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L'homme de l'ombre

Электронная книга - «L'homme de l'ombre». Краткое содержание книги:

Un écrivain professionnel est engagé pour rédiger les mémoires d'Adam Lang, le Premier ministre britannique resté le plus longtemps en exercice, et le plus controversé, de ces cinquante dernières années. Un projet périlleux sur lequel planent de nombreuses zones d'ombre et notamment la mort curieuse du précédent rédacteur…
A peine mis au travail, l'écrivain découvre des secrets que Lang n'a guère l'intention de révéler.
Des secrets explosifs susceptibles de bouleverser la politique mondiale… Des secrets susceptibles de tuer. Danger, oppression, panique : la tension monte.
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J’ai parcouru une vingtaine de mètres avant d’arriver à une brèche quasi invisible dans la forêt. Modestement en retrait de la route, un portail électrifié à cinq barreaux bloquait l’accès à une allée privée qui dessinait une courbe au bout de quelques mètres et disparaissait derrière les arbres. Je ne voyais pas la maison. À côté du portail, il y avait une boîte aux lettres métallique grise sans aucun nom dessus, juste un nombre — 3 551 — et un pilier en pierre muni d’un interphone et d’un digicode. Sur une plaque, on pouvait lire : « CETTE PROPRIÉTÉ EST PROTÉGÉE PAR UN SYSTÈME DE SÉCURITÉ CYCLOPS » ; un numéro gratuit figurait en travers d’un œil. J’ai hésité, puis j’ai appuyé sur la sonnette. En attendant, j’ai regardé autour de moi. Une petite caméra vidéo était montée sur une branche voisine. J’ai essayé de nouveau la sonnette. Pas de réponse.

Ne sachant trop quoi faire, j’ai reculé de quelques pas. L’idée m’a brièvement traversé l’esprit de passer par-dessus le portail pour jeter un petit coup d’œil non autorisé sur la propriété, mais cette caméra me plaisait modérément, et le nom du système de sécurité, Cyclops, ne me disait rien qui vaille non plus. Puis j’ai remarqué que la boîte aux lettres débordait littéralement de courrier, et j’ai pensé qu’il n’y aurait pas de mal à découvrir ne fût-ce que le nom du propriétaire des lieux. Après un dernier coup d’œil derrière moi et un haussement d’épaules contrit à l’adresse de la caméra, j’ai pris une poignée d’enveloppes. Elles étaient adressées soit à M. et Mme Paul Emmett, soit au Professeur et Mme Paul Emmett, soit au Professeur Emmett et à Nancy Emmett. À en juger par les cachets postaux, il semblait que le courrier n’avait pas été relevé depuis au moins deux jours. Soit les Emmett étaient absents, soit ils gisaient, morts, à l’intérieur. On avait fait suivre certaines des lettres en mettant une étiquette autocollante sur l’adresse originale. J’ai gratté l’une des étiquettes avec mon pouce, et j’ai pu apprendre qu’Emmett était président honoraire de quelque chose qui s’appelait l’institution Arcadia, avec une adresse à Washington.

Emmett… Emmett… pour une raison confuse, ce nom m’était familier. J’ai remis les lettres dans la boîte et je suis retourné à la voiture. J’ai ouvert ma valise, sorti l’enveloppe adressée à McAra et, dix minutes plus tard, j’avais trouvé ce dont je m’étais vaguement souvenu : P. Emmett (St. John’s) figurait dans la distribution du spectacle du Footlights et était photographié avec Lang. C’était le plus âgé de la troupe, celui que j’avais pris pour un thésard. Il avait les cheveux plus courts que les autres et paraissait plus conventionnel : « ringard », comme on disait à l’époque. Voilà donc ce qui avait poussé McAra à faire tout ce chemin : d’autres recherches encore sur Cambridge ? Maintenant que j’y réfléchissais, Emmett était également mentionné dans les mémoires. J’ai pris le manuscrit et feuilleté la partie sur les années d’université de Lang, mais Emmett n’y apparaissait pas. J’ai néanmoins fini par le trouver, cité au début du tout dernier chapitre :

Le professeur Paul Emmett, de l’université de Harvard, a décrit l’importance unique qu’ont eue les peuples de langue anglaise sur la progression de la démocratie dans le monde : « Tant que ces nations restent unies, la liberté est bien protégée ; dès qu’elles montrent des signes de faiblesse, la tyrannie reprend des forces. » Je suis parfaitement d’accord avec cette opinion.

