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Le compte de Monte-Cristo Tome III

Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome III». Краткое содержание книги:

Victime d'un terrible complot, Edmond Dantès est emprisonné au Château d'If alors qu'il sur le point d'épouser celle qu'il aime. A sa libération et sous l'identité du compte de Monte-Cristo, sa vengeance n'épargnera personne…
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L’idée à laquelle il s’arrêta fut qu’au milieu de sa fuite même la force avait manqué à Valentine, et qu’elle était tombée évanouie au milieu de quelque allée.

«Oh! s’il en est ainsi, s’écria-t-il en s’élançant au haut de l’échelle, je la perdrais, et par ma faute!»

Le démon qui lui avait soufflé cette pensée ne le quitta plus, et bourdonna à son oreille avec cette persistance qui fait que certains doutes, au bout d’un instant, par la force du raisonnement, deviennent des convictions. Ses yeux, qui cherchaient à percer l’obscurité croissante, croyaient, sous la sombre allée, apercevoir un objet gisant; Morrel se hasarda jusqu’à appeler, et il lui sembla que le vent apportait jusqu’à lui une plainte inarticulée.

Enfin la demie avait sonné à son tour, il était impossible de se borner plus longtemps, tout était supposable; les tempes de Maximilien battaient avec force, des nuages passaient devant ses yeux; il enjamba le mur et sauta de l’autre côté.

Il était chez Villefort, il venait d’y entrer par escalade; il songea aux suites que pouvait avoir une pareille action, mais il n’était pas venu jusque-là pour reculer.

En un instant il fut à l’extrémité de ce massif. Du point où il était parvenu on découvrait la maison.

Alors Morrel s’assura d’une chose qu’il avait déjà soupçonnée en essayant de glisser son regard à travers les arbres: c’est qu’au lieu des lumières qu’il pensait voir briller à chaque fenêtre, ainsi qu’il est naturel aux jours de cérémonie, il ne vit rien que la masse grise et voilée encore par un grand rideau d’ombre que projetait un nuage immense répandu sur la lune.

Une lumière courait de temps en temps comme éperdue, et passait devant trois fenêtres du premier étage. Ces trois fenêtres étaient celles de l’appartement de Mme de Saint-Méran.

Une autre lumière restait immobile derrière des rideaux rouges. Ces rideaux étaient ceux de la chambre à coucher de Mme de Villefort.

Morrel devina tout cela. Tant de fois, pour suivre Valentine en pensée à toute heure du jour, tant de fois, disons-nous, il s’était fait faire le plan de cette maison, que, sans l’avoir vue, il la connaissait.

Le jeune homme fut encore plus épouvanté de cette obscurité et de ce silence qu’il ne l’avait été de l’absence de Valentine.

Éperdu, fou de douleur, décidé à tout braver pour revoir Valentine et s’assurer du malheur qu’il pressentait, quel qu’il fût, Morrel gagna la lisière du massif, et s’apprêtait à traverser le plus rapidement possible le parterre, complètement découvert, quand un son de voix encore assez éloigné, mais que le vent lui apportait, parvint jusqu’à lui.

À ce bruit, il fit un pas en arrière, déjà à moitié sorti du feuillage, il s’y enfonça complètement et demeura immobile et muet, enfoui dans son obscurité.

Sa résolution était prise: si c’était Valentine seule, il l’avertirait par un mot au passage; si Valentine était accompagnée, il la verrait au moins et s’assurerait qu’il ne lui était arrivé aucun malheur; si c’étaient des étrangers, il saisirait quelques mots de leur conversation et arriverait à comprendre ce mystère, incompréhensible jusque-là.

La lune alors sortit du nuage qui la cachait, et, sur la porte du perron, Morrel vit apparaître Villefort, suivi d’un homme vêtu de noir. Ils descendirent les marches et s’avancèrent vers le massif. Ils n’avaient pas fait quatre pas que, dans cet homme vêtu de noir, Morrel avait reconnu le docteur d’Avrigny.

