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Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio

Электронная книга - «Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Frédéric Dard, le romancier français le plus lu de la seconde moitié du XXe siècle, demeure un créateur mal connu de ses contemporains. La faute en incombe sans nul doute à San-Antonio, son double littéraire au succès phénoménal.
Suivre les premiers succès d'un très jeune écrivain lyonnais encouragé par Simenon, puis, à Paris, le nouveau départ de Frédéric comme dramaturge aux côtés de Robert Hossein, sa collaboration comme scénariste avec les cinéastes Gérard Oury, Edouard Molinaro ou Yves Allégret.
Enfin revenir sur la naissance hasardeuse du commissaire San-Antonio en 1949 et la consécration de ce personnage de fiction devenu en quelque sorte auteur de la saga trépidante que l'on sait.
A travers ce portrait en action, on partagera les émois, les coups durs et les temps forts d'une vie d'homme épris d'absolu, dans un monde qu'il juge avec tendresse mais sans concession avec ce tempérament hors du commun qui fait sans conteste de Frédéric Dard l'homme de lettres le plus libre de notre époque.
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Quelques jours plus tard, les Dard se préparent à partir pour l’Iran, via Beyrouth. Le 18 juillet au Liban, Frédéric est reconnu par des journalistes qui ne le lâchent plus d’une semelle… D’Ispahan, il écrit à sa fille, toujours aussi inquiet de se sentir loin des siens : « Quand j’ai appris que les télégrammes mettaient deux ou trois jours à parvenir de France, j’ai eu la rate au court-bouillon. » Jugé trop fatigant, le périple est écourté et les Dard rentrent à Gstaad pour y accueillir le père Rodien — le curé des Mureaux — qui vient rendre visite à son ouaille, effectuant ainsi son premier voyage en avion…

Le chalet San-Antonio — tel est le nom que, tout naturellement, son propriétaire lui a donné —, ne désemplira pas au fil des mois à venir. Le jeune chanteur Henri Tachan dont Frédéric aime bien « la petite gueule de révolutionnaire » y séjourne. Mais c’est à un autre chanteur que Frédéric vient de s’intéresser de très près, acceptant même d’écrire à son propos le texte d’un court portrait présenté par Jacqueline Joubert dans son émission télévisée Entrez dans la confidence : celui de Théo Sarapo. Le dernier amour de la vie d’Édith Piaf a littéralement subjugué le romancier, qui parle de lui avec des accents renvoyant tout naturellement à la part la plus sombre de sa fiction :

« J’ai connu Piaf avant Sarapo, mais j’ai connu Sarapo après Piaf, car c’est lorsque la grande Édith a eu disparu que l’envie m’a pris de rencontrer Théo. Leur surprenant mariage jetait sur Sarapo une ombre que d’aucuns trouvaient suspecte, car les époux des femmes célèbres passent généralement pour des réfugiés de la gloire, aux desseins plus ou moins douteux. Accrochée au bras de son jeune mari, Piaf fit ricaner la France. (…) On rechigna devant son petit Grec à tête de berger arcadien. (…) Son précoce veuvage nous renseigna sur lui beaucoup mieux que ne l’avait fait son mariage. Sans démonstration d’aucune sorte, Sarapo montra qu’il n’était pas monsieur Piaf, mais bien le mari meurtri de madame Sarapo. Et, pendant cette période indécise qui suit les grandes disparitions, pendant ce morne laps de temps où les morts prennent leur vrai densité et les gloires leur vraie dimension, réfugié dans le grand appartement du boulevard Lannes, Théo assuma le rôle qu’Édith lui laissait. Pour réussir cela, il fallait posséder une bien belle âme, de bien belles qualités de cœur. »

Dans sa totalité, le texte offre une parabole troublante sur les caprices du destin, mais aussi — et surtout — il démontre l’attention toute particulière que porte Frédéric à la part meurtrie de l’humanité. Il adresse à Sarapo une véritable lettre d’amour, au comble d’une ambiguïté qu’il ne dédaignera jamais d’assumer comme pour mieux affirmer sa marginalité de créateur. Le chanteur sera victime, l’année suivante, d’un fatal accident de la route, quelque temps après un bref séjour au chalet San-Antonio.