L’écureuil était revenu me narguer avec malveillance depuis le bord de la route.

Bizarre : telle était mon impression générale sur tout ce que je découvrais. Bizarre.

Je ne sais pas exactement combien de temps je suis resté assis là. Je me rappelle juste que j’étais à ce point perplexe que j’en ai oublié d’allumer le chauffage de la Ford, et que ce n’est qu’en entendant une autre voiture approcher que j’ai pris conscience que j’étais complètement transi et engourdi. J’ai jeté un coup d’œil dans le rétroviseur et j’ai vu des phares, puis une petite voiture japonaise m’a dépassé. Une femme brune encore jeune était au volant, et un homme d’une soixantaine d’années, portant lunettes, veste et cravate, était assis à côté d’elle. Il s’est tourné vers moi, et j’ai su tout de suite que c’était Emmett, pas parce que je l’ai reconnu (ce n’était pas le cas), mais parce que je ne voyais pas qui d’autre pouvait s’aventurer dans cette allée si tranquille. La voiture s’est arrêtée devant le portail, et j’ai vu Emmett descendre pour prendre le courrier. Une fois encore, il a regardé dans ma direction et j’ai cru qu’il allait venir me demander ce que je faisais là. Au lieu de ça, il est remonté dans la voiture, qui a redémarré pour disparaître de mon champ de vision, sans doute vers la maison.

J’ai fourré les photos et la feuille du manuscrit dans ma sacoche, et j’ai laissé dix minutes aux Emmett pour rentrer chez eux et ouvrir la maison avant de démarrer et d’avancer la voiture jusqu’au portail. Cette fois, quand j’ai appuyé sur le bouton de la sonnette, on a répondu immédiatement.

— Oui ?

C’était une voix de femme.

— Madame Emmett ?

— Qui est-ce ?

— Je me demandais s’il serait possible d’échanger quelques mots avec le professeur Emmett.

— Il est très fatigué.

Elle avait une voix traînante, quelque chose qui la situait entre l’aristocrate anglaise et la belle du Sud-américaine, et la sonorité métallique de l’interphone accentuait encore ce trait.

— Ce ne sera pas long.

— Vous avez rendez-vous ?

— C’est au sujet d’Adam Lang. Je l’aide à rédiger ses mémoires.

— Un instant, s’il vous plaît.

Je savais qu’ils devaient m’observer par le système de surveillance vidéo. J’ai essayé d’adopter une attitude suffisamment respectable. Lorsque l’interphone s’est remis à crépiter, c’est une voix masculine américaine qui a pris la parole : sonore, bien timbrée, une voix de comédien.

— Paul Emmett. Je crois que vous devez faire erreur.

— Vous étiez à Cambridge avec M. Lang, me semble-t-il ?

— Nous étions contemporains, oui, mais je ne peux pas dire que je le connaisse.

— J’ai une photo de vous deux ensemble lors d’un spectacle du Footlights.

Il y a eu un long silence.

— Avancez jusqu’à la maison.

Un signal électrique s’est fait entendre, puis le portail s’est ouvert lentement.

Alors que je suivais l’allée, la grande maison à deux étages a peu à peu surgi entre les arbres : une partie centrale en pierre grise flanquée de deux ailes en bois peintes en blanc. La plupart des fenêtres étaient cintrées, avec de petits panneaux de verre cathédrale et de grosses persiennes. Il aurait été impossible de déterminer si elle avait six mois ou un siècle. Quelques marches conduisaient à un porche à colonnes, où Emmett m’attendait en personne. L’étendue de la propriété et la densité des bois environnants produisaient une sensation d’isolement complet. Le seul son de la civilisation était le ronronnement lointain d’un gros-porteur qui, dissimulé par les nuages bas, descendait vers l’aéroport. Je me suis rangé devant le garage, à côté de la voiture des Emmett, et suis sorti avec ma sacoche.

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