Angélique et le Nouveau Monde Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #13
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le Nouveau Monde Part 1». Краткое содержание книги:
Enfin, comme il s'engageait dans le sentier, visible sous la mince couche de neige, qui de la plage montait vers l'entrée principale du fort, il distingua une forme humaine étendue. Il s'en approcha avec prudence, puis retourna le corps. L'Indien avait le front défoncé, ouvert.
La cervelle et le sang en jaillissaient. C'était celui qu'il avait frappé dans la nuit de sa crosse. Il s'attarda à l'examiner.
Bien qu'il fût à découvert et présentât une cible facile à un ennemi, il savait tout à coup qu'il n'avait plus à redouter d'agression immédiate.
L'Indien appartenait à ceux qui viennent la nuit, qui se retirent avec l'aurore. Ceux qui n'ont pas à craindre de mourir dans les ténèbres car leurs âmes échappent à la malédiction ancestrale, les seuls qui osent...
Ils n'appartiennent qu'à une seule espèce, et, en se penchant vers le mort, Joffrey de Peyrac en eut la confirmation. Un objet brillait au cou de l'Indien. Le Comte tira d'un coup sec afin de briser le lien de l'amulette. Après y avoir jeté un bref coup d'œil, il la glissa dans son pourpoint.
Puis, lentement, il continua de monter, vers Katarunk.
Chapitre 11
Angélique avait été longue à s'endormir. La migraine serrait ses tempes et ses yeux étaient douloureux.
Dans la nuit, quelques jongleurs abénakis, que Nicolas Perrot avait décidés à venir pour honorer par un peu de musique les chefs iroquois, secouaient leurs grelots, frappaient les tambours, sifflaient dans des flûtes de chêne à six trous. Le reflet des feux jetait des lueurs rosés et intermittentes sur les parchemins de la petite fenêtre. Angélique craignait sans cesse d'y voir s'y profiler des ombres menaçantes. Les Indiens dansaient à petits pas syncopés dans la cour et, dans la salle du poste, elle imaginait les chefs et les Blancs festoyant, se passant les bols de bois remplis de blé dinde recouvert d'huile d'ours et de graines de tournesol, les quartiers de viande bouillie et surtout les gobelets d'eau-de-vie. De temps à autre, des clameurs rauques et uniformes dominaient le bruit strident et lancinant de la musique, et Angélique tressaillait, mal à l'aise. La présence de son mari lui manquait et elle avait peur.
« Je voudrais tant que tu sois là, songeait-elle enfantinement. J'ai un tel besoin de toi... »
Puis tout s'était brouillé, et elle avait sombré dans un sommeil profond. Lorsqu'elle s'éveilla le silence régnait. La lueur du jour ressemblait à celle qui sourd à travers une lampe d'albâtre. À son chevet, elle vit le Mohawk Outtaké. Il était nu et d'une pâleur mortelle. On aurait dit une statue de marbre jauni. Il inclinait la tête en la regardant, et tout à coup elle aperçut un sang vermeil qui coulait de son épaule, ou de sa poitrine ; ce n'était pas très net. Dans un souffle, il murmura :
– Femme, donne-moi ma vie !
D'un bond, elle fut hors de sa couche, et cela suffit pour que l'ombre dolente du Mohawk se dissipât. Il n'y avait personne dans la pièce.
« Je deviens folle, songea-t-elle. Vais-je me mettre à avoir des visions comme tous ces gens de par ici ? »
Elle passa sur son visage une main qui tremblait un peu. Son cœur battait la chamade. Elle tendit l'oreille. Que signifiait ce silence ? Il était anormal et elle sut qu'il était le résultat d'un événement.
Il est arrivé quelque chose !
Rapidement, elle se vêtait. Dans sa hâte, elle attrapa un manteau au hasard. C'était le manteau de faille rouge amarante qu'elle avait mis sur ses épaules pour se rendre au banquet, l'autre soir. Elle ne savait pas que ce geste sans préméditation l'aiderait à sauver une vie... Dans la pièce voisine, ses deux fils dormaient toujours, du sommeil profond de la jeunesse ; après avoir collé l'oreille à la porte des Jonas et des enfants, et avoir perçu le souffle léger de personnes endormies, elle commença de se rassurer.