Le jeune homme, en les voyant venir à lui, recula machinalement devant eux jusqu’à ce qu’il rencontrât le tronc d’un sycomore qui faisait le centre du massif; là il fut forcé de s’arrêter.

Bientôt le sable cessa de crier sous les pas des deux promeneurs.

«Ah! cher docteur, dit le procureur du roi, voici le Ciel qui se déclare décidément contre ma maison. Quelle horrible mort! quel coup de foudre! N’essayez pas de me consoler; hélas! la plaie est trop vive et trop profonde! Morte, morte!»

Une sueur froide glaça le front du jeune homme et fit claquer ses dents. Qui donc était mort dans cette maison que Villefort lui-même disait maudite?

«Mon cher monsieur de Villefort, répondit le médecin avec un accent qui redoubla la terreur du jeune homme, je ne vous ai point amené ici pour vous consoler, tout au contraire.

– Que voulez-vous dire? demanda le procureur du roi, effrayé.

– Je veux dire que, derrière le malheur qui vient de vous arriver, il en est un autre plus grand encore peut-être.

– Oh! mon Dieu! murmura Villefort en joignant les mains, qu’allez-vous me dire encore?

– Sommes-nous bien seuls, mon ami?

– Oh! oui, bien seuls. Mais que signifient toutes ces précautions?

– Elles signifient que j’ai une confidence terrible à vous faire, dit le docteur: asseyons-nous.»

Villefort tomba plutôt qu’il ne s’assit sur un banc. Le docteur resta debout devant lui, une main posée sur son épaule. Morrel, glacé d’effroi, tenait d’une main son front, de l’autre comprimait son cœur, dont il craignait qu’on entendît les battements.

«Morte, morte!» répétait-il dans sa pensée avec la voix de son cœur.

Et lui-même se sentait mourir.

«Parlez, docteur, j’écoute, dit Villefort; frappez, je suis préparé à tout.

– Mme de Saint-Méran était bien âgée sans doute, mais elle jouissait d’une santé excellente.»

Morrel respira pour la première fois depuis dix minutes.

«Le chagrin l’a tuée, dit Villefort, oui, le chagrin, docteur! Cette habitude de vivre depuis quarante ans près du marquis!…

– Ce n’est pas le chagrin, mon cher Villefort, dit le docteur. Le chagrin peut tuer, quoique les cas soient rares, mais il ne tue pas en un jour, mais il ne tue pas en une heure, mais il ne tue pas en dix minutes.»

Villefort ne répondit rien; seulement il leva la tête qu’il avait tenue baissée jusque-là, et regarda le docteur avec des yeux effarés.

«Vous êtes resté là pendant l’agonie? demanda M. d’Avrigny.

– Sans doute, répondit le procureur du roi; vous m’avez dit tout bas de ne pas m’éloigner.

– Avez-vous remarqué les symptômes du mal auquel Mme de Saint-Méran a succombé?

– Certainement; Mme de Saint-Méran a eu trois attaques successives à quelques minutes les unes des autres, et à chaque fois plus rapprochées et plus graves. Lorsque vous êtes arrivé, déjà depuis quelques minutes Mme de Saint-Méran était haletante; elle eut alors une crise que je pris pour une simple attaque de nerfs; mais je ne commençai à m’effrayer réellement que lorsque je la vis se soulever sur son lit, les membres et le cou tendus. Alors, à votre visage, je compris que la chose était plus grave que je ne le croyais. La crise passée, je cherchai vos yeux, mais je ne les rencontrai pas. Vous teniez le pouls, vous en comptiez les battements, et la seconde crise parut, que vous ne vous étiez pas encore retourné de mon côté. Cette seconde crise fut plus terrible que la première: les mêmes mouvements nerveux se reproduisirent, et la bouche se contracta et devint violette.

«À la troisième elle expira.

«Déjà, depuis la fin de la première, j’avais reconnu le tétanos; vous me confirmâtes dans cette opinion.

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