Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: Le Comte de Monte-Cristo #4
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV». Краткое содержание книги:
La répartition en tomes correspond aux 4 parties de la première publication dans «Le Journal des Débats» (1844–1846).
«Tout autour de lui, les Palicares se tordaient dans les convulsions de l’agonie; deux ou trois, qui étaient sans blessures ou blessés légèrement, s’élancèrent par les fenêtres. En même temps, le plancher tout entier craqua brisé en dessous. Mon père tomba sur un genou; en même temps vingt bras s’allongèrent, armés de sabres, de pistolets, de poignards, vingt coups frappèrent à la fois un seul homme, et mon père disparut dans un tourbillon de feu, attisé par ces démons rugissants comme si l’enfer se fût ouvert sous ses pieds.
«Je me sentis rouler à terre: c’était ma mère qui s’abîmait évanouie.»
Haydée laissa tomber ses deux bras en poussant un gémissement et en regardant le comte comme pour lui demander s’il était satisfait de son obéissance.
Le comte se leva, vint à elle, lui prit la main et lui dit en remarque:
«Repose-toi, chère enfant, et reprends courage en songeant qu’il y a un Dieu qui punit les traîtres.
– Voilà une épouvantable histoire, comte, dit Albert tout effrayé de la pâleur d’Haydée, et je me reproche maintenant d’avoir été si cruellement indiscret.
– Ce n’est rien», répondit Monte-Cristo.
Puis posant sa main sur la tête de la jeune fille:
«Haydée, continua-t-il, est une femme courageuse, elle a quelquefois trouvé du soulagement dans le récit de ses douleurs.
– Parce que, mon seigneur, dit vivement la jeune fille, parce que mes douleurs me rappellent tes bienfaits.»
Albert la regarda avec curiosité, car elle n’avait point encore raconté ce qu’il désirait le plus savoir, c’est-à-dire comment elle était devenue l’esclave du comte.
Haydée vit à la fois dans les regards du comte et dans ceux d’Albert le même désir exprimé.
Elle continua:
«Quand ma mère reprit ses sens, dit-elle, nous étions devant le séraskier.
« – Tuez-moi, dit-elle, mais épargnez l’honneur de la veuve d’Ali.
« – Ce n’est point à moi qu’il faut t’adresser, dit Kourchid.
« – À qui donc?
« – C’est à ton nouveau maître.
« – Quel est-il?
« – Le voici.
«Et Kourchid nous montra un de ceux qui avaient le plus contribué à la mort de mon père, continua la jeune fille avec une colère sombre.
– Alors, demanda Albert, vous devîntes la propriété de cet homme?
– Non, répondit Haydée; il n’osa nous garder, il nous vendit à des marchands d’esclaves qui allaient à Constantinople. Nous traversâmes la Grèce, et nous arrivâmes mourantes à la porte impériale, encombrée de curieux qui s’écartaient pour nous laisser passer, quand tout à coup ma mère suit des yeux la direction de leurs regards, jette un cri et tombe en me montrant une tête au-dessus de cette porte.
«Au-dessous de cette tête étaient écrits ces mots:
«Celle-ci est la tête d’Ali-Tebelin, pacha de Janina.»
«J’essayai, en pleurant, de relever ma mère: elle était morte!
«Je fus menée au bazar; un riche Arménien m’acheta, me fit instruire, me donna des maîtres et quand j’eus treize ans me vendit au sultan Mahmoud.
– Auquel, dit Monte-Cristo, je la rachetai, comme je vous l’ai dit, Albert, pour cette émeraude pareille à celle où je mets mes pastilles de haschich.
– Oh! tu es bon, tu es grand, mon seigneur, dit Haydée en baisant la main de Monte-Cristo, et je suis bien heureuse de t’appartenir!»
Albert était resté tout étourdi de ce qu’il venait d’entendre.
«Achevez donc votre tasse de café, lui dit le comte; l’histoire est finie.»
LXXVIII. On nous écrit de Janina
Franz était sorti de la chambre de Noirtier si chancelant et si égaré, que Valentine elle-même avait eu pitié de lui.
Villefort, qui n’avait articulé que quelques mots sans suite, et qui s’était enfui dans son cabinet, reçut, deux heures après, la lettre suivante:
«Après ce qui a été révélé ce matin, M. Noirtier de Villefort ne peut supposer qu’une alliance soit possible entre sa famille et celle de M. Franz d’Épinay. M. Franz d’Épinay a horreur de songer que M. de Villefort, qui paraissait connaître les événements racontés ce matin, ne l’ait pas prévenu dans cette pensée.»
Quiconque eût vu en ce moment le magistrat ployé sous le coup n’eût pas cru qu’il le prévoyait; en effet, jamais il n’eût pensé que son père eût poussé la franchise, ou plutôt la rudesse, jusqu’à raconter une pareille histoire. Il est vrai que jamais M. Noirtier, assez dédaigneux qu’il était de l’opinion de son fils, ne s’était préoccupé d’éclaircir le fait aux yeux de Villefort, et que celui-ci avait toujours cru que le général de Quesnel, ou le baron d’Épinay, selon qu’on voudra l’appeler, ou du nom qu’il s’était fait, ou du nom qu’on lui avait fait, était mort assassiné et non tué loyalement en duel.
Cette lettre si dure d’un jeune homme si respectueux jusqu’alors était mortelle pour l’orgueil d’un homme comme Villefort.
À peine était-il dans son cabinet que sa femme entra.
La sortie de Franz, appelé par M. Noirtier, avait tellement étonné tout le monde que la position de Mme de Villefort, restée seule avec le notaire et les témoins, devint de moment en moment plus embarrassante. Alors Mme de Villefort avait pris son parti, et elle était sortie en annonçant qu’elle allait aux nouvelles.
M. de Villefort se contenta de lui dire qu’à la suite d’une explication entre lui, M. Noirtier et M. d’Épinay, le mariage de Valentine avec Franz était rompu.
C’était difficile à rapporter à ceux qui attendaient; aussi Mme de Villefort, en rentrant, se contenta-t-elle de dire que M. Noirtier, ayant eu, au commencement de la conférence, une espèce d’attaque d’apoplexie, le contrat était naturellement remis à quelques jours.
Cette nouvelle, toute fausse qu’elle était, arrivait si singulièrement à la suite de deux malheurs du même genre, que les auditeurs se regardèrent étonnés et se retirèrent sans dire une parole.
Pendant ce temps, Valentine, heureuse et épouvantée à la fois, après avoir embrassé et remercié le faible vieillard, qui venait de briser ainsi d’un seul coup une chaîne qu’elle regardait déjà comme indissoluble, avait demