Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Mademoiselle De Maupin - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Mademoiselle De Maupin

Электронная книга - «Mademoiselle De Maupin». Краткое содержание книги:

La «Pr?face», oeuvre ? part enti?re, fait date dans l'histoire litt?raire. Sur un ton enlev?, perfide et caustique, l'auteur attaque les bien-pensants, repr?sentants de la tartufferie et de la censure, et ceux qui voudraient voir un c?t? «utile» dans une oeuvre litt?raire, alors que l'art, par d?finition non assujetti ? la morale ou ? l'utilit?, ?chappe ? la notion de progr?s pour ne s'allier qu'? celle du plaisir.
1 ... 46 47 48 49 50 51 52 53 54 ... 84
Перейти на страницу:

Ah! Cléopâtre, je comprends maintenant pourquoi tu faisais tuer, le matin, l’amant avec qui tu avais passé la nuit. – Sublime cruauté, pour qui, autrefois, je n’avais pas assez d’imprécations! – Grande voluptueuse, comme tu connaissais la nature humaine, et qu’il y a de profondeur dans cette barbarie! Tu ne voulais pas que nul vivant pût divulguer les mystères de ta couche; ces mots d’amour, envolés de tes lèvres ne devaient pas être répétés. – Tu gardais ainsi ta pure illusion. L’expérience ne venait pas dépouiller pièce à pièce ce fantôme charmant que tu avais bercé entre tes bras. Tu aimais mieux être séparée de lui par un brusque coup de hache que par un lent dégoût. – Quel supplice, en effet, de voir l’homme que l’on avait choisi mentir à chaque minute à l’idée qu’on s’était faite de lui; de découvrir dans son caractère mille petitesses qu’on n’y soupçonnait pas; de s’apercevoir que ce qui vous avait paru si beau à travers le prisme de l’amour est réellement fort laid, et que ce qu’on avait pris pour un vrai héros de roman n’est au bout du compte, qu’un bourgeois prosaïque qui met des pantoufles et une robe de chambre!

Je n’ai pas le pouvoir de Cléopâtre, et, si je le possédais, je n’aurais pas assurément la force de m’en servir. Aussi, ne pouvant ni ne voulant faire couper la tête à mes amants au sortir de mon lit, et n’étant pas non plus d’humeur à supporter ce que les autres femmes supportent, il faut que j’y regarde à deux fois avant d’en prendre un; c’est ce que je ferai plutôt trois fois que deux, si l’envie m’en prend, ce dont je doute fort, après ce que j’ai vu et entendu; à moins cependant que je ne rencontre dans quelque bienheureuse contrée inconnue un cœur pareil au mien, comme disent les romans, – un cœur vierge et pur qui n’eût jamais aimé et qui en fût capable, dans le vrai sens du mot ce qui n’est pas, à beaucoup près, une chose facile.

Plusieurs cavaliers entrèrent dans l’auberge; l’orage et la nuit les avaient empêchés de continuer leur route – Ils étaient tous jeunes, et le plus âgé n’avait assurément pas plus de trente ans: leurs vêtements annonçaient qu’ils appartenaient à la classe supérieure, et, à défaut de leurs vêtements, la facilité insolente de leurs manières l’eût fait assez comprendre. Il y en avait un ou deux qui avaient des figures intéressantes; les autres avaient tous, à un degré plus ou moins fort, cette espèce de jovialité brutale et d’insouciante bonhomie que les hommes ont entre eux, et dont ils se dépouillent complètement lorsqu’ils sont en notre présence.

S’ils avaient pu se douter que ce jeune homme frêle et à moitié endormi sur sa chaise, à l’angle de la cheminée, n’était rien moins que ce qu’il paraissait être, mais bien une jeune fille, un morceau de roi, comme ils disent, certes ils eussent bien vite changé de ton, vous les auriez vus aussitôt se rengorger et faire la roue. Ils se seraient approchés avec force révérences, les jambes cambrées, les coudes en dehors, le sourire dans les yeux, dans la bouche, dans le nez, dans les cheveux, dans toute l’habitude de leur corps; ils auraient désossé les mots dont ils se seraient servis, et n’auraient parlé qu’avec des phrases de velours et de satin; au moindre de mes mouvements, ils auraient eu l’air de s’étendre sur le plancher en manière de tapis, de peur que la délicatesse de mes pieds ne fût offensée par ses inégalités; toutes les mains se fussent avancées pour me soutenir; le siège le plus moelleux eût été disposé à la meilleure place; mais j’avais l’air d’un joli garçon, et non d’une jolie fille.

J’avoue que je fus presque sur le point de regretter mes jupes, en voyant le peu d’attention qu’ils faisaient à moi. – J’en fus une minute toute mortifiée; car, de temps en temps, il m’arrivait de ne plus songer que j’avais des habits d’homme, et j’eus besoin d’y penser pour ne pas prendre de mauvaise humeur.

J’étais là, ne disant mot, les bras croisés et regardant avec un air en apparence fort attentif le poulet qui se nuançait de teintes de plus en plus vermeilles et le malheureux chien que j’avais si malencontreusement dérangé, et qui se démenait dans sa roue comme plusieurs diables dans le même bénitier.

