il eût dessein de s’en servir pour faire fabriquer une clef: ceci était inutile, puisque les fils de rappel et les ressorts qui communiquaient avec la porte de la cachette étaient détruits.

Son but était d’emporter au loin un objet qui pouvait mettre le comte Julian sur la trace du secret.

– Je l’empêcherai bien de le trouver! avait-il dit.

Il n’y avait que cela en lui, pour le moment, et le désir de faire retraite.

Le jour était très haut déjà, le soleil brillant se jouait dans les feuillages du jardin, mais nul bruit ne venait encore de la rue.

Dans ces mois d’été, Paris se couche trop tard pour se lever matin.

Vincent n’avait pas beaucoup d’inquiétudes au sujet de la possibilité de s’enfuir. Le comte Julian avait, il est vrai, fermé la porte à double tour, mais restaient les fenêtres, et la chambre était au rez-de-chaussée.

Pour gagner le jardin, il n’eut qu’à ouvrir une des croisées.

Dans le jardin, il entendit quatre heures sonner à l’église Saint-Roch.

La corde de soie était encore cramponnée au mur séparant le jardin de la rue.

Le difficile, c’était de se guinder le long de cette corde, avec ses mains meurtries et son corps endolori.

L’ascension fut pénible en effet: Vincent y dépensa une volonté désespérée, mais il parvint enfin au faîte et se laissa glisser de l’autre côté.

La rue des Moineaux était complètement déserte.

Vincent se débarrassa de la plaque et de la serrure en les jetant dans la bouche d’un égout.

Au boulevard seulement, il put trouver une voiture qui le ramena chez lui.

Il était littéralement à bout de forces; la pensée se voilait dans son cerveau malade, et néanmoins il s’aperçut de l’étonnement que produisait son retour parmi les gens de sa maison.

Cet étonnement n’était point excité par la vue du misérable état où il se trouvait. La physionomie de ses domestiques lui disait (du moins cela lui sembla ainsi):

– Comment! vous voilà revenu! Par quel miracle?

Quand on l’eut soutenu ou plutôt porté jusqu’à sa chambre à coucher, il crut entendre chuchoter et ricaner dans le corridor. Et parmi les murmures, il distingua ces paroles bizarres:

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