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Электронная книга - «Les chiennes savantes». Краткое содержание книги:

Avec un langage tellement cru que l'on a du mal ? croire qu'il puisse ?tre r?ellement utilis?, Virginie Despentes raconte des histoires de d?rive, de cavale, mais aussi de quotidien plus ou moins sordide. Les histoires sont poignantes, l'?motion suscit?e par la lecture est vive. L'utilisation d'un tel langage permet d'affranchir la r?alit? racont?e de tout filtre ?dulcorant: l'outrance permet de mieux appr?hender les personnages que ne pourrait le permettre un langage plus normal (plus banal). L'utilisation de ce langage est un artifice d'auteur: le langage utilis? ne correspond pas au n?tre, et cela permet ? l'auteur de nous projeter volontairement dans un tissu narratif dont les r?gles ne sont pas les r?gles que l'on a coutume de rencontrer; le langage nous force ? penser et ? ressentir d'une certaine mani?re. Ainsi, on construit sa repr?sentation personnelle des personnages sur leurs actions et sur leurs paroles, tout en acceptant comme normalit? la logique propre de ces personnages, parce que notre projection dans leur langage fonde cet aspect logique: l'outrance du langage se justifie elle-m?me. A partir de l?, l'outrance m?me de l'histoire dispara?t, et l'on a des romans aux histoires simples et ?mouvantes. La violence des actions est au niveau de la violence du langage: elle s'efface donc elle aussi. La sous-narration sexuelle appara?t elle-aussi effac?e par le langage, m?me si elle reste parfois d?stabilisante pour un lecteur masculin (l'?vocation de la libido f?minine sous un jour habituellement utilis? pour la libido masculine surprend). Dans ces romans o? tout les ?l?ments constitutifs poss?dent la m?me outrance (langage, action, sexe, mais aussi villes moralement d?labr?es et soci?t? d?cr?pite), il n'y a pas de contraste pour marquer l'anormalit? de tel ou tel ?l?ment. Cela permet donc d'atteindre une finesse de sentiments sous-jacente, comme l'immobilisme et les sentiments de l'Education Sentimentale permettent de saisir les raisons des errements amoureux de Fr?d?ric. En somme, l'auteur nous montre qu'une description crue ne concerne pas forc?ment des sentiments crus.
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Mais ce jour-là, les voisins n'ont pas fait le show.

Toujours pas moyen de me rendormir, alors j'ai attendu que ça passe en regardant le plafond. Il n'y avait qu'un lit dans la chambre à Guillaume. Quand on avait emménagé, il avait parlé de tout repeindre, mettre des étagères de haut en bas, des lampes halogènes et de lourds doubles rideaux pour faire bien chaleureux. Quelques années de ça, et il n'y avait toujours que son lit posé en plein milieu, et un poster de coucher de soleil qui était au mur quand on était arrivés.

Le téléphone a encore sonné, le répondeur s'est enclenché, ta Lettre à Élise durait un peu plus longtemps:

– Louise, t'es là? C'est Roberta, je viens d'avoir la Reine-Mère au téléphone, on ne travaille pas aujour d'hui, j'appelais pour m'assurer que tu étais au courant…

J'ai grommelé:

– Mais laisse-moi tranquille, sale pute, sans me donner la peine de décrocher.

18 H 00

Le nez dehors, j'avais les pensées encore en désordre et le froid m'a déchiré toute la peau en un seul coup. Je me suis recroquevillée à l'intérieur. Il faisait déjà nuit, éclaboussures de lumières, l'impression d'être larguée dans un manège crasseux.

En attendant de pouvoir traverser, au croisement de la rue de l'Annonciade et de celle du Jardin-des-Plantes, j'ai vérifié ma face dans la vitrine du coiffeur. Je m'étais maquillée à l'arraché, un effort peu concluant pour être présentable. Badigeonnée de fond de teint trop clair, trop de noir sous les yeux et la bouche rouge saignant tranchait bizarrement. Cou blafard, manteau noir, une bonne réplique de femelle vampire sort dès la nuit tombée se rafraîchir les gencives.

En hiver, c'était facile de ne pas voir le jour pendant des semaines entières. Ça donnait le teint bien crayeux, la peau rodée au clair de lune. Et une humeur particulière. En l'occurrence je me sentais mal, écorchée par le vent et la migraine tenace.

Les escaliers qui mènent à la rue Pierre-Blanc m'ont semblé encore plus pénibles qu'à l'habitude. Il fallait ingurgiter beaucoup d'air pour les gravir et l'air me meurtrissait l'intérieur.

Le bar faisait tache jaune au coin de la rue, rassurante à force de la retrouver chaque jour.

Mathieu m'a tendu sa main gauche à serrer, de l'autre il rinçait un verre au petit jet d'eau de la tireuse, puis l'a collé contre un robinet estampillé Adel Scott, penché comme il faut pour éviter qu'il y ait trop de mousse. L'a posé sur le côté et a rempli un autre demi. S'est étonné:

– T'es pas à L'Endo?

– C'était méfer aujourd'hui, la Reine-Mère m'a appelée tout à l'heure.

– Ils ferment le jeudi, eux?

– Non, y a quelque chose, je sais pas quoi. Mais je ne suis pas du genre à me plaindre de ne pas travailler.

