Seigneur de lumière [Lord of Light - fr]
- Автор: Желязны Роджер Джозеф
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: Deno
- Переводчик: Claude Saunier
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Seigneur de lumière [Lord of Light - fr]». Краткое содержание книги:
Le fanatisme religieux remplace la connaissance scientifique. Mais si vous voulez joindre les « dieux », utilisez le téléphone automatique, c'est tout de même plus pratique.
Mais attention, un homme va se révolter et partir en guerre contre ces « dieux » immortels et fanatiques…
— Cela ne me semble pas un vol tellement difficile. Je pourrais m’y intéresser.
— Il me la faudrait tout de suite, sinon, inutile de la voler.
— Quand ?
— Dans moins de six jours.
— Et que paierais-tu pour que je te l’apporte ?
— Je donnerais tout, si j’avais quelque chose.
— Oh ! tu es arrivé au Ciel sans fortune ?
— Oui.
— Pas de chance.
— Si je peux m’échapper, tu pourras demander n’importe quel prix.
— Sinon, je ne reçois rien ?
— Sans doute.
— Laisse-moi réfléchir. Cela pourrait m’amuser de le faire et de savoir que tu auras une dette envers moi.
— Ne réfléchis pas trop longtemps, je t’en prie.
— Viens t’asseoir à côté de moi, Vainqueur des démons. Et parle-moi des jours de gloire, quand tu chevauchais à côté de la déesse immortelle et parcourais le monde en semant le chaos.
— Il y a bien longtemps de cela.
— Ces jours pourraient-ils revenir si tu gagnais ta liberté ?
— C’est possible.
— C’est une bonne chose à savoir.
— Tu feras ce que je te demande ?
— Salut, Siddharta. Toi qui délie ! Vivent les éclairs et le tonnerre ! Qu’ils reviennent !
— Ce serait une bonne chose.
— À présent, parle-moi des jours de gloire, et je te parlerai de mes exploits passés.
— Bien.
Krishna, vêtu d’une ceinture de cuir, courait à travers la forêt, poursuivant Ratri, qui avait refusé de dormir avec lui après le dîner de la répétition. La journée était claire et parfumée, mais pas autant que le sari bleu nuit qu’il serrait dans sa main. Elle courait devant lui, sous les arbres ; il la perdit un moment de vue quand elle disparut à un tournant de la piste menant à la clairière.
Quand il l’aperçut de nouveau, elle était sur un tertre, levait les bras au-dessus de sa tête, et le bout de ses doigts se touchaient. Ses yeux étaient mi-clos, et son seul vêtement, un long voile noir, frémissait autour de sa rayonnante forme blanche.
Il comprit qu’elle avait revêtu son Aspect et se préparait peut-être à exercer un Attribut.
Essoufflé, il monta sur la petite colline. Elle ouvrit les yeux, lui sourit, baissa les bras.
Quand il voulut la toucher, elle agita son voile devant son visage et il l’entendit rire – quelque part dans l’immense nuit qui l’engloutit.
Tout était sombre, sans étoiles et sans lunes, sans la moindre lueur, le moindre miroitement, la plus petite étincelle, le plus petit reflet. Une nuit l’entourait comme s’il était aveugle.
Il eut un grognement, et le sari bleu lui fut arraché. Il s’arrêta, tremblant, et il entendit son rire résonner autour de lui.
— Tu as été trop présomptueux, Krishna, dit-elle, et tu as offensé la sainteté de la Nuit. Pour cela je vais te punir, et laisser un moment le Ciel dans l’obscurité.
— Je n’ai pas peur du noir, déesse, répliqua-t-il avec un petit rire.
— Alors ta cervelle est dans tes gonades, Seigneur, comme on l’a déjà souvent dit. Être seul, perdu, aveugle au milieu de Kaniburrha – dont les habitants n’ont même pas besoin de frapper – et ne pas avoir peur ! À mon avis, c’est être téméraire. Au revoir, Seigneur à la peau sombre. Je te verrai peut-être au mariage.
— Attends, ma belle ! Accepte mes excuses.
— Je veux bien, car elles me sont dues.
— Alors, dissipe cette nuit dont tu as enveloppé la forêt.
— Plus tard, Krishna, quand je serai prête à le faire.
