Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
Il y avait un an que nous vivions dans une union parfaite, et voyant que Dieu avait béni mon petit fonds, je formai le dessein de faire un voyage par mer et de hasarder quelque chose dans le commerce. Pour cet effet, je me rendis avec mes deux sœurs à Balsora, où j’achetai un vaisseau tout équipé, que je chargeai de marchandises que j’avais fait venir de Bagdad. Nous mîmes à la voile avec un vent favorable et nous sortîmes bientôt du golfe Persique. Quand nous fûmes en pleine mer, nous prîmes la route des Indes, et après vingt jours de navigation nous vîmes terre. C’était une montagne fort haute, au pied de laquelle nous aperçûmes une ville de grande apparence. Comme nous avions le vent frais, nous arrivâmes de bonne heure au port, et nous y jetâmes l’ancre.
«Je n’eus pas la patience d’attendre que mes sœurs fussent en état de m’accompagner: je me fis débarquer seule et j’allai droit à la ville. J’y vis une garde nombreuse de gens assis et d’autres qui étaient debout avec un bâton à la main. Mais ils avaient tous l’air si hideux que j’en fus effrayée. Remarquant toutefois qu’ils étaient immobiles et qu’ils ne remuaient pas même les yeux, je me rassurai, et m’étant approchée d’eux, je reconnus qu’ils étaient pétrifiés.
«J’entrai dans la ville et passai par plusieurs rues où il y avait des hommes d’espace en espace dans toutes sortes d’attitudes, mais ils étaient tous sans mouvement et pétrifiés. Au quartier des marchands, je trouvai la plupart des boutiques fermées, et j’aperçus dans celles qui étaient ouvertes des personnes aussi pétrifiées. Je jetai la vue sur les cheminées, et n’en voyant pas sortir la fumée, cela me fit juger que tout ce qui était dans les maisons, de même que ce qui était dehors, était changé en pierre.
«Étant arrivée dans une vaste place au milieu de la ville, je découvris une grande porte couverte de plaques d’or et dont les deux battants étaient ouverts. Une portière d’étoffe de soie paraissait devant, et l’on voyait une lampe suspendue au-dessus de la porte. Après avoir considéré le bâtiment, je ne doutai pas que ce ne fût le palais du prince qui régnait en ce pays-là. Mais, fort étonnée de n’avoir rencontré aucun être vivant, j’allai jusque-là dans l’espérance d’en trouver quelqu’un. Je levai la portière, et ce qui augmenta ma surprise, je ne vis sous le vestibule que quelques portiers ou gardes pétrifiés, les uns debout et les autres assis ou à demi couchés.
«Je traversai une grande cour où il y avait beaucoup de monde. Les uns semblaient aller et les autres venir, et néanmoins ils ne bougeaient de leur place, parce qu’ils étaient pétrifiés comme ceux que j’avais déjà vus. Je passai dans une seconde cour, et de celle-là dans une troisième; mais ce n’était partout qu’une solitude, et il y régnait un silence affreux.
«M’étant avancée dans une quatrième cour, j’y vis en face un très-beau bâtiment dont les fenêtres étaient fermées d’un treillis d’or massif. Je jugeai que c’était l’appartement de la reine. J’y entrai. Il y avait dans une salle plusieurs eunuques noirs pétrifiés. Je passai ensuite dans une chambre très-richement meublée, où j’aperçus une dame aussi changée en pierre. Je connus que c’était la reine à une couronne d’or qu’elle avait sur la tête et à un collier de perles très-rondes et plus grosses que des noisettes. Je les examinai de près; il me parut qu’on ne pouvait rien voir de plus beau.
«J’admirai quelque temps les richesses et la magnificence de cette chambre, et surtout le tapis de pied, les coussins et le sofa, garni d’une étoffe des Indes à fond d’or, avec des figures d’hommes et d’animaux en argent d’un travail admirable.»
Scheherazade aurait continué de parler; mais la clarté du jour vint mettre fin à sa narration. Le sultan fut charmé de ce récit. Il faut, dit-il en se levant, que je sache à quoi aboutira cette pétrification d’hommes étonnante.
