Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
Le grand vizir arriva peu de temps après et lui rendit ses respects à son ordinaire: «Vizir, lui dit le calife, les affaires que nous aurions à régler présentement ne sont pas fort pressantes; celle des trois dames et des deux chiennes noires l’est davantage. Je n’aurai pas l’esprit en repos que je ne sois pleinement instruit de tant de choses qui m’ont surpris. Allez, faites venir ces dames, et amenez en même temps les calenders. Partez, et souvenez-vous que j’attends impatiemment votre retour.»
Le vizir, qui connaissait l’humeur vive et bouillante de son maître, se hâta de lui obéir. Il arriva chez les dames, et leur exposa d’une manière très-honnête l’ordre qu’il avait de les conduire au calife, sans toutefois leur parler de ce qui s’était passé chez elles.
Les dames se couvrirent de leurs voiles et partirent avec le vizir, qui prit en passant chez lui les trois calenders, qui avaient eu le temps d’apprendre qu’ils avaient vu le calife et qu’ils lui avaient parlé sans le connaître. Le vizir les mena au palais et s’acquitta de sa commission avec tant de diligence que le calife en fut fort satisfait. Ce prince, pour garder la bienséance devant tous les officiers de sa maison qui étaient présents, fit placer les trois dames derrière la portière de la salle qui conduisait à son appartement, et retint près de lui les trois calenders, qui firent assez connaître par leurs respects qu’ils n’ignoraient pas devant qui ils avaient l’honneur de paraître.
Lorsque les dames furent placées, le calife se tourna de leur côté et leur dit: «Mesdames, en vous apprenant que je me suis introduit chez vous cette nuit, déguisé en marchand, je vais sans doute vous alarmer; vous craindrez de m’avoir offensé et vous croirez peut-être que je ne vous ai fait venir ici que pour vous donner des marques de mon ressentiment; mais rassurez-vous: soyez persuadées que j’ai oublié le passé et que je suis même très-content de votre conduite. Je souhaiterais que toutes les dames de Bagdad eussent autant de sagesse que vous m’en avez fait voir. Je me souviendrai toujours de la modération que vous eûtes après l’incivilité que nous avions commise. J’étais alors marchand de Moussoul, mais je suis à présent Haroun Alraschid, le cinquième calife de la glorieuse maison d’Abbas, qui tient la place de notre grand prophète. Je vous ai mandées seulement pour savoir de vous qui vous êtes et vous demander pour quel sujet l’une de vous, après avoir maltraité les deux chiennes noires, a pleuré avec elles. Je ne suis pas moins curieux d’apprendre pourquoi une autre a le sein tout couvert de cicatrices.»
«Quoique le calife eût prononcé ces paroles très-distinctement et que les trois dames les eussent entendues, le vizir Giafar, par un air de cérémonie, ne laissa pas de les leur répéter…» Mais, sire, dit Scheherazade, il est jour: si votre majesté veut que je lui raconte la suite, il faut qu’elle ait la bonté de prolonger encore ma vie jusqu’à demain. Le sultan y consentit, jugeant bien que Scheherazade lui conterait l’histoire de Zobéide, qu’il n’avait pas peu d’envie d’entendre.
LXIII NUIT.
Ma chère sœur, s’écria Dinarzade sur la fin de la nuit, si vous ne dormez pas, dites-nous, je vous en conjure, l’histoire de Zobéide, car cette dame la raconta sans doute au calife. – Elle n’y manqua pas, répondit Scheherazade. Dès que le prince l’eut rassurée par le discours qu’il venait de faire, elle lui donna de cette sorte la satisfaction qu’il lui demandait:
HISTOIRE DE ZOBÉIDE.
«Commandeur des croyants, dit-elle, l’histoire que j’ai à raconter à votre majesté est une des plus surprenantes dont on ait jamais ouï parler. Les deux chiennes noires et moi sommes trois sœurs nées d’une même mère et d’un même père, et je vous dirai par quel accident étrange elles ont été changées en chiennes.