— Et moi, que vais-je faire en attendant ?
— On dit qu’en jouant de la flûte tu peux charmer les bêtes les plus redoutables. Si c’est vrai, je te conseille de la prendre à l’instant et de commencer tes mélodies les plus calmantes, jusqu’à ce que je juge opportun de laisser la lumière du jour pénétrer de nouveau dans le Ciel.
— Madame, vous êtes cruelle.
— C’est la vie, Seigneur joueur de flûte.
Ratri partit et Krishna se mit à jouer, plein de sombres pensées.
Ils arrivèrent. Descendant du ciel, portés par les vents polaires, à travers les terres, sur les océans, sur la neige brûlante, et sous la neige et à travers la neige, ils arrivèrent. Ceux qui changeaient de forme flottaient sur les étendues blanches, et ceux qui marchaient dans le ciel tombaient comme les feuilles. Les trompettes retentirent sur les plaines désolées et les chars glissant sur la neige avancèrent en grondant, de la lumière jaillissant comme des lances de leurs flancs polis. Avec leurs capes de fourrure flamboyante, les plumes blanches de la vapeur d’eau dans leur sillage, avec leurs gantelets d’or, leurs yeux de soleil, faisant sonner le métal, glissant, courant, tourbillonnant, ils arrivèrent. Portant baudriers étincelants, masques, écharpes de feu, chaussures du diable, jambarts contre le gel, heaumes de force ils arrivèrent. Et à travers le monde laissé derrière eux, il y avait dans les temples de grandes réjouissances, on chantait, on faisait des offrandes, des processions, des prières, des sacrifices, on distribuait aux pauvres des aumônes. C’était un grand spectacle coloré. Car la déesse tant redoutée allait épouser la Mort, et l’on espérait que cela les adoucirait l’un et l’autre. La gaieté régnait aussi dans le Ciel. Avec le grand rassemblement des dieux et demi-dieux, des héros et des nobles, des grands prêtres et des rajas honorés, des brahmanes de haut rang, la joie éclata, et comme un tourbillon multicolore, entraîna les Premiers tout autant que les jeunes.
Ils arrivèrent donc tous dans la Cité Céleste, chevauchant les cousins de l’oiseau Garuda, tournoyant vers le sol en gondoles aériennes, s’élevant par les artères de la montagne, se traçant un chemin fulgurant à travers les étendues désolées trempées de neige, aux pistes de glace. Ils firent résonner de leurs chants la Haute Flèche, rirent pendant un bref moment de l’inexplicable obscurité qui s’abattit sur eux pour se disperser bientôt. Au cours des jours et des nuits de leur venue, le poète Adasay dit qu’ils ressemblèrent aux moins à six choses différentes (il était toujours prodigue d’images et de comparaisons) : à un vol d’oiseaux migrateurs aux couleurs éclatantes au-dessus d’un océan de lait sans vagues ; à une suite de notes traversant l’esprit d’un compositeur un peu fou ; à un banc de poissons des profondeurs dont les corps sont faits de volutes et de filets de lumière, tournant autour de quelque plante phosphorescente dans un gouffre marin glacé ; à la Nébuleuse Spirale, dont le centre se fût soudain effondré ; à un orage, dont chaque goutte fût devenue plume, chant d’oiseau ou joyau ; et (comparaison sans doute la plus valable) à un temple plein de statues terribles, ornées de toutes sortes de décorations et qui soudain s’animaient et chantaient, se précipitaient à travers le monde, bannières éclatantes claquant au vent, ébranlant au passage les palais, renversant les tours, pour se rencontrer au centre de tout, allumer un feu énorme, et danser autour, avec la toujours présente possibilité que le feu ou la danse se déchaînent et ne puissent plus être maîtrisés.
Ils arrivèrent.
Quand la sonnerie d’alarme secrète retentit dans les Archives, Tak saisit la Lance étincelante dans l’armoire encastrée dans le mur. De temps en temps, au cours de la journée, la sonnerie alertait des sentinelles. Tak avait eu un pressentiment quant à la cause de l’alarme, et il fut bien heureux que la sonnerie n’eût point résonné à un autre moment. Il prit l’ascenseur jusqu’au niveau de la Cité et se dirigea vers le musée sur la colline.
C’était malheureusement déjà trop tard.