Le faiseur d'histoire
- Автор: Фрай Стивен
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 978-2-07-043996-6
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le faiseur d'histoire». Краткое содержание книги:
Mais un historien devrait savoir que l'on ne peut prédire l’avenir…
Sa rencontre avec Leo Zuckermann, vieux physicien obsédé par le génocide juif, va les amener à semer aux quatre vents les pages de la thèse, mais aussi à tourner celles de l’histoire. Et après leur expérience rien – passé, présent ou futur – ne sera plus jamais pareil.
— Vous êtes anglophile, peut-être ?
— Comment ça ? »
Il haussa les épaules. « Politiquement, par exemple.
— Politiquement ? Je ne fais pas de politique !
— Pas de politique. Très bien. Mais vos parents venaient d’Angleterre, à l’origine, non, Mike ? Dans les années soixante ?
— Mes parents ?
— Votre père et votre mère.
— Je sais ce que c’est, des parents ! », aboyai-je. Les manières de Ballinger commençaient à m’agacer autant que, je le voyais, ma confusion l’irritait ouvertement.
Il ne répondit pas, mais écrivit quelque chose dans son carnet, ce qui m’irrita encore plus. Il essayait juste de dissimuler sa contrariété.
« Ça, je le sais, dis-je. Mon père est mort, et ma mère vit dans le Hampshire.
— Vous croyez que votre mère vit dans le New Hampshire ?
— Mais non, pas le New Hampshire. Le Hampshire tout court. Le vieux Hampshire. Le Hampshire, en Angleterre, si vous préférez.
— Vous avez déjà visité l’Angleterre, Mike ?
— Visité ? C’est là que j’habite. J’y ai grandi. J’y vis. Je devrais m’y trouver, en ce moment.
— Vous aimez les films anglais ?
— J’aime tous les films. Pas spécialement les films anglais. Il n’y en a pas assez, d’abord.
— Ils sont peut-être trop politiques pour vous ?
— Qu’est-ce que vous racontez ? »
Il ne répondit pas, mais traça une ligne dans son carnet, laissa de nouveau choir son stylo sur le carnet et posa son menton sur ses mains.
« Vous aimeriez peut-être être acteur de cinéma, c’est ça ? Vous vous imaginez peut-être en grande vedette à Hollywood.
— Acteur ? je n’ai jamais joué la comédie de ma vie. Même pas dans une crèche vivante.
— Voyez-vous, j’essaie d’expliquer l’accent que vous affectez, Michael.
— Je n’affecte rien ! C’est ma façon de parler. C’est moi. »
Ballinger prit un gros annuaire sur son bureau et le compulsa, laissant courir le bout de son stylo le long des colonnes.
« Élèves de seconde année », dit-il en parlant tout seul. « Voyons voir, Wagner… Williams… Wood… Yelling… Ah, nous y voilà ! » Il traça un cercle sur la page et poussa l’annuaire vers moi. « Je veux que vous fassiez quelque chose pour moi, Mike. Je veux que vous regardiez ce nom et ce numéro, et que vous me disiez ce que vous voyez.
— Euh… Young, Michael D, 303 Henry Hall, 342 12 21.
— Bien. Maintenant, je veux que vous me regardiez pendant que j’appelle ce numéro, d’accord ? »
Il pressa une touche sur son téléphone et le bruit d’une tonalité émergea du haut-parleur intégré. « Dictez-moi ce numéro à haute voix, Michael.
— Trois cent quarante-deux, douze, vingt-et-un.
— Trois cent quarante-deux, répéta Ballinger en le composant, douze, vingt-et-un. »
Perplexe, j’écoutai la sonnerie. « Mais, si c’est mon numéro, alors pourquoi…? »
Ballinger leva une main. « Chut ! Écoutez bien, là. »
La sonnerie s’interrompit et fut suivie par un déclic et une voix enjouée. « Salut, ici Mikey. Vous avez appelé. Je suis sorti, mais bon, c’est pas la fin du monde. Laissez un message après la tonalité et si vous avez vraiment de la chance, je vous rappellerai peut-être. »
Ballinger pressa de nouveau la touche mains-libres, croisa les bras et me regarda. « Ce n’était pas vous, Mike ? Ce n’est pas votre voix que nous avons entendue ? »
Je fixai le téléphone. « Mais ce n’est pas possible…
— Vous savez bien que si…
— Mais elle parlait américain !
