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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Au troisième voyage de nos deux frères, tout a été décidé: c’est Mme Parangon (à qui il faut apparemment que nous devions toujours), qui a parachevé de faire consentir Edmée à recevoir Bertrand comme son futur. Nos frères, à leur retour ici, nous ont appris cette heureuse nouvelle, et que le jour était pris. On a donc publié les bans, et le temps arrivé, nous avons tout préparé, afin de partir pour Au**, ne devant laisser à la maison que celui qui est le plus en état d’y remplacer tout le monde. La veille au soir, notre père nous a lu dans la sainte Bible, l’histoire du mariage d’Isaac avec Rebecca, et de celui de Tobie avec Sarah, fille de Raguel, afin de donner à nos deux frères une instruction indirecte. Ensuite il s’est levé, et nous voyant tous autour de lui, en ce moment de joie, il nous a dit: «Mes chers enfants, voici, je crois, d’heureux mariages, que la bonté de Dieu nous prépare. Priez tous Dieu en cet instant pour celui qui nous les a procurés; car ce pauvre et cher enfant est embarqué sur une mer tempêteuse, et battue de l’orage et des vents.» Et il s’est mis à genoux le premier, et il a prononcé la prière: «Mon Dieu, qui m’avez fait père de ces enfants, faites aussi, je vous supplie, que tous et un chacun d’eux se portent au bien envers vous et envers le prochain: mais, principalement, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, jetez un œil de clémence et de miséricorde sur le pauvre Edmond, que vous m’avez donné dans votre faveur et bonté, pour doublement porter mon nom, comme mon fils aîné porte doublement celui de mon digne père, et daignez ratifier les vœux que forment, la face prosternée, votre serviteur, et toute sa famille, qui vous honore et vous connaît comme son vrai Dieu, pour Edmond R**, exposé à la ville aux dangers de la séduction du monde; et pour Ursule R**, fille de votre serviteur et de votre servante Barbe, mon épouse, qui est remplie de votre sainte crainte, et qui vous a servi tous les jours de sa vie en humilité, remplissant tous ses devoirs de femme et de mère, afin que cette chère enfant soit préservée des embûches du monde et des méchants. Daignez, Seigneur, pareillement exaucer les vœux sincères, que font en union avec moi, mon fils aîné Pierre R**, porte-nom de mon digne père (le placiez vous dans votre sein!), George R** (dont veuillez bénir le mariage!), Bertrand R**, naïf et simple comme le jeune Tobie (dont veuillez bénir aussi le mariage!), Augustin-Nicolas R**, adolescent, et Charles R**, encore dans l’innocence: ainsi que mes filles, Brigitte R**, Marthe R**, Marianne R**, Christine R**, Claudine R**, Elisabeth R** et Catherine R**; tous vos humbles serviteurs et servantes, qui vous prions pour notre fils et notre fille, notre frère et notre sœur qui sont à la ville; afin que vous les préserviez de pécher, et les mainteniez dans votre sainte crainte, et en tout bien et vertu envers les hommes, jusqu’au dernier moment de leur vie. Amen.» Et s’étant levé, il a fait avancer nos deux frères destinés au mariage, comme il avait fait à mon mari, la veille du nôtre, devant le portrait de Pierre R** son père: et là, il leur a dit: «Mes fils, prêts à entrer dans le saint état de mariage, rendons nos respects et devoirs à mon digne père, et ayons d’abord sa bénédiction… Puis, je vous donne la mienne. Je les bénis, mon Dieu, de ma bénédiction paternelle; que votre divine clémence et majesté la ratifie, comme elle le fait toujours à l’égard des bons pères et des bons enfants! Amen.» Et tous nous répétions amen; aucun de nous ne manquant de s’unir de cœur et d’affection à tout ce que faisait ce bon et respectable père de famille.

Le lendemain nous sommes partis pour Au**; et ç’a été une des plus agréables noces qu’on puisse voir, à commencer de l’instant de l’arrivée de nos père et mère, jusqu’au départ. Toutes les louanges qu’on me faisait d’Edmée et de Catherine ne me donnaient pas d’idée de ce que j’ai vu, en l’une de franchise aimable, en l’autre de bonté, beauté, décence, douceur, et de tout ce qui est vertu de femme, sans en omettre la moindre. Pour vous donner une idée, très chère sœur, de ce mariage, et de tout ce qui s’est passé, tracé par une plume meilleure que la mienne, je vais vous transcrire ici la lettre qu’Edmond a écrite à mon mari pendant les noces; car ce garçon-là n’oublie rien, et s’il a quelques défauts, il faut dire qu’il les rachète par bien des qualités!

[Nous ne rapportons pas cette lettre, qui est la LXXXIIIème du PAYSAN.].

Voilà un récit bien agréablement circonstancié! Mais il faut y ajouter quelque chose, que m’a dit Edmée, et que notre frère ne peut ni ne doit savoir. C’est qu’Edmée, en se donnant à Bertrand, a exigé de lui la promesse qu’il consentirait à n’être tout à fait son mari, que quand elle n’aurait plus de raisons à lui opposer. Et ces raisons (admire un peu la délicatesse de cette aimable sœur!) c’est qu’elle aime encore Edmond, et qu’elle veut tout à fait l’arracher de son cœur, avant d’être à son mari comme femme; en attendant, elle n’y est que comme bonne amie. Je n’approuve pas absolument ça, et je lui en ai dit mon sentiment, qui lui a fait impression, et elle m’a fait dire par sa sœur qu’elle y penserait. Ce qui m’a portée à être si rigoureuse en son endroit, c’est une seconde lettre d’Edmond que nous venons de recevoir, et que je ne vous envoie pas, ma chère sœur.

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