– Une simple affaire de bon sens. Qu'est-ce que tu bois?

Je suis allée m'asseoir à la table du fond, à côté du billard.

Mathieu s'est affalé à côté de moi, a posé nos deux verres sur la table. Il avait l'air exténué. C'était un garçon que le sexe motivait davantage que le repos.

La première gorgée était difficile à faire passer, lèvres et gorge brûlées en même temps que mon corps signifia qu'il n'en voulait pas, qu'il en avait eu assez la veille. Nausée toute proche. Mais quasi simultanément l'alcool s'emmêlait au sang, montait au crâne en dégageant du chaud en chaque veine. Ça respirait déjà plus facilement.

Julien est arrivé, un sac-poubelle bourré à exploser dans chaque main. Il était au plus bas, il exprimait ça très bien en voûtant les épaules et en laissant son regard couler sur la salle avec un air désenchanté.

Julien faisait des voyages pour la Reine-Mère, je ne savais pas bien ce qu'il transportait, et je ne tenais pas à le savoir. Mais il était souvent sur les routes pour elle.

Le reste du temps, il s'occupait de tomber fou amoureux de filles qui le comprenaient mal. Alors il marchait dans la ville, tête baissée. Ou bien il écoutait des chansons tristes, enfermé chez lui, volets clos.

Il est venu s'asseoir à notre table, Mathieu a fait remarquer:

– T'as oublié de déposer les poubelles en bas de chez toi?

Julien a soupiré:

– J'ai plus de chez-moi. Tout ce que j'ai, ça tient dans ces deux sacs. Toute ma vie, dans ces deux sacs.

Bien sûr, ça nous a fait bien rigoler. Il n'avait jamais de chez-lui, il demandait à quelqu'un de le dépanner pour quelques jours, s'installait pour le mois, ça se passait mal, il recommençait ailleurs. Il disait qu'il ne voulait pas de chez-lui, que la maison était le tombeau de l'homme libre.

Ces derniers temps, il avait récupéré un jeu des clés du tombeau de Laetitia, une étudiante lisse et tranquille qu'il voulait épouser. Il a ajouté, ébahi:

– Cette conne m'a foutu dehors, comme un chien.

Je me suis tenue au courant:

– C'est plus la femme de tes rêves?

– C'est qu'une conne, elle veut plus me voir, elle a même pas voulu me prêter des valises.

Mathieu a ricané:

– Arrête, Julien, c'est pas une conne, c'est toi qui fais n'importe quoi: t'as jamais autant tiré n'importe qui que depuis que t'es avec elle.

– Et alors, ça veut dire que je l'aime pas, ça? Au contraire, ça veut dire que j'ai peur de m'engager et que j'adopte un comportement puéril, il faut me laisser du temps. Ça prend vachement de temps et d'efforts de se mettre avec quelqu'un. Elle comprend pas ça, on peut pas dire qu'elle comprenne grand-chose d'ailleurs. Elle, tout ce qu'elle voit, c'est que je découche. Le bout de son nez, grand maximum, plus loin elle aurait le vertige. Moi je dis: «Je t'aime, je t'aime, je veux être avec toi pour la vie», et tout ce qui l'intéresse c'est: «Mais où t'as passé la nuit, avec qui?» C'est qu'une conne, je te dis, elle connaît rien à la vie. Mais j'ai assez souffert comme ça, je préfère ne pas en parler.

Julien était vraiment beau gosse. Grand brun ténébreux, parfait. Bien abîmé, ce qui lui décalait un peu le charme. Les chicots noir et jaune des grands croqueurs d'acide, et les yeux délirants fouillaient l'espace trop nerveusement.

Il a croisé les bras, ajouté d'un air las:

– Je suis trop connecté à mes sentiments, c'est ça que les filles supportent pas avec moi. Ce qu'elles aiment, c'est les types rigides, qui se censurent et qui les rendent bien malheureuses. Ça les rassure.

Mathieu a corrigé en se levant:

– Moi, je te trouve surtout bien connecté à ta rondelle, tu devrais arrêter de te la tripoter songeusement de temps à autre, ça ferait du repos à tout le monde.

Et il m'a fait signe de vider mon verre parce qu'il passait par le comptoir remettre la sienne. Julien a protesté:

– Excuse-moi si je te fatigue avec mes histoires, je peux me taire, tu sais.

– C'est pas tes histoires qui me fatiguent… C'est de savoir où tu vas dormir ce soir.

Quand Julien se faisait lourder, il se réfugiait toujours chez Mathieu le temps de retrouver un autre endroit où se faire héberger. Il a secoué la tête:

– Non, non… T'inquiète pas, j'ai un plan pour ce soir.

– C'est pour ça que t'as ramené tes affaires directement ici?

– Ouais. C'est quelqu'un qui va venir ici. Qu'est-ce que tu crois, que je connais que toi dans cette ville?

L'honneur bafoué de quand on a effectivement quelque chose à se reprocher.

Mathieu n'a rien dit, il est reparti vers le bar.

Roberta est entrée, elle portait une robe bleu électrique tellement courte qu'on aurait cru qu'elle était encore au travail. Elle nous a tous embrassés pour dire bonjour et s'est assise, la robe remontait jusqu'aux hanches. Julien s'est penché vers elle, a murmuré:

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