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Le faiseur d'histoire

Электронная книга - «Le faiseur d'histoire». Краткое содержание книги:

Michael Young est convaincu que sa thèse d’histoire va lui rapporter un doctorat, un tranquille poste académique, un vénérable éditeur universitaire et le retour de sa difficile petite amie Jane.
Mais un historien devrait savoir que l'on ne peut prédire l’avenir…
Sa rencontre avec Leo Zuckermann, vieux physicien obsédé par le génocide juif, va les amener à semer aux quatre vents les pages de la thèse, mais aussi à tourner celles de l’histoire. Et après leur expérience rien – passé, présent ou futur – ne sera plus jamais pareil.
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« Je voudrais que vous fassiez quelque chose pour moi, Mike. Je voudrais que vous regardiez ce portefeuille, là. »

Un portefeuille en cuir noir reposait sur le bureau qui nous séparait. Je le considérai, mal à l’aise. Steve avait été dépêché pour le rapporter de la chambre inconnue où je m’étais éveillé ce matin.

« Allez-y, il ne va pas vous mordre. Prenez-le ! Regardez à l’intérieur. Dites-moi ce que vous voyez. »

J’en sortis une carte de crédit American Express et la tins entre mes doigts. Je vis le nom Michael D Young et laissai mon ongle courir sur les caractères en relief. Membre depuis 1992. Expiration 08/98.

« Parlez-moi, Mike.

— C’est une carte American Express.

— Mh-hmm. À qui appartient-elle ?

— Hé bien… à moi, je suppose. Mais je ne l’avais encore jamais vue.

— Vous en êtes sûr ?

— Certain. Elle dit Michael D Young. Je n’emploie jamais ma seconde initiale, comme ça. Jamais. Donc, elle ne peut pas être à moi.

— D’accord, d’accord. Que voyez-vous d’autre dans ce portefeuille ?

— Il y a une espèce de carte d’identité, un permis de conduire.

— Vous voyez un permis de conduire. Est-ce qu’il porte une photographie ?

— Moi. C’est moi, mais là encore, je vous jure, je ne l’ai jamais vu avant.

— Ça ne fait rien. Prenez votre temps, regardez bien. Quel état l’a émis ? »

Je l’inspectai, perplexe. « État du Connecticut, il y a marqué. C’est ce que vous voulez dire ?

— Et à quoi pensez-vous quand vous prononcez le mot Connecticut, Mike ? Quelles images vous viennent à l’esprit ?

— Euh… Paul Revere ?

— Paul Revere. Bien. Dites-moi ce que vous savez de Paul Revere ?

— Sa chevauchée de minuit ?

— Chevauchée de minuit, excellent. Continuez.

— Il a galopé de Lexington à Concord. Ou de Concord à Lexington, non ? Il criait Les Britanniques arrivent, les Britanniques arrivent ! Je ne sais pas grand-chose de plus. Ça ne correspond pas réellement à ma période, j’en ai peur. »

Ça ne correspond pas réellement à ma période !

Quelque chose frémit en moi, le bruissement d’un souvenir, mais cela décampa comme une souris des champs effrayée à mon approche.

« Très bien. Vous progressez bien. Dites-moi ce que vous voyez d’autre, là-dedans.

— Hé bien, il y a une autre carte. À mon nom, elle aussi. Elle porte le symbole grec, dessus. Le bâton avec les serpents enroulés… oh, comment ça s’appelle, déjà ? »

Ballinger haussa les épaules. « À vous de me le dire, Michael.

— Le caducée ! C’est un caducée, le sceptre d’Hermès. Voilà ! Pourquoi est-ce que j’arrive à me souvenir d’un mot comme caducée, et pas de qui je suis ?

— Allons, allons, une étape à la fois. Que pensez-vous que cette carte soit ?

— Je n’en sais rien. Le caducée est un symbole médical, non ? Une carte de la Santé nationale ?

— Qu’est-ce qu’une carte de Santé nationale, Michael ? »

Je le dévisageai. « Je n’en ai aucune idée. Pas la moindre. L’expression m’est simplement venue à l’esprit. Vous ne savez pas, vous ?

— C’est votre carte d’assurance médicale, Michael.

