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La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]

Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:

Au Royaume des Sept Couronnes, rien ne va plus. La mort du roi Robert a clos une longue période d’été, de paix et d’apparente prospérité : le Trésor est au bord de la banqueroute, et trop nombreux sont les candidats prétendument légitimes au Trône de Fer : Stannis et Renly Baratheon le disputent à leur neveu Joffrey, tandis que Robb Stark, proclamé roi du Nord, s’efforce de venger son père naguère condamné à mort et exécuté sous couleur de trahison. Au fin fond de l’Orient, l’unique descendante des anciens rois targaryens médite sa revanche en élevant ses trois dragons… L’hiver vient, qui grouille de forces obscures, de mages et de morts-vivants, d’intrigants sournois prêts à tous les maléfices en vue de fins impénétrables.
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
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— Quinze jours seulement ? » s’étonna Daenerys. Mon propre bonheur lui même a duré davantage, avec le soleil étoilé de mes jours que fut Drogo.

« Une quinzaine… Le temps que mit notre bateau pour aller de Port-Lannis à l’île-aux-Ours. Mon chez moi désappointa grièvement Lynce. Il était trop froid, trop humide, trop loin de tout, mon château n’était qu’un hangar de planches. On n’y avait ni fêtes ni bals ni spectacles comiques ou féeriques. Les saisons pouvaient se succéder sans qu’y vînt vous divertir ombre de chanteur, et l’île ne possède point d’orfèvre. Les repas eux-mêmes devinrent une épreuve. Sorti des rôtis et ragoûts, mon cuisinier ne savait pas grand-chose, et Lynce ne tarda guère à se blaser du poisson et de la venaison.

« Ses sourires étant toute mon existence, j’envoyai jusqu’à Villevieille quérir un nouveau chef et ramener un harpiste de Port-Lannis. Orfèvres, joailliers, couturières, rien ne me parut trop beau pour la satisfaire, et rien ne la satisfaisait. Les ours et les arbres abondent dans l’île-aux-Ours, mais elle manque de tout le reste. J’armai un beau navire à bord duquel nous courûmes fêtes et festins, poussant même une fois jusqu’à Braavos, où je m’endettai lourdement chez les usuriers. Et comme j’avais conquis son cœur et sa main par ma victoire lors d’un tournoi, je tournoyai pour lui complaire, mais le charme n’agissait plus. Jamais plus je ne me distinguai, et chacune de mes défaites se soldait par la perte d’un nouveau coursier, d’une nouvelle armure de parade et par l’obligation de les remplacer, bref, par un gouffre de dépenses que je ne pouvais assumer ni combler. Si bien qu’à la fin force nous fut de rentrer chez nous, mais ma situation y devint plus intenable encore que par le passé. Je n’étais plus en mesure d’entretenir le harpiste et le chef, et Lynce m’agonit lorsque je parlai d’engager ses bijoux.

« La suite… Je recourus à des expédients que je rougirais d’avouer. Contre de l’or. Pour permettre à Lynce de conserver ses joyaux, son chef, son harpiste. Et je finis par tout y perdre. En apprenant qu’Eddard Stark marchait sur l’île-aux-Ours, je me trouvais déjà si perdu d’honneur qu’au lieu de rester pour affronter son verdict, je préférai prendre avec Lynce le chemin de l’exil. Hormis notre amour, me disais-je, rien n’importait. Nous nous enfuîmes à Lys, où je vendis mon bateau pour que nous ayons de quoi vivre. »

Le chagrin le suffoqua. Malgré ses scrupules à le presser davantage, Daenerys voulut en avoir le fin mot. « Et c’est là qu’elle mourut ? demanda-t-elle avec sollicitude.

— A moi seulement, répondit-il. Quelques mois suffirent à épuiser mon or, et je fus contraint à m’enrôler comme mercenaire. Profitant de ce que je combattais les gens de Braavos sur la Rhoyne, Lynce alla loger chez un prince négociant nommé Tregar Ormollen. Il paraît qu’elle est devenue sa concubine favorite et fait trembler jusqu’à l’épouse légitime. »

Daenerys frémissait d’horreur. « Vous devez la haïr ?

— Presqu’autant que je l’aime, avoua-t-il. Je vous prie de m’excuser, ma reine. Il se trouve que je me sens éreinté. »

Elle lui permit de se retirer mais, comme il soulevait la portière de la tente, elle ne put s’empêcher de lui poser une dernière question : « Comment était-elle, physiquement, votre lady Lynce ? »

Il sourit tristement. « Eh bien, elle vous ressemblait un peu, Daenerys. » Il s’inclina bien bas. « Dormez bien, ma reine. »

Un frisson la prit. Elle s’emmitoufla plus étroitement dans la peau de lion.Elle me ressemblait. Cela lui faisait l’effet d’une brusque illumination.Il me désire, songea-t-elle. Il m’aime comme il l’aimait, non pas comme un chevalier sa reine mais comme un homme une femme. Elle essaya de s’imaginer dans les bras de ser Jorah, l’embrassant, le faisant jouir, se laissant pénétrer par lui. Cela n’allait pas. Elle ferma les yeux, et l’image de Drogo se substitua à celle de Mormont.

