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Les Enfants Du Capitaine Grant

Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:

Lord et Lady Glenarvan, ainsi que le géographe Paganel, aident Mary et Robert Grant à retrouver leur père qui a fait naufrage sur une île dont on ne connait que la latitude, ce qui les amène à traverser l'Amérique du sud, puis l'Australie où un bagnard évadé, Ayrton, tente de s'emparer du yacht de Glenarvan, et enfin l'Océanie où, après avoir échappé aux anthropophages, il retrouveront enfin la trace de leur père…
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«Bien obligé, Mac Nabbs! s’écria Paganel.

– Quoi? Qu’avez-vous? dit le major. Qu’est-ce qui vous a pris? Encore une de vos éternelles distractions?

– Oui! oui! répondit Paganel d’une voix étranglée par l’émotion. Oui! Une distraction… Phénoménale cette fois!

– Laquelle?

– Nous nous sommes trompés! Nous nous trompons encore! Nous nous trompons toujours!

– Expliquez-vous!

– Glenarvan, major, Robert, mes amis, s’écria Paganel, nous cherchons le capitaine Grant où il n’est pas!

– Que dites-vous? s’écria Glenarvan.

– Non seulement où il n’est pas, ajouta Paganel, mais encore où il n’a jamais été!»

Chapitre XXIV Où l’on continue de mener la vie des oiseaux

Un profond étonnement accueillit ces paroles inattendues. Que voulait dire le géographe?

Avait-il perdu l’esprit? Il parlait cependant avec une telle conviction, que tous les regards se portèrent sur Glenarvan. Cette affirmation de Paganel était une réponse directe à la question qu’il venait de poser. Mais Glenarvan se borna à faire un geste de dénégation qui ne prouvait pas en faveur du savant.

Cependant celui-ci, maître de son émotion, reprit la parole.

«Oui! dit-il d’une voix convaincue, oui! Nous nous sommes égarés dans nos recherches, et nous avons lu sur le document ce qui n’y est pas!

– Expliquez-vous, Paganel, dit le major, et avec plus de calme.

– C’est très simple, major. Comme vous j’étais dans l’erreur, comme vous j’étais lancé dans une interprétation fausse, quand, il n’y a qu’un instant, au haut de cet arbre, répondant à vos questions, et m’arrêtant sur le mot «Australie», un éclair a traversé mon cerveau et la lumière s’est faite.

– Quoi! s’écria Glenarvan, vous prétendez que Harry Grant?…

– Je prétends, répondit Paganel, que le mot austral qui se trouve dans le document n’est pas un mot complet, comme nous l’avons cru jusqu’ici, mais bien le radical du mot Australie.

– Voilà qui serait particulier! répondit le major.

– Particulier! répliqua Glenarvan, en haussant les épaules, c’est tout simplement impossible.

– Impossible! reprit Paganel. C’est un mot que nous n’admettons pas en France.

– Comment! Ajouta Glenarvan du ton de la plus profonde incrédulité, vous osez prétendre, le document en main, que le naufrage du Britannia a eu lieu sur les côtes de l’Australie?

– J’en suis sûr! répondit Paganel.

– Ma foi, Paganel, dit Glenarvan, voilà une prétention qui m’étonne beaucoup, venant du secrétaire d’une société géographique.

– Pour quelle raison? demanda Paganel, touché à son endroit sensible.

– Parce que, si vous admettez le mot Australie, vous admettez en même temps qu’il s’y trouve des indiens, ce qui ne s’est jamais vu jusqu’ici.»

Paganel ne fut nullement surpris de l’argument. Il s’y attendait sans doute, et se mit à sourire.

«Mon cher Glenarvan, dit-il, ne vous hâtez pas de triompher; je vais vous «battre à plates coutures», comme nous disons, nous autres français, et jamais anglais n’aura été si bien battu! Ce sera la revanche de Crécy et d’Azincourt!

– Je ne demande pas mieux. Battez-moi, Paganel.

– Écoutez donc. Il n’y a pas plus d’indiens dans le texte du document que de Patagonie! Le mot incomplet indi… Ne signifie pas indiens; mais bien indigènes! or, admettez-vous qu’il y ait des «indigènes» en Australie?»

