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Fiora et le Magnifique - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Fiora et le Magnifique

Электронная книга - «Fiora et le Magnifique». Краткое содержание книги:

De passage à Dijon, Francesco Beltrami, riche marchand florentin, assiste à l’exécution de deux jeunes amants accusés d’inceste. Bouleversé, Beltrami sauve l’enfant de ces amours illégitimes : Fiora. La jeune fille, d’une inoubliable beauté, connaîtra, dans la Florence des Médicis, la douceur de la vie de palais mais aussi les tourments de nouvelles aventures. Mariée pour un seul jour à un mystérieux chasseur de dot, livrée aux grands inquisiteurs reléguée dans une maison de passe, Fiora pourra-t-elle triompher de tant d’adversité ?
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– Mais apparemment sur une fausse déclaration. Et nous n’aimons pas les fausses déclarations !

– Peut-être. Pourtant vous acceptez comme paroles d’Évangile les accusations de cette femme qui, hier encore, demandait à mon père d’accorder ma main à son fils ! L’ignominie de ma naissance ne semblait pas la gêner beaucoup en comparaison de la fortune qu’elle espérait.., et qu’elle espère encore s’attribuer !

– Est-ce vrai ? demanda sévèrement Lorenzo à Hieronyma.

– C’est faux, brailla celle-ci. Rien n’est plus faux ! Moi, appartenant à une noble famille...

– Tu voulais que j’entre dans ta maison comme belle-fille. Ta dernière visite, la veille même de la mort de mon père a eu des témoins. En dépit des menaces que tu proférais, il a refusé de me marier à ton Pietro..., et, le lendemain, il était assassiné !

Hieronyma hurla comme si un serpent venait de dérouler ses anneaux à ses pieds.

– Tu oses m’accuser, toi, une misérable larve qui retourneras bientôt à la fange dont tu es venue ?

– Je n’ai accusé personne, dit Fiora. Mais si tu t’es reconnue, ce n’est pas ma faute ! Quant à ton témoin, va donc le chercher ! Je sais qui il est : c’est Marino Betti, l’intendant de notre domaine, un homme que mon père croyait fidèle parce qu’il l’avait comblé de ses bontés mais dont la rumeur dit qu’il est ton amant.

Déchaînée, prête à se battre devant tous contre cette femme ignoble qui venait de jeter sa boue sur le suaire immaculé de son père, Fiora allait s’élancer sur elle, toutes griffes dehors, quand Lorenzo la prit à bras-le-corps et l’obligea à se tenir tranquille :

– La colère t’aveugle, Fiora. Tu dois à présent comprendre que tout ce qui vient d’être dit est d’une extrême gravité et qu’avec la meilleure volonté du monde nous ne pouvons plus laisser les choses dans leur état primitif. Soumets-toi de bon gré au jugement des prieurs ! Je serai là, sois-en certaine.

– Alors, toi aussi, tu me refuses le droit de rester auprès de lui jusqu’au dernier instant ? fit-elle douloureusement en désignant le corps que les six notables, rigides comme s’ils eussent été changés en pierre, soutenaient toujours sur leurs épaules.

– Laisse-moi te remplacer ! Quand tout sera rentré dans l’ordre tu pourras prier sur sa tombe autant que tu le voudras...

Elle le regarda droit dans les yeux avec un tout petit sourire.

– Après ce que tu viens d’entendre, seigneur Lorenzo, souhaites-tu toujours que j’épouse ton cousin ? murmura-t-elle de façon à n’être entendue que de lui seul. Luca prétend m’aimer... pourtant, il va me laisser aller seule à un combat dont dépend ma vie...

Fiora ne parlait pas sans raison. Tout à l’heure, en arrivant devant le Duomo, elle avait aperçu Luca Tornabuoni qui se tenait à la gauche de Giuliano de Médicis. Il la couvait alors de regards pleins d’amour et cependant, à cette minute, il avait disparu. Lorenzo à son tour chercha le jeune homme des yeux et rougit, brusquement, de ne pas le trouver :

– Je te demande pardon, fit-il à voix basse. Il se peut que je me sois trompé... Peut-être n’était-il pas là.

– Tu mens bien mal, seigneur Lorenzo...

– Il était là, en effet, fit soudain la voix paisible de Démétrios qui venait d’apparaître derrière le Magnifique. Mais je l’ai vu partir soudainement quand cette femme a parlé de ta naissance, donna Fiora. Je pense qu’il a dû se rappeler tout à coup qu’un de ses chevaux était souffrant et réclamait ses soins...