Khal Drogo qui, ayant été le soleil étoilé de sa vie, son premier, serait peut-être son dernier. La maegi Mirri Maz Duur le lui avait prédit, elle ne porterait plus d’enfant vivant, et quel homme voudrait d’une épouse stérile ? Puis quel homme pouvait se flatter de rivaliser avec un Khal Drogo, mort sans avoir jamais coupé sa chevelure, et qui maintenant menait à travers les contrées nocturnes et les étoiles son khalasar ?

Elle avait perçu dans la voix de ser Jorah la nostalgie que lui inspirait son île-aux-Ours. Je ne saurais me donner à lui mais, un jour, je lui rendrai sa demeure et son honneur. Cela, je puis le faire en sa faveur.

Aucun spectre ne vint hanter son sommeil, cette nuit-là. Elle rêva simplement de Drogo et de la première chevauchée qu’elle avait faite en sa compagnie, lors de leur nuit de noces. Et, dans son rêve, ils montaient tous deux non des chevaux mais des dragons.

Le matin venu, elle manda ses trois sang-coureurs. « Sang de mon sang, leur dit-elle, j’ai besoin de vous. Que chacun de vous prenne trois des chevaux les plus résistants et sains qui nous restent, les charge d’autant de vivres et d’eau qu’ils en pourront porter et parte en éclaireur. Aggo se dirigera vers le sud-ouest, Rakharo droit au sud. Quant à toi, Jhogo, tu suivras shierak qiya vers le sud-est.

— Que rechercherons-nous, Khaleesi ? demanda ce dernier.

— Tout ce que nous trouverions sur notre route, répondit-elle. D’autres cités, vivantes ou mortes. Caravanes et peuples. Rivières, lacs et grande mer salée. Découvrez jusqu’où s’étend ce désert-ci, et ce qui se trouve au-delà. A mon départ d’ici, j’entends ne plus marcher à l’aveuglette. Je veux connaître ma destination et le meilleur moyen d’y parvenir. »

Et c’est avec ce viatique qu’ils s’éloignèrent, au doux tintement des clochettes de leur chevelure, cependant que Daenerys et la petite troupe de survivants s’installaient dans ce qu’ils nommèrent Vaes Tolorro, la cité des os. Après quoi les jours succédèrent aux nuits et les nuits aux jours. Les femmes cueillaient les fruits dans les jardins des morts. Les hommes pansaient les montures et ravaudaient selles, étriers, chaussures. Les enfants vagabondaient de par les ruelles et y glanaient d’antiques pièces de bronze, des tessons de verre incarnat, des flacons de pierre aux anses ciselées en forme de serpents. Une femme fut mordue par un scorpion rouge, mais sa mort fut la seule que l’on déplora. Les chevaux recouvraient peu à peu leur chair. Daenerys soigna personnellement la blessure de ser Jorah, dont la hanche entreprit dès lors de se cicatriser.

Rakharo reparut le premier. Plein sud, le désert se poursuivait, rapporta-t-il, sur des lieues et des lieues avant de venir s’enliser dans les dunes blêmes du rivage de l’océan. Dans l’intervalle, il n’avait vu que tourbillons de sable, rochers rongés par le vent, plantes hérissées d’épines acérées. Il avait aussi rencontré le squelette d’un dragon, jura-t-il, tellement colossal qu’il en avait franchi les noires mâchoires sans descendre de son cheval. Hormis cela, rien à signaler.

Daenerys lui confia la tâche de faire dépaver la place par une douzaine de ses hommes les plus valides. Là où poussait l’herbe-au-diable en pousseraient bien d’autres, une fois la terre à découvert. Comme on avait de l’eau à suffisance, il suffirait d’ensemencer l’espace dégagé pour le transformer en un bon pâturage.

Aggo revint là-dessus. Le sud-ouest était, selon ses dires, stérile et calciné. Deux autres cités s’y trouvaient, semblables, en plus modeste, à Vaes Tolorro. S’il n’avait osé pénétrer dans la première, que cernaient en guise de gardes des squelettes empalés sur des pointes de fer rouillées, il avait en revanche exploré de son mieux la seconde et découvert, outre un bracelet de fer serti d’une opale de feu brute grosse comme le pouce qu’il exhiba, des rouleaux de manuscrits tellement secs et friables qu’il avait dû renoncer à en rapporter.

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