— Mais je n’ai pas d’assurance privée.

— Pardon ?

— Je… je n’utilise pas d’assurance santé. Je suis inscrit à la Santé nationale, j’en suis sûr. »

Ballinger me considéra d’un œil torve. « Est-ce que vous auriez des raisons de simuler une petite crise d’excentricité, Michael ? Je me pose la question. Des problèmes chez vous ? Une fille, peut-être ? Le travail qui vous dépasse, la peur d’un échec ?

— Simuler ? Simuler ? Mais pourquoi diable voulez-vous que je simule ?

— Je me devais de poser la question, Mike. Donc, dites-moi ce que vous entendez par Santé nationale ? »

J’écartai les mains avec désespoir. « Je ne sais pas. Je n’en sais vraiment rien. Ça a un sens, j’en suis sûr.

— Je vois. Alors, dites-moi à qui pourrait appartenir cette carte ? »

Je l’inspectai avec consternation. « À moi, je suppose. Elle doit m’appartenir. » Je fermai les yeux avec énergie. « Mais je n’arrive pas à me souvenir…

— Allons, ne vous forcez pas. Vous pouvez poser ce portefeuille. Ce serait peut-être une bonne idée que vous me parliez des choses dont vous pouvez vous souvenir. »

Quelque chose dans sa façon de dire ça m’apprit qu’il commençait à improviser. Il n’avait jamais rencontré ce genre de cas auparavant et il avançait simplement au jugé, en cherchant les bonnes questions à poser. Il en savait aussi peu que moi. Je le sentais agacé aussi, vaguement agacé, de voir ses tentatives pour stimuler mes souvenirs, me déloger à coups de pied de mes fantasmes ou démasquer ma simulation, n’obtenir aucun résultat.

« Qu’est-ce qui ne va pas, chez moi, docteur ?

— Holà, une chose à la fois. Répondez d’abord à ma question. Que pouvez-vous me dire dont vous vous souvenez avec certitude ?

— Hé bien, je me rappelle avoir été malade la nuit dernière. Je me suis cogné la tête contre un mur. J’étais pissed{Le mot signifie ivre en anglais, furieux en américain (N.d.T.).}, je suppose…

— Pourquoi ?

— Comment ?

— Pourquoi étiez-vous pissed ?

— Ben, parce que j’avais bu.

— Et ça vous a mis en colère ?

— Mis en colère ? répétai-je interloqué. Pas vraiment…

— Alors pourquoi étiez-vous pissed ?

— Oh, dis-je raccrochant soudain les wagons. Vous voulez dire pissed off. Je voulais dire pissed ; soûl, quoi, pas pissed off, en colère. Vous voyez, en Angleterre, quand on dit pissed… laissez tomber. » L’expression vacante de Ballinger commençait à m’irriter. « Bref, je me souviens de m’être cogné la tête. Et d’être monté dans un bus. Et de m’être réveillé ce matin avec une impression bizarre.

— Et avant ça ? Que vous rappelez-vous d’avant ?

— Je ne sais pas, presque rien, Cambridge, bien sûr. Je me souviens de Cambridge. C’est là que je devrais me trouver.

— Vous avez prévu de rendre visite à des amis de Harvard, peut-être ?

— Harvard ? De quoi parlez-vous ?

— Harvard se trouve à Cambridge, Massachusetts, vous avez peut-être pris rendez-vous avec des amis là-bas.

— Non ! Je parle de Cambridge. Vous savez, le vrai Cambridge. À St-Matthew.

— Cambridge, en Angleterre ?

— Oui, et je devrais me trouver là-bas. Je devrais y être, en ce moment ! Il y a quelque chose d’important. Quelque chose que je dois faire, quelque chose qui s’est passé. Si seulement j’arrivais à me souvenir…

— Holà ! Asseyez-vous tout de suite, Michael. Vous énerver ne va rien arranger. Allons, restons calme. »

Je me rassis sur la chaise. « Pourquoi est-ce que ça m’est arrivé ? demandai-je. Qu’est-ce qu’il m’arrive ?

— Hé bien, nous nous en occupons, ici. Nous cherchons à le découvrir. Vous me dites que vous vous souvenez de Cambridge, en Angleterre.

— Je crois, oui.

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