Il faut avouer qu’en ce moment Glenarvan regarda fixement Paganel.

«Bravo! Paganel dit le major, – admettez-vous mon interprétation, mon cher lord?

– Oui! répondit Glenarvan, si vous me prouvez que ce reste de mot gonie ne s’applique pas au pays des patagons!

– Non! Certes, s’écria Paganel, il ne s’agit pas de Patagonie! lisez tout ce que vous voudrez, excepté cela.

– Mais quoi?

– Cosmogonie! Théogonie! Agonie!

– Agonie! dit le major.

– Cela m’est indifférent, répondit Paganel; le mot n’a aucune importance. Je ne chercherai même pas ce qu’il peut signifier. Le point principal, c’est que austral indique l’Australie, et il fallait être aveuglément engagé dans une voie fausse, pour n’avoir pas découvert, dès l’abord, une explication si évidente. Si j’avais trouvé le document, moi, si mon jugement n’avait pas été faussé par votre interprétation, je ne l’aurais jamais compris autrement!»

Cette fois, les hurrahs, les félicitations, les compliments accueillirent ces paroles de Paganel.

Austin, les matelots, le major, Robert surtout, si heureux de renaître à l’espoir, applaudirent le digne savant. Glenarvan, dont les yeux se dessillaient peu à peu, était, dit-il, tout près de se rendre.

«Une dernière observation, mon cher Paganel, et je n’aurai plus qu’à m’incliner devant votre perspicacité.

– Parlez, Glenarvan.

– Comment assemblez-vous entre eux ces mots nouvellement interprétés, et de quelle manière lisez-vous le document?

– Rien n’est plus facile. Voici le document», dit Paganel, en présentant le précieux papier qu’il étudiait si consciencieusement depuis quelques jours.

Un profond silence se fit, pendant que le géographe, rassemblant ses idées, prenait son temps pour répondre. Son doigt suivait sur le document les lignes interrompues, tandis que d’une voix sûre, et soulignant certains mots, il s’exprima en ces termes: «le 7 juin 1862, le trois-mâts Britannia de Glasgow a sombré après…» Mettons, si vous voulez, «deux jours, trois jours» ou «une longue agonie», peu importe, c’est tout à fait indifférent, «sur les côtes de l’Australie. Se dirigeant à terre, deux matelots et le capitaine Grant vont essayer d’aborder» ou «ont abordé le continent, où ils seront» ou «sont prisonniers de cruels indigènes. Ils ont jeté ce document», etc., etc. Est-ce clair?

– C’est clair, répondit Glenarvan, si le nom de «continent» peut s’appliquer à l’Australie, qui n’est qu’une île!

– Rassurez-vous, mon cher Glenarvan, les meilleurs géographes sont d’accord pour nommer cette île «le continent australien.»

– Alors, je n’ai plus qu’une chose à dire, mes amis, s’écria Glenarvan. En Australie! Et que le ciel nous assiste!

– En Australie! répétèrent ses compagnons d’une voix unanime.

– Savez-vous bien, Paganel, ajouta Glenarvan, que votre présence à bord du Duncan est un fait providentiel?

– Bon, répondit Paganel. Mettons que je suis un envoyé de la providence, et n’en parlons plus!»

Ainsi se termina cette conversation qui, dans l’avenir, eut de si grandes conséquences. Elle modifia complètement la situation morale des voyageurs. Ils venaient de ressaisir le fil de ce labyrinthe dans lequel ils se croyaient à jamais égarés. Une nouvelle espérance s’élevait sur les ruines de leurs projets écroulés. Ils pouvaient sans crainte laisser derrière eux ce continent américain, et toutes leurs pensées s’envolaient déjà vers la terre australienne. En remontant à bord du Duncan, ses passagers n’y apporteraient pas le désespoir à son bord, et lady Helena, Mary Grant, n’auraient pas à pleurer l’irrévocable perte du capitaine Grant! Aussi, ils oublièrent les dangers de leur situation pour se livrer à la joie, et ils n’eurent qu’un seul regret, celui de ne pouvoir partir sans retard.

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