En novembre, Frédéric revoit Odette et se sent apaisé, confiant aussitôt à Élisabeth : « Je veux que tu saches que même sans Françoise je serais parti. » Il est heureux de savoir sa fille fiancée à un garçon dont il apprécie l’intelligence et la culture. Patrick Siry est étudiant, mais Frédéric a déjà dans l’idée de le présenter à son beau-père… À cette époque, Patrice Dard est lui-même engagé au Fleuve Noir. En toute logique, pourquoi la tribu Dard ne joindrait-elle pas ses forces à celles de la tribu de Caro ?…

Depuis la Suisse, Frédéric s’évertue à jouer les papa poule, s’inquiétant du logement que vont occuper les deux tourtereaux rue Dauphine. Élisabeth et Patrick Siry viendront finir leur voyage de noces à Gstaad et faire du ski en famille. Le chalet accueille aussi, bien sûr, Fabrice, le fils de Françoise, qui fréquente un cours privé français. Au milieu de cette joyeuse animation, le romancier parvient tout de même à s’isoler dans son bureau et, penché sur sa table de travail — un comptoir de changeur génois du XVIe siècle — encombrée d’innombrables dictionnaires, il consacre ses matinées (commencées tôt) à la confection des San-Antonio, et ses après-midi à une pièce policière baptisée Initiation au meurtre, qui donne quelques mois plus tard naissance au roman homonyme. De 1969 à 1971, San-Antonio ne produit que deux petits formats par an — ce qui inquiète son beau-père — mais il ne réduit pas pour autant la mise au monde des « gros ». C’est ainsi qu’au détour de l’année 1970, il vient à bout de Béru-Béru, dont il expédie le manuscrit à Dubout.

Mais voici qu’un heureux événement, longtemps différé au plus grand désespoir du couple, s’annonce enfin : Françoise est enceinte. Alors qu’ils ignoraient encore cette issue positive, les Dard ont effectué un peu plus tôt une demande d’adoption auprès d’un organisme suisse. Ce désir est né spontanément, un jour, à l’aéroport de Genève, à la vue de jeunes orphelins vietnamiens débarquant sous le regard ému de leurs nouveaux parents.

En avril, Patrick Siry est engagé par Armand de Caro qui ne tarit pas d’éloges sur le gendre de Frédéric et lui confie bientôt le poste de directeur littéraire adjoint, auprès de François Richard, l’une des figures emblématiques de la maison depuis les années cinquante. Le romancier écrit à la jeune Mme Siry : « Armand est un homme qui a fait ma fortune, qu’on le veuille ou non, car c’est lui qui a su exploiter ma production comme personne n’aurait su le faire ; j’espère qu’il vous aidera à édifier la vôtre… »

Joséphine, le troisième enfant de Frédéric Dard, vient au monde le 8 juillet 1970 à Paris. Quelques jours plus tard, de retour au chalet San-Antonio, ses heureux parents apprennent que leur demande d’adoption est honorée : un petit Tunisien de dix ans, Abdel, les attend à Terre des Hommes. Dans l’état d’euphorie où ils baignent, les Dard accueillent à bras ouverts cette seconde progéniture. Abdel est un enfant malade, squelettique, et, entre deux biberons donnés à Joséphine, sa mère s’active avec son énergie coutumière auprès du grand frère du bébé blond et rose. Le chalet retentit bientôt d’une agitation qui ne parvient toujours pas à distraire le romancier de son travail. Il écrit alors Ma langue au chah, inspiré par leur périple persan et le souvenir mitigé qu’il leur a laissé.

Le succès de Béru-Béru, qui figure en tête des listes de best-sellers du moment, attire l’attention d’un aristocrate de province, un certain comte de Béru d’authentique noblesse bourguignonne, qui ne tarde pas à faire connaître aux éditions Fleuve Noir sa volonté d’intenter un procès en diffamation à l’auteur irrévérencieux du livre qui traîne son nom dans la boue. L’affaire mettra quelque temps à atteindre les tribunaux…

Mais, à vrai dire, Frédéric se sent à cette époque intouchable. Jamais la critique ne lui a été aussi favorable, comme en témoigne — par exemple — la page entière que lui consacre le supplément littéraire du Monde sous le titre « San-Antonio, un policier très populaire ». Vassilis Alexakis y rappelle que les deux premiers « gros » volumes hors série ont à présent dépassé, chacun, le million d’exemplaires et que les éditions Julliard viennent de publier, sous le titre Tout San-Antonio, une anthologie des meilleurs moments de la saga. Les auteurs de ce livre très sérieux, Jean-Jacques Dupeyroux et Jean-Claude Soyer, respectivement directeur d’études à l’E.N.A. et professeur à la faculté de droit de Paris, annoncent la couleur de leur entreprise :

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