Deuil express
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #13
- Год: 1954
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Deuil express». Краткое содержание книги:
Quant à moi, en voilà assez pour aujourd'hui. Je n'ai plus qu'à aller me coller dans les toiles en attendant que la Terre ait fini son petit tour dans le noir.
— On tâchera.
— Et tenez-moi bien au courant…
— Comme toujours, patron.
Chaque fois que je sors de chez le Vieux, je me précipite au troquet d’en face car un entretien avec le grand patron donne toujours soif.
Le taulier est en train de s’entraîner au 421, tout seulâbre derrière son zinc.
Au moment où j’entre, il dit :
— Tous les deux !
— C’est un titre de roman d’amour, fais-je. Allez, enflure, sers-moi un petit anjou…
Il rouspète à cause du terme qu’il juge impropre à la qualifier. Sa vieille haine contre la police s’exhale. Il affirme que nous sommes tous plus mal embouchés les uns que les autres et que des types comme nous ne méritent pas de vivre.
Ordinairement je le chauffe au paroxysme, mais je suis trop préoccupé par ma nouvelle mission pour taquiner un tas de sonneries[1] à patente limonadière.
Je sirote mon blanquet tout en gambergeant.
Assez bizarre ce turbin, vous ne trouvez pas ?
Non, vous avez de l’huile de ricin à la place de la cervelle, vous autres ! On vous raconterait n’importe quelle girie, vous la goberiez en ouvrant le bec !
Moi, ce boulot ne m’emballe pas. J’aime pas avoir à m’occuper d’un crime dont on connaît l’auteur et à qui la police laisse ses aises. Ça m’ulcère, ça me contriste !
Ce Stumer, je vais vous dire, c’est le genre de gnace que je hais le plus. Des espèces d’hommes d’affaires du crime. Des gars qui ont pignon sur rue et qui se foutent de la rousse comme vous vous foutez d’une fiente de pigeon.
— Ça ne carbure pas ? s’informe le patron que mon silence déroute.
— T’occupe pas, Lagonfle !
— Bon, bon, moi ce que j’en dis…
Je bigle ma montrouze, elle annonce onze plombes. Je fais alors le calcul suivant : je crèche à Saint-Cloud, c’est-à-dire presque à mi-chemin entre Pantruche et Le Vésinet. La première chose c’est de rentrer à la cabane pour changer de fringues et morfiller un brin, ensuite j’irai voir à quoi ressemble la taupinière du gars.
Je lance un nickel aurifié sur le zinc et je me prends par la pogne.
Félicie, ma brave femme de mère, est tout ce qu’il y a de joyce en me voyant.
C’est les bises d’usage. Après quoi elle me dit qu’il y a une lettre pour moi. Elle précise qu’il s’agit d’une lettre express, qu’elle vient de Lyon et qu’elle est certainement de l’oncle Gustave, vu qu’elle a repéré son écriture et qu’il l’a du reste contresignée.
Je m’installe dans un fauteuil afin de prendre connaissance de la fameuse babillarde.
Tatave fait la pige à la mère Sévigné, il en met long comme un jour sans Martine Carol. Il ne me parle que de son noyé. Ce sera évidemment la partie de pêche la plus marquante de sa vie.
Cher Coco,
Comme suite à ta visite, je te ci-joints une coupure parue dans Le Progrès de ce matin. (En première page pour te dire.) Tu verras que la photo serait assez réussie mais qu’on ne me distingue pas à cause des gaules que je n’ai pas eu l’idée de poser.
D’autre part, le journaliste a orthographié mon nom avec un « d » à la fin, alors qu’il faut un « t » comme tu le sais. Enfin cela me fait un drôle d’effet tout de même d’avoir les honneurs de la grande presse. (Ta tante n’en revient pas.) Comme tu verras dans l’article (sous la photo) signé Grenier, notre noyé a été identifié. C’est un repris de justice (s’il te plaît) et de Paris encore, qui fait partie d’une bande d’Alsaciens… Mais je ne t’en dis pas plus sur le sujet, tu liras les détails dans l’article.
Moi je n’en reviens pas. Tous les copains me charrient ; je peux pas en rencontrer un sans qu’il me demande si ça biche ou bien à quoi j’amorce pour pêcher le noyé. Moi tu me connais ? Toujours le mot pour rire. Je réponds : « À l’asticot ».
Tu parles d’une partie de pêche !
J’espère te revoir bientôt. Puisque tu es sur place, peut-être que tu peux avoir des détails sur notre noyé. On se demande ce qu’un Alsacien habitant Paris peut faire dans le Rhône.
Embrasse ta mère pour nous.
Ta tante se joint à moi.
Ton oncle pour la vie :