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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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C’est que, en effet, soustraire le roi Carlos – comme ils disaient – aux vingt soldats chargés de l’appréhender n’était rien. Il fallait passer sur le ventre des gentilshommes, qui ne manqueraient pas de leur barrer la route.

Fausta éclairée par le duc de Castrana, qui connaissait admirablement le champ de bataille sur lequel il devait évoluer, Fausta avait minutieusement et merveilleusement organisé l’enlèvement. Car c’était, en somme, un véritable enlèvement qui se pratiquait là.

L’itinéraire à suivre était tracé d’avance. Il devait être, et il était en effet, rigoureusement suivi.

Il s’agissait d’entraîner le Torero, non pas vers une sortie où l’on se fût heurté à des troupes de gentilshommes et de soldats, mais vers les coulisses de l’arène. Ces coulisses se trouvaient, nous l’avons dit, dans l’enceinte même de la plaza, c’est-à-dire sur la place même.

D’Espinoza, qui calculait tout, ne pouvait pas prévoir que le Torero serait entraîné là, puisqu’il n’y avait pas de sortie. Toutes les rues étaient barrées par ses soldats. Il avait donc négligé d’occuper ces coulisses. C’était précisément sur quoi comptait Fausta.

Ces coulisses, elle les avait occupées, elle. Partout des groupes d’hommes à elle étaient postés. On se passa le Torero de main en main jusqu’à ce qu’il fût amené devant une maison qui appartenait à l’un des conjurés.

Malgré lui, on le porta dans cette maison, et sans savoir comment, il se trouva dehors, dans une rue étroite, derrière des troupes nombreuses qui gardaient cette rue, avec mission d’empêcher de passer quiconque tenterait de sortir de la place.

Comme toujours en pareille circonstance, les soldats gardaient scrupuleusement ce qui était devant eux et ne s’occupaient pas de ce qui se passait sur leurs derrières.

L’obstacle franchi, de nouveaux postes appartenant à Fausta se trouvaient échelonnés de distance en distance, dans des abris sûrs, et le Torero, écumant, fut conduit ainsi en un clin d’œil hors de la ville et enfermé, pour plus de sûreté, dans une chambre qui prenait toutes les apparences d’une prison.

Pourquoi le Torero s’était-il efforcé d’échapper aux mains de ceux qui le sauvaient ainsi malgré lui et malgré sa résistance désespérée?

C’est qu’il pensait à la Giralda.

Dans la prodigieuse aventure qui lui arrivait, il n’avait songé qu’à elle. Tout le reste n’avait pour ainsi dire pas existé pour lui. Et en se débattant entre les mains de ceux qui l’entraînaient, dans son esprit exaspéré, cette clameur retentissait sans cesse:

– Que va-t-elle devenir? Dans l’effroyable bagarre que je pressens, quel sort sera le sien?

Ce qui était arrivé à la Giralda, nous allons le dire en peu de mots:

Lorsque les troupes royales s’étaient massées devant la foule, qu’elles tenaient sous la menace de leurs arquebuses, la Giralda, au premier rang, se trouvait une des plus exposées, et, à moins d’un hasard providentiel, elle devait infailliblement tomber à la première décharge.

Très étonnée, mais non effrayée, parce qu’elle ne soupçonnait pas la gravité des événements, elle s’était dressée instinctivement en s’écriant:

– Que se passe-t-il donc?

Un des galants cavaliers, qui l’avaient poussée à cette place privilégiée, répondit, obéissant à des instructions préalables:

– On veut arrêter le Torero. C’est une opération qui rencontrera quelques difficultés, car ils sont là des milliers d’admirateurs résolus à l’entraver de leur mieux. Notre sire le roi, qui prévoit tout, a pris des mesures en conséquence. Si vous voulez m’en croire, demoiselle, vous ne resterez pas un instant de plus ici. Il va pleuvoir des horions dont beaucoup seront mortels.

De tout ceci, la Giralda n’avait retenu qu’une chose: on voulait arrêter le Torero.

– Arrêter César! s’écria-t-elle. Pourquoi? Quel crime a-t-il commis?

Et n’écoutant que son cœur amoureux, sans réfléchir, elle avait voulu s’élancer, courir au secours de l’aimé, lui faire un rempart de son corps, partager son sort quel qu’il fût.

Mais tous ceux qui l’environnaient, y compris les deux soldats en sentinelle à cet endroit, étaient placés là uniquement à son intention à elle.

Tous ces hommes étaient les acolytes de Centurion, renforcés pour la circonstance. Leur besogne leur avait été clairement expliquée et ils savaient par conséquent ce qu’ils avaient à dire et à faire pour la mener bien.

La Giralda ne put même pas faire un pas. D’une part les deux soldats se jetèrent en même temps devant elle pour lui barrer le chemin; d’autre part, le même cavalier empressé la saisit au poignet d’une main robuste et l’immobilisa sans peine. En même temps, pour expliquer et excuser la cruauté de son geste, le cavalier disait, sur un ton qu’il s’efforçait de rendre courtois:

– Ne bougez pas, demoiselle. Vous vous perdriez inutilement.

– Laissez-moi! cria la Giralda en se débattant.

Et prise d’une inspiration soudaine, elle se mit à crier de toutes ses forces:

– À moi! On violente la Giralda… la fiancée du Torero!

Cet appel ne faisait pas l’affaire des sacripants qui avaient mission de l’enlever. La Giralda, criant son nom, aussi populaire que celui du Torero, la Giralda, se réclamant de son titre de fiancée en semblable occurrence, avait des chances d’ameuter la foule contre les hommes de Centurion, qui n’étaient pas précisément en odeur de sainteté aux yeux du populaire.

Le galant chevalier, qui était le sergent de Centurion et comme tel commandait en son absence, comprit le danger. Il eut à son tour une inspiration, et la lâchant aussitôt, il dit en faisant des grâces qu’il croyait irrésistibles:

– Loin de moi la pensée de violenter l’incomparable Giralda, la perle de l’Andalousie. Mais, señorita, aussi vrai que je suis gentilhomme et que don Gaspa Barrigon est mon nom, vous iriez au devant d’une mort aussi certaine qu’inutile en courant par là. Voyez plutôt vous-même. Montez sur cet escabeau. Voyez-vous les partisans du Torero qui l’enlèvent au nez et à la barbe des soldats chargés de l’arrêter? Voyez l’officier qui s’arrache la moustache de désespoir!

– Sauvé! s’écria la Giralda, qui avait obéi machinalement à don Gaspar Barrigon, puisque tel était son nom.

Et sautant lestement à terre, elle ajouta:

– Il faut que je le rejoigne à l’instant.

– Venez, señorita, s’empressa de dire Barrigon; sans moi vous ne passerez jamais à travers cette multitude. Et croyez-moi, ne perdons pas une seconde. Dans un instant un ouragan de balles va s’abattre ici, et je puis vous assurer qu’il fera chaud.

La Giralda eut un geste d’impatience à l’adresse de l’importun. Mais voyant ses efforts se briser devant l’impassibilité des compagnons qui l’entouraient et qui ne bougeaient – pour cause – elle eut un geste de déception douloureuse.

– Suivez-moi, demoiselle, insista don Gaspar. Je vous jure que vous n’avez rien à craindre de moi. Je suis un admirateur passionné du Torero et suis trop heureux de prêter l’appui de mon bras à celle qu’il aime.

Il paraissait sincère devant les bourrades qu’il ne ménageait pas à ses hommes; ceux-ci se hâtaient de lui livrer passage. La jeune fille n’en chercha pas plus long. Elle suivit celui qui lui permettait de se rapprocher de son fiancé.

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