Le compte de Monte-Cristo Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome III». Краткое содержание книги:
Le jeune homme rentra chez lui et attendit pendant tout le reste de la soirée et pendant toute la journée du lendemain sans rien recevoir. Enfin, ce ne fut que le surlendemain, vers dix heures du matin, comme il allait s’acheminer vers M. Deschamps, notaire, qu’il reçut par la poste un petit billet qu’il reconnut pour être de Valentine, quoiqu’il n’eût jamais vu son écriture.
Il était conçu en ces termes:
«Larmes, supplications, prières, n’ont rien fait. Hier, pendant deux heures, j’ai été à l’église Saint-Philippe-du-Roule, et pendant deux heures j’ai prié Dieu du fond de l’âme, Dieu est insensible comme les hommes, et la signature du contrat est fixée à ce soir, neuf heures.
«Je n’ai qu’une parole comme je n’ai qu’un cœur, Morrel, et cette parole vous est engagée: ce cœur est à vous!
«Ce soir donc, à neuf heures moins un quart, à la grille.
«Votre femme, Valentine de Villefort.
P.-S. – «Ma pauvre grand-mère va de plus mal en plus mal; hier, son exaltation est devenue du délire: aujourd’hui son délire est presque de la folie.
«Vous m’aimerez bien, n’est-ce pas, Morrel, pour me faire oublier que je l’aurai quittée en cet état?
«Je crois que l’on cache à grand-papa Noirtier que la signature du contrat doit avoir lieu ce soir.»
Morrel ne se borna pas aux renseignements que lui donnait Valentine; il alla chez le notaire, qui lui confirma la nouvelle que la signature du contrat était pour neuf heures du soir.
Puis il passa chez Monte-Cristo; ce fut encore là qu’il en sut le plus: Franz était venu lui annoncer cette solennité; de son côté, Mme de Villefort avait écrit au comte pour le prier de l’excuser si elle ne l’invitait point; mais la mort de M. de Saint-Méran et l’état où se trouvait sa veuve jetaient sur cette réunion un voile de tristesse dont elle ne voulait pas assombrir le front du comte, auquel elle souhaitait toute sorte de bonheur.
La veille, Franz avait été présenté à Mme de Saint-Méran, qui avait quitté le lit pour cette présentation, et qui s’y était remise aussitôt.
Morrel, la chose est facile à comprendre, était dans un état d’agitation qui ne pouvait échapper à un œil aussi perçant que l’était l’œil du comte, aussi Monte-Cristo fut-il pour lui plus affectueux que jamais; si affectueux, que deux ou trois fois Maximilien fut sur le point de lui tout dire. Mais il se rappela la promesse formelle donnée à Valentine, et son secret resta au fond de son cœur.
Le jeune homme relut vingt fois dans la journée la lettre de Valentine. C’était la première fois qu’elle lui écrivait, et à quelle occasion! À chaque fois qu’il relisait cette lettre, Maximilien se renouvelait à lui-même le serment de rendre Valentine heureuse. En effet, quelle autorité n’a pas la jeune fille qui prend une résolution si courageuse! quel dévouement ne mérite-t-elle pas de la part de celui à qui elle a tout sacrifié! Comme elle doit être réellement pour son amant le premier et le plus digne objet de son culte! C’est à la fois la reine et la femme, et l’on n’a point assez d’une âme pour la remercier et l’aimer.
Morrel songeait avec une agitation inexprimable à ce moment où Valentine arriverait en disant:
«Me voici, Maximilien; prenez-moi.»
Il avait organisé toute cette fuite; deux échelles avaient été cachées dans la luzerne du clos; un cabriolet, que devait conduire Maximilien lui-même, attendait; pas de domestique, pas de lumière; au détour de la première rue on allumerait des lanternes, car il ne fallait point, par un surcroît de précautions, tomber entre les mains de la police.
De temps en temps des frissonnements passaient par tout le corps de Morrel; il songeait au moment où, du faîte de ce mur, il protégerait la descente de Valentine, et où il sentirait tremblante et abandonnée dans ses bras celle dont il n’avait jamais pressé que la main et baisé le bout du doigt.
Mais quand vint l’après-midi, quand Morrel sentit l’heure s’approcher, il éprouva le besoin d’être seul; son sang bouillait, les simples questions, la seule voix d’un ami l’eussent irrité; il se renferma chez lui, essayant de lire; mais son regard glissa sur les pages sans y rien comprendre, et il finit par jeter son livre, pour en revenir à dessiner, pour la deuxième fois, son plan, ses échelles et son clos.
Enfin l’heure s’approcha.
Jamais l’homme bien amoureux n’a laissé les horloges faire paisiblement leur chemin; Morrel tourmenta si bien les siennes, qu’elles finirent par marquer huit heures et demie à six heures. Il se dit alors qu’il était temps de partir, que neuf heures était bien effectivement l’heure de la signature du contrat, mais que, selon toute probabilité, Valentine n’attendrait pas cette signature inutile; en conséquence, Morrel, après être parti de la rue Meslay à huit heures et demie à sa pendule, entrait dans le clos comme huit heures sonnèrent à Saint-Philippe-du-Roule.
Le cheval et le cabriolet furent cachés derrière une petite masure en ruine dans laquelle Morrel avait l’habitude de se cacher.
Peu à peu le jour tomba, et les feuillages du jardin se massèrent en grosses touffes d’un noir opaque.
Alors Morrel sortit de la cachette et vint regarder, le cœur palpitant, au trou de la grille: il n’y avait encore personne.
Huit heures et demie sonnèrent.
Une demi-heure s’écoula à attendre; Morrel se promenait de long en large, puis, à des intervalles toujours plus rapprochés, venait appliquer son œil aux planches. Le jardin s’assombrissait de plus en plus; mais dans l’obscurité on cherchait vainement la robe blanche; dans le silence on écoutait inutilement le bruit des pas.
La maison qu’on apercevait à travers les feuillages restait sombre, et ne présentait aucun des caractères d’une maison qui s’ouvre pour un événement aussi important que l’est une signature du contrat de mariage.
Morrel consulta sa montre, qui sonna neuf heures trois quarts; mais presque aussitôt cette même voix de l’horloge, déjà entendue deux ou trois fois rectifia l’erreur de la montre en sonnant neuf heures et demie.
C’était déjà une demi-heure d’attente de plus que Valentine n’avait fixée elle-même: elle avait dit neuf heures, même plutôt avant qu’après.
Ce fut le moment le plus terrible pour le cœur du jeune homme, sur lequel chaque seconde tombait comme un marteau de plomb.
Le plus faible bruit du feuillage, le moindre cri du vent appelaient son oreille et faisaient monter la sueur à son front; alors, tout frissonnant, il assujettissait son échelle et, pour ne pas perdre de temps, posait le pied sur le premier échelon.
Au milieu de ces alternatives de crainte et d’espoir, au milieu de ces dilatations et de ces serrements de cœur, dix heures sonnèrent à l’église.
«Oh! murmura Maximilien avec terreur, il est impossible que la signature d’un contrat dure aussi longtemps, à moins d’événements imprévus; j’ai pesé toutes les chances, calculé le temps que durent toutes les formalités, il s’est passé quelque chose.»
Et alors, tantôt il se promenait avec agitation devant la grille, tantôt il revenait appuyer son front brûlant sur le fer glacé. Valentine s’était-elle évanouie après le contrat, ou Valentine avait-elle été arrêtée dans sa fuite? C’étaient là les deux seules hypothèses où le jeune homme pouvait s’arrêter, toutes deux désespérantes.