Mais le silence ambiant continuait à lui paraître insolite. Sans bruit, elle alla déverrouiller la porte d'entrée et reçut en plein visage l'éclat de la lumière pâle qui, ce matin, filtrait à travers les petits carreaux presque opaques et qui l'avait intriguée à son réveil.
Simultanément, un souffle glacé l'enveloppa, tandis que ses yeux cillaient éblouis et qu'elle retenait une exclamation.
La NEIGE !...
La neige était venue au cours de la nuit, une neige précoce, inattendue, qui s'était mise à tomber doucement, enrobant le fort de son manteau ouaté, ensevelissant toute vie, tout bruit, tout mouvement.
Au matin, les flocons avaient suspendu leur danse furtive, mais l'impression de surprise demeurait. Tout était désert. Cependant le tapis blanc à l'intérieur de l'enceinte portait la trace de nombreuses allées et venues récentes.
Angélique vit que le porche était grand ouvert et, au delà, quelque chose de sombre lui parut un corps étendu.
Elle allait s'élancer lorsqu'un paquet de brume plus épaisse et basse déferla derrière elle, pardessus le toit, en rouleaux de fumée grise, éteignant la lueur du soleil, et elle fut presque aussitôt plongée dans un monde opaque et sourd.
Un cri perçant, aigu, bizarre. Elle n'y voyait pas. Elle dut tâtonner pour s'avancer le long de la palissade jusqu'à la porte. Et quand elle fut au-dehors, elle ne savait plus dans quelle direction elle avait cru apercevoir un homme étendu.
Elle appela. Sa voix rendit un son mat et qui ne portait pas. Presque aussi subitement qu'il s'était abattu, le brouillard commença à s'alléger faiblement, ruisselant de gouttelettes étincelantes. Sur la droite, au-dessus d'elle, une haute apparition incarnate prenait forme. C'était l'érable solitaire près de l'entrée du poste. La neige ne parvenait pas à dissimuler sa somptueuse vêture. L'ourlet blanc ne faisait qu'aviver son éclat rouge, tandis que la lumière diffuse du soleil qui luttait pour triompher se reflétait à travers les feuilles pourpres comme à travers le rubis d'un vitrail.
Le brouillard se retira lentement jusqu'au bord du fleuve. Une silhouette humaine en venait, montant la côte. Beau et rayonnant comme l'archange saint Michel lui-même, c'était le petit baron Éliacin de Maudreuil.
Ses cheveux blonds scintillaient sous sa parure indienne de plumes et de perles. Dans l'échancrure de sa veste de daim ouverte sur sa poitrine nue on voyait briller, avec des étincelles intermittentes, trois médailles, tandis que les mêmes miroitements jouaient sur la lame du long coutelas qu'il tenait en son poing levé.
Le visage dressé, il montait, et la neige étouffait ses pas. Un rêve paradisiaque emplissait ses prunelles claires.
Ce qu'il voyait à travers la brume, sous l'érable rouge aux chatoiements de vitrail, c'était une apparition auréolée de lumière, d'une beauté surnaturelle, le visage pâle de la blancheur des lys, des yeux admirables.
Elle l'attendait, elle le regardait venir, sereine et grave, drapée dans les plis d'un manteau de couleur rosé.
Terrassé d'émotion, il ploya le genou.
– O Notre-Dame, murmura-t-il d'une voix brisée, O Mère de Dieu, béni soit ce jour ! Je savais bien qu'il me serait donné de te voir à l'heure de ma victoire !
Devant lui, la neige s'étoilait de fleurs rouges. Du sang, qui tombait goutte à goutte... Et dans son poing levé, il brandit un objet noir, humide, lové de ruisselets rosaires.