Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
– Généreux et brave indien! s’écria Glenarvan.
– Oui, répondit Tom Austin, si tous les patagons sont taillés sur ce modèle, j’en fais mon compliment à la Patagonie.
– Je demande qu’on n’oublie pas le cheval! dit Paganel. Il fait partie du patagon, et je me trompe fort, ou nous les reverrons, l’un portant l’autre.
– À quelle distance sommes-nous de l’Atlantique? demanda le major.
– À une quarantaine de milles tout au plus, répondit Paganel. Et maintenant, mes amis, puisque chacun est libre de ses actions, je vous demande la permission de vous quitter; je vais me choisir là-haut un observatoire, et, ma longue-vue aidant, je vous tiendrai au courant des choses de ce monde.»
On laissa faire le savant, qui, fort adroitement, se hissa de branche en branche et disparut derrière l’épais rideau de feuillage. Ses compagnons s’occupèrent alors d’organiser la couchée et de préparer leur lit. Ce ne fut ni difficile ni long.
Pas de couvertures à faire, ni de meubles à ranger, et bientôt chacun vint reprendre sa place autour du brasero. On causa alors, mais non plus de la situation présente, qu’il fallait supporter avec patience. On en revint à ce thème inépuisable du capitaine Grant. Si les eaux se retiraient, le Duncan, avant trois jours, reverrait les voyageurs à son bord. Mais Harry Grant, ses deux matelots, ces malheureux naufragés, ne seraient pas avec eux. Il semblait même, après cet insuccès, après cette inutile traversée de l’Amérique, que tout espoir de les retrouver était irrévocablement perdu. Où diriger de nouvelles recherches? Quelle serait donc la douleur de lady Helena et de Mary Grant en apprenant que l’avenir ne leur gardait plus aucune espérance!
«Pauvre sœur! dit Robert, tout est fini, pour nous!»
Glenarvan, pour la première fois, ne trouva pas un mot consolant à répondre. Quel espoir pouvait-il donner au jeune enfant? N’avait-il pas suivi avec une rigoureuse exactitude les indications du document?
«Et pourtant, dit-il, ce trente-septième degré de latitude n’est pas un vain chiffre! Qu’il s’applique au naufrage ou à la captivité d’Harry Grant, il n’est pas supposé, interprété, deviné! Nous l’avons lu de nos propres yeux!
– Tout cela est vrai, votre honneur, répondit Tom Austin, et cependant nos recherches n’ont pas réussi.
– C’est irritant et désespérant à la fois, s’écria Glenarvan.
– Irritant, si vous voulez, répondit Mac Nabbs d’un ton tranquille, mais non pas désespérant. C’est précisément parce que nous avons un chiffre indiscutable, qu’il faut épuiser jusqu’au bout tous ses enseignements.
– Que voulez-vous dire, demanda Glenarvan, et, à votre avis, que peut-il rester à faire?
– Une chose très simple et très logique, mon cher Edward. Mettons le cap à l’est, quand nous serons à bord du Duncan, et suivons jusqu’à notre point de départ, s’il le faut, ce trente-septième parallèle.
– Croyez-vous donc Mac Nabbs, que je n’y aie pas songé? répondit Glenarvan. Si! Cent fois! Mais quelle chance avons-nous de réussir? Quitter le continent américain, n’est-ce pas s’éloigner de l’endroit indiqué par Harry Grant lui-même, de cette Patagonie si clairement nommée dans le document?
– Voulez-vous donc recommencer vos recherches dans les pampas, répondit le major, quand vous avez la certitude que le naufrage du Britannia n’a eu lieu ni sur les côtes du Pacifique ni sur les côtes de l’Atlantique?»
Glenarvan ne répondit pas.
«Et si faible que soit la chance de retrouver Harry Grant en remontant le parallèle indiqué par lui, ne devons-nous pas la tenter?
– Je ne dis pas non… Répondit Glenarvan.
– Et vous, mes amis, ajouta le major en s’adressant aux marins, ne partagez-vous pas mon opinion?
– Entièrement, répondit Tom Austin, que Mulrady et Wilson approuvèrent d’un signe de tête.
– Écoutez-moi, mes amis, reprit Glenarvan après quelques instants de réflexion, et entends bien, Robert, car ceci est une grave discussion. Je ferai tout au monde pour retrouver le capitaine Grant, je m’y suis engagé, et j’y consacrerai ma vie entière, s’il le faut. Toute l’écosse se joindrait à moi pour sauver cet homme de cœur qui s’est dévoué pour elle. Moi aussi, je pense que, si faible que soit cette chance, nous devons faire le tour du monde par ce trente-septième parallèle, et je le ferai. Mais la question à résoudre n’est pas celle-là. Elle est beaucoup plus importante et la voici: devons-nous abandonner définitivement et dès à présent nos recherches sur le continent américain?»
La question, catégoriquement posée, resta sans réponse. Personne n’osait se prononcer.
«Eh bien! reprit Glenarvan en s’adressant plus spécialement au major.
– Mon cher Edward, répondit Mac Nabbs, c’est encourir une assez grande responsabilité que de vous répondre hic et nunc. Cela demande réflexion. Avant tout, je désire savoir quelles sont les contrées que traverse le trente-septième degré de latitude australe.
– Cela, c’est l’affaire de Paganel, répondit Glenarvan.
– Interrogeons-le donc», répliqua le major.
On ne voyait plus le savant, caché par le feuillage épais de l’ombu. Il fallut le héler.
«Paganel! Paganel! s’écria Glenarvan.
– Présent, répondit une voix qui venait du ciel.
– Où êtes-vous?
– Dans ma tour.
– Que faites-vous là?
– J’examine l’immense horizon.
– Pouvez-vous descendre un instant?
– Vous avez besoin de moi?
– Oui.
– À quel propos?
– Pour savoir quels pays traverse le trente-septième parallèle.
– Rien de plus aisé, répondit Paganel; inutile même de me déranger pour vous le dire.
– Eh bien, allez.
– Voilà. En quittant l’Amérique, le trente-septième parallèle sud traverse l’océan Atlantique.
– Bon.
– Il rencontre les îles Tristan d’Acunha.
– Bien.
– Il passe à deux degrés au-dessous du cap de Bonne-Espérance.
– Après?
– Il court à travers la mer des Indes.
– Ensuite?
– Il effleure l’île Saint-Pierre du groupe des îles Amsterdam.
– Allez toujours.
– Il coupe l’Australie par la province de Victoria.
– Continuez.
– En sortant de l’Australie…»
Cette dernière phrase ne fut pas achevée. Le géographe hésitait-il? Le savant ne savait-il plus?
Non; mais un cri formidable se fit entendre dans les hauteurs de l’ombu. Glenarvan et ses amis pâlirent en se regardant. Une nouvelle catastrophe venait-elle d’arriver? Le malheureux Paganel s’était-il laissé choir? Déjà Wilson et Mulrady volaient à son secours, quand un long corps apparut. Paganel dégringolait de branche en branche.
Était-il vivant? était-il mort? on ne savait, mais il allait tomber dans les eaux mugissantes, quand le major, l’arrêta au passage.