— C’est bien ce que je voulais dire, Mikey. Vous êtes américain. J’ai votre dossier médical. Vous êtes né à Hartford, Connecticut, le 20 avril 1972.
— Mais ce n’est pas vrai ! Je sais, vous ne me croyez pas, mais je vous assure, c’est absolument faux ! Je veux dire, vous avez raison sur ma date de naissance, mais je suis né en Angleterre, enfin, je veux dire, j’ai grandi en Angleterre.
— Et qu’est-ce que vous y avez fait ?
— Je n’en sais rien ! J’étais à Cambridge. Je faisais… quelque chose. Je n’arrive pas à me rappeler. Bon Dieu, c’est un rêve, dites-moi que je rêve. Rien ne correspond, tout a changé. Je veux dire, bon Dieu, même mes dents ont changé.
— Vos dents ?
— Elles sont plus droites qu’elles ne devraient. Plus blanches. Je porte les cheveux plus courts. Et… » Je m’interrompis, rosissant au souvenir de la douche.
« Allez-y.
— Mon pénis », chuchotai-je, une main devant la bouche.
Ballinger ferma les yeux.
« Pardon, vous avez dit… votre pénis ? »
En répondant, je l’imaginai en train d’en rire avec ses collègues, de rédiger des notes sur le cas pour publication, en secouant la tête devant l’hystérie érotique des jeunes.
« Oui, dis-je. Mon prépuce. Il a disparu. Envolé. »
Il me dévisagea avec des yeux ronds et j’enfouis mon visage entre mes mains pour pleurer.
Histoire personnelle
Journal de guerre de Rudi
Josef enfouit son visage entre ses mains et rit tant que Hans finit par croire qu’il allait éclater.
« Ausgezeichnet ! Elle est excellente ! Excellente. Je vais la raconter au colonel, au déjeuner. Il adore ce genre de blagues. Tiens, en voilà une. Si Ludendorff et le Kaiser sautaient tous les deux d’une haute tour au même instant, lequel s’écraserait le premier par terre ? »
Hans Mend fronça le nez et inspecta le plafond. « Humm… je donne ma langue au chat », dit-il.
Josef haussa les épaules et écarta les mains. « Quelle importance ? » Il flanqua à Hans un violent coup de coude dans les côtes et repartit dans un rugissement de rire. « Hein ! Quelle importance ? »
Mend se joignit à lui, comme il se devait et lampa de petites gorgées de schnaps entre les bourrades dans ses côtes. « Ha ! fit-il. Quelle importance ! Formidable ! »
La vie de courrier avait ses avantages. On prenait des risques absurdes en allant et venant au galop entre les tranchées de réserve, le QG et les lignes de front, une cible facile pour un tireur ennemi embusqué qui s’ennuyait et, trop souvent, une victime potentielle pour les tirs croisés venus de son propre camp. Parfois, le temps et le terrain permettaient d’emprunter une moto, comme aujourd’hui, mais en général on devait patauger à pied dans une boue maintes fois barattée. Et ce cliché sur le messager qui reçoit le blâme… Combien de fois Mend avait-il ouvert sa sacoche, tendu des ordres dont il ne savait rien avant de se faire incendier par une salve féroce d’injures de la part d’un sous-officier parvenu qui avait des griefs imaginaires contre le Haut Commandement ? Cependant, pour le privilège de pouvoir s’éloigner des sapes et des tranchées de l’avant, ne serait-ce qu’une heure ou deux à la fois, Hans aurait supporté le double de danger. Et après tout, il était toujours en vie, non ? Pendant quatre ans, il avait été au plus fort des combats, du tout premier mois de guerre jusqu’à aujourd’hui, avec seulement deux blessures légères durant tout ce temps, deux petites cicatrices à montrer à ses petits-enfants un jour, dans la paix encore lointaine. Si on survivait aux premiers mois, disait-on, on vivrait éternellement.
Donc, avec les dangers, il fallait peser les avantages. Un verre de schnaps et une pipe de tabac convenable au QG du Commandement – bien sûr, avec la seule compagnie d’un imbécile comme Josef Kress pour les goûter – mais un grand luxe, malgré tout.