«Les deux dames qui demeurent avec moi et qui sont ici présentes sont aussi mes sœurs de même père, mais d’une autre mère. Celle qui a le sein couvert de cicatrices se nomme Amine, l’autre s’appelle Safie, et moi Zobéide.
«Après la mort de notre père, le bien qu’il nous avait laissé fut partagé entre nous également, et lorsque ces deux dernières sœurs eurent touché leur portion, elles se séparèrent et allèrent demeurer en particulier avec leur mère. Mes deux autres sœurs et moi restâmes avec la nôtre qui vivait encore, et qui depuis en mourant nous laissa à chacune mille sequins.
«Lorsque nous eûmes touché ce qui nous appartenait, mes deux aînés, car je suis la cadette, se marièrent, suivirent leurs maris et me laissèrent seule. Peu de temps après leur mariage, le mari de la première vendit tout ce qu’il avait de biens et de meubles, et avec l’argent qu’il en put faire et celui de ma sœur, ils passèrent tous deux en Afrique. Là, le mari dépensa en bonne chère et en débauche tout son bien et celui que ma sœur lui avait apporté. Ensuite se voyant réduit à la dernière misère, il trouva un prétexte pour la répudier, et la chassa.
«Elle revint à Bagdad, non sans avoir souffert des maux incroyables dans un si long voyage. Elle vint se réfugier chez moi dans un état si digne de pitié qu’elle en aurait inspiré aux cœurs les plus durs. Je la reçus avec l’affection qu’elle pouvait attendre de moi. Je lui demandai pourquoi je la voyais dans une si malheureuse situation: elle m’apprit en pleurant la mauvaise conduite de son mari et l’indigne traitement qu’il lui avait fait. Je fus touchée de son malheur et j’en pleurai avec elle. Je la fis ensuite entrer au bain, je lui donnai de mes propres habits et lui dis: «Ma sœur, vous êtes mon aînée et je vous regarde comme ma mère. Pendant votre absence, Dieu a béni le peu de bien qui m’est tombé en partage, et l’emploi que j’en fais à nourrir et à élever des vers à soie. Comptez que je n’ai rien qui ne soit à vous et dont vous ne puissiez disposer comme moi-même.»
«Nous demeurâmes toutes deux et vécûmes ensemble pendant plusieurs mois en bonne intelligence. Comme nous nous entretenions souvent de notre troisième sœur et que nous étions surprises de ne pas apprendre de ses nouvelles, elle arriva en aussi mauvais état que notre aînée. Son mari l’avait traitée de la même sorte; je la reçus avec la même amitié.
«Quelque temps après, mes deux sœurs, sous prétexte qu’elles m’étaient à charge, me dirent qu’elles étaient dans le dessein de se remarier. Je leur répondis, que si elles n’avaient pas d’autres raisons que celle de m’être à charge, elles pouvaient continuer de demeurer avec moi en toute sûreté; que mon bien suffisait pour nous entretenir toutes trois d’une manière conforme à notre condition. Mais, ajoutai-je, je crains plutôt que vous n’ayez véritablement envie de vous remarier. Si cela était, je vous avoue que j’en serais fort étonnée. Après l’expérience que vous avez du peu de satisfaction qu’on a dans le mariage, y pouvez-vous penser une seconde fois? Vous savez combien il est rare de trouver un mari parfaitement honnête homme. Croyez-moi, continuons de vivre ensemble le plus agréablement qu’il nous sera possible.
«Tout ce que je leur dis fut inutile. Elles avaient pris la résolution de se remarier, elles l’exécutèrent. Mais elles revinrent me trouver au bout de quelques mois et me faire mille excuses de n’avoir pas suivi mon conseil. «Vous êtes notre cadette, me dirent-elles, mais vous êtes plus sage que nous. Si vous voulez bien nous recevoir encore dans votre maison et nous regarder comme vos esclaves, il ne nous arrivera plus de faire une si grande faute. – Mes chères sœurs, leur répondis-je, je n’ai point changé à votre égard depuis notre dernière séparation: revenez, et jouissez avec moi de ce que j’ai. Je les embrassai, et nous demeurâmes ensemble comme auparavant.