LXIV NUIT.
Dinarzade, qui avait pris beaucoup de plaisir au commencement de l’histoire de Zobéide, ne manqua pas d’appeler la sultane avant le jour: Si vous ne dormez pas, ma sœur, lui dit-elle, je vous supplie de nous apprendre ce que vit encore Zobéide dans ce palais singulier où elle était entrée. – Voici, répondit Scheherazade, comment cette dame continua de raconter son histoire au calife:
«Sire, dit-elle, de la chambre de la reine pétrifiée je passai dans plusieurs autres appartements et cabinets propres et magnifiques qui me conduisirent dans une chambre d’une grandeur extraordinaire, où il y avait un trône d’or massif, élevé de quelques degrés et enrichi de grosses émeraudes enchâssées, et sur le trône, un lit d’une riche étoffe, sur laquelle éclatait une broderie de perles. Ce qui me surprit plus que tout le reste, ce fut une lumière brillante qui partait de dessus ce lit. Curieuse de savoir ce qui la rendait, je montai, et, avançant la tête, je vis sur un petit tabouret un diamant gros comme un œuf d’autruche, et si parfait que je n’y remarquai nul défaut. Il brillait tellement que je ne pouvais en soutenir l’éclat en le regardant au jour.
«Il y avait au chevet du lit, de l’un et de l’autre côté, un flambeau allumé dont je ne compris pas l’usage. Cette circonstance néanmoins me fit juger qu’il y avait quelqu’un de vivant dans ce superbe palais, car je ne pouvais croire que ces flambeaux pussent s’entretenir allumés d’eux-mêmes. Plusieurs autres singularités m’arrêtèrent dans cette chambre, que le seul diamant dont je viens de parler rendait inestimable.
«Comme toutes les portes étaient ouvertes ou poussées seulement, je parcourus encore d’autres appartements aussi beaux que ceux que j’avais déjà vus. J’allai jusqu’aux offices et aux garde-meubles, qui étaient remplis de richesses infinies, et je m’occupai si fort de toutes ces merveilles que je m’oubliai moi-même. Je ne pensais plus à mon vaisseau ni à mes sœurs, je ne songeais qu’à satisfaire ma curiosité. Cependant la nuit s’approchait, et son approche m’avertissant qu’il était temps de me retirer, je voulus reprendre le chemin des cours par où j’étais venue; mais il ne me fut pas aisé de le trouver. Je m’égarai dans les appartements, et me retrouvant dans la grande chambre où étaient le trône, le lit, le gros diamant et les flambeaux allumés, je résolus d’y passer la nuit et de remettre au lendemain de grand matin à regagner mon vaisseau. Je me jetai sur le lit, non sans quelque frayeur de me voir seule dans un lieu si désert, et ce fut sans doute cette crainte qui m’empêcha de dormir.
«Il était environ minuit lorsque j’entendis la voix comme d’un homme qui lisait l’Alcoran de la même manière et du ton que nous avons coutume de le lire dans nos temples. Cela me donna beaucoup de joie. Je me levai aussitôt, et prenant un flambeau pour me conduire, j’allai de chambre en chambre du côté où j’entendais la voix. Je m’arrêtai à la porte d’un cabinet d’où je ne pouvais douter qu’elle ne partît. Je posai le flambeau à terre, et regardant par une fente, il me parut que c’était un oratoire. En effet, il y avait, comme dans nos temples, une niche qui marquait où il fallait se tourner pour faire la prière, des lampes suspendues et allumées, et deux chandeliers avec de gros cierges de cire blanche allumés de même.
«Je vis aussi un petit tapis étendu, de la forme de ceux qu’on étend chez nous pour se poser dessus et faire la prière. Un jeune homme de bonne mine, assis sur ce tapis, récitait avec grande attention l’Alcoran qui était posé devant lui sur un petit pupitre. À cette vue, ravie d’admiration, je cherchais en mon esprit comment il se pouvait faire qu’il fût le seul vivant dans une ville où tout le monde était pétrifié, et je ne doutais pas qu’il n’y eût en cela quelque chose de très-merveilleux.