– Alors, que faisons-nous ? s’impatienta Petrucchi. Fiora se tourna vers lui après avoir appelé Léonarde auprès d’elle.

– Fais-nous conduire à la Seigneurie... magnifique seigneur ! J’y attendrai la décision des nobles prieurs. Mais n’oublie pas d’exiger de cette femme qu’elle produise son témoin !

Le témoin en question n’était naturellement pas bien loin. Il sortit de la foule, les yeux à terre et vint se ranger auprès de celle dont on disait qu’elle était sa maîtresse. Fiora lui lança, sarcastique :

– Tu ne crains pas que l’ombre de mon père vienne tourmenter tes nuits, fidèle Marino ? A ta place je ne serais pas fier...

L’homme ne répondit pas et parut se replier sur lui-même. Mais déjà, les gardes de la Seigneurie les entouraient, lui et Hieronyma, comme ils entouraient aussi Fiora et Léonarde. Le clergé, désorienté par ce qui venait de se passer, réapparut sous le porche pour reprendre la tête du cortège. Les porteurs, visiblement fatigués, se remirent en marche et Fiora, immobile au bras de Léonarde entre quatre soldats, regarda disparaître sous le marbre du portail la forme blanche de son père qu’il lui fallait laisser partir ainsi, dépouillé du seul amour réel qui lui eût jamais été donné d’inspirer.

Le sergent qui commandait les soldats attendit que l’église se fût emplie mais elle ne pouvait contenir cette énorme foule et l’on dut laisser les portes ouvertes. Non sans peine, Fiora réussit à renvoyer Chiara. Outrée de ce qu’elle venait de voir et d’entendre, la jeune fille se refusait farouchement à quitter son amie. Elle prétendait être conduite, elle aussi, à la Seigneurie comme témoin, et peut-être Fiora ne fût-elle pas vraiment parvenue à l’éloigner si son oncle Giorgio Albizzi n’était venu la prendre par le bras :

– Viens ! ordonna-t-il sèchement. Ta place n’est pas ici.

En dépit de son courage, Fiora sentit les larmes lui monter aux yeux en face de cette froide manifestation de mépris. Albizzi avait été l’ami de Francesco et cependant, à la première accusation, il se retirait, enlevant à Fiora l’un de ses plus fidèles soutiens. A travers un humide brouillard, la jeune femme vit disparaître dans la foule qui la regardait à présent, avec la curiosité réservée habituellement à la cage des lions, le petit visage en pleurs de sa seule amie.

Elle s’en détourna puis, s’adressant au sergent qui commandait sa garde :

– Eh bien ? fit-elle rudement. Qu’attends-tu pour nous emmener ?

Cette superbe créature avait tellement d’autorité que le soldat, éberlué, se surprit à lui répondre :

– A tes ordres !

On se mit en marche à travers la foule qui s’effaçait devant eux. Par les portes ouvertes du Duomo, les bouffées orageuses du Requiem venaient déchirer l’air.

Après un instant d’hésitation, la plus grande partie de l’assistance, délaissant des funérailles bien moins intéressantes que ce qui allait suivre, leur emboîta le pas. Le chemin n’était pas long du Duomo au Vieux Palais, siège de la Seigneurie, qui approchait de ses deux siècles et, par la via Calzaiuoli – la rue des Chaussetiers – on l’eut vite parcouru. Appuyée au bras de Léonarde, Fiora sentait se renforcer en elle l’impression absurde d’avoir quitté un monde agréable, doux et soigneusement agencé, pour un autre, menaçant et étranger, peuplé de visages hostiles et de gosiers crachant l’injure. Tous ces gens qui, hier, la saluaient d’un compliment, d’un sourire ou même de quelques vers, s’étaient mués, à la voix vindicative de Hieronyma, en autant d’ennemis qui peut-être l’eussent lapidée sans la barrière de fer dont on l’avait entourée.

– Pourquoi, murmura Léonarde qui s’efforçait de ne pas entendre les injures qui jalonnaient leur route, pourquoi ne pas leur dire que vous n’êtes plus de cette ville, que, par votre mariage, vous êtes une noble dame de notre Bourgogne ?

– Parce que je n’ai aucune preuve de mon mariage. Je ne sais où mon père les a rangées...

– Moi je le sais. La nuit qui a précédé sa mort, votre père m’a appris bien des choses...

– Dont vous ne pourrez peut-être pas vous servir. Nous ne pouvons savoir ce qu’il va advenir de nous et c’est pour vous que je crains le plus...

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