Le plus jeune de la troupe me vint frapper sur l’épaule un coup qui, ma foi, me fit beaucoup de mal, et m’arracha un petit cri involontaire, et il me demanda si je n’aimerais pas mieux souper avec eux que tout seul, attendu qu’on buvait mieux étant plusieurs. – Je lui répondis que c’était un plaisir que je n’aurais pas osé espérer, et que je le ferais très volontiers. On mit notre couvert ensemble, et nous prîmes place à la table.

Le chien, tout haletant, après avoir happé en trois tours de langue une énorme écuellée d’eau, reprit son poste vis-à-vis de l’autre chien, qui n’avait pas bougé non plus que s’il eût été de porcelaine, les nouveaux venus n’ayant pas demandé de poulet par une grâce du ciel toute spéciale.

J’appris, par quelques phrases qui leur échappèrent, qu’ils se rendaient à la cour, qui était alors à ***, et où ils devaient rejoindre d’autres de leurs amis. Je leur dis que j’étais un jeune fils de famille qui sortait de l’université, et qui se rendait chez des parents qu’il avait en province par le vrai chemin des écoliers, c’est-à-dire par le plus long qu’il pût trouver. Cela les fit rire, et, après quelques propos sur mon air innocent et candide, ils me demandèrent si j’avais une maîtresse. Je leur répondis que je n’en savais rien, et eux de rire encore plus. Les flacons se succédaient avec rapidité; quoique j’eusse soin de laisser mon verre presque toujours plein, j’avais la tête un peu échauffée, et, ne perdant pas de vue mon idée, je fis en sorte que la conversation tournât sur les femmes. Cela ne fut pas difficile; car c’est, après la théologie et l’esthétique, la chose dont les hommes parlent le plus volontiers quand ils sont ivres.

Les compagnons n’étaient pas précisément ivres, ils portaient trop bien leur vin pour cela; mais ils commençaient à entrer dans des discussions morales à perte de vue et à mettre sans façon leurs coudes sur la table. – L’un d’eux même avait passé son bras autour de la taille épaisse d’une des servantes, et dodelinait sa tête fort amoureusement: un autre jura qu’il crèverait sur l’heure comme un crapaud à qui l’on fait prendre du tabac, si Jeannette ne lui laissait pas prendre un baiser sur chacune des grosses pommes rouges qui lui servaient de joues. Et Jeannette, ne voulant pas qu’il crevât comme un crapaud, les lui octroya de très bonne grâce, et n’arrêta pas même une main qui s’insinuait audacieusement entre les plis de son fichu, dans la moite vallée de sa gorge très mal gardée par une petite croix d’or, et ce ne fut qu’après un court pourparler à voix basse qu’il la laissa libre d’enlever le plat.

C’étaient pourtant des gens de la cour et de mœurs élégantes, et assurément, à moins de l’avoir vu, je n’aurais jamais pensé à les accuser de pareilles familiarités avec des servantes d’auberge. – Il est probable qu’ils venaient de quitter des maîtresses charmantes, à qui ils avaient fait les plus beaux serments du monde: en vérité, je n’aurais jamais songé à recommander à mon amant de ne pas salir, au long des joues de Maritorne, des lèvres où j’aurais posé les miennes.

Le drôle parut prendre un grand plaisir à ce baiser ni plus ni moins que s’il eût embrassé Philis ou Oriane: c’était un gros baiser solidement et franchement appliqué, qui laissa deux petites marques blanches sur la joue en feu de la donzelle, et dont elle essuya la trace avec le revers de sa main qui venait de laver la vaisselle. – Je ne crois pas qu’il en eût jamais donné d’aussi naturellement tendre à la pure déité de son cœur. – Ce fut apparemment sa pensée, car il dit à demi-voix et avec un mouvement de coude tout à fait dédaigneux:

– Au diable les femmes maigres et les grands sentiments!

Cette morale parut du goût de l’assemblée, – et tous hochèrent la tête en signe d’assentiment.

– Ma foi, dit l’autre en continuant son idée, j’ai du malheur en tout. Messieurs, il faut que je vous confie sous le sceau du plus grand secret que moi qui vous parle j’ai en ce moment-ci une passion.

– Oh! oh! firent les autres. Une passion! cela est du dernier lugubre. Et que fais-tu d’une passion?

– C’est une femme honnête, messieurs; il ne faut pas rire, messieurs; car enfin pourquoi n’aurais-je pas une femme honnête? Est-ce que j’ai dit quelque chose de ridicule?… Tiens, toi là-bas, je vais te jeter la maison à la tête, si tu ne finis pas.

– Eh bien! après?

– Elle est folle de moi: – c’est bien la plus belle âme du monde; en fait d’âmes, je m’y connais, je m’y connais aussi bien qu’en chevaux pour le moins, et je vous garantis que celle-là est une âme première qualité. Ce sont des élévations, des extases, des dévouements, des sacrifices, des raffinements de tendresse, tout ce que l’on peut imaginer de plus transcendant; mais elle n’a presque pas de gorge, elle n’en a même pas du tout, comme une petite fille de quinze ans au plus. – Elle est assez jolie du reste; sa main est fine, et son pied petit; elle a trop d’esprit, et pas assez de chair, et il me prend des envies de la planter là. Que diable on ne couche pas avec les esprits. Je suis bien malheureux; plaignez-moi, mes chers amis. Et, attendri par le vin qu’il avait bu, il se mit à pleurer à chaudes larmes.

1 ... 46 47 48 49 50 51 52 53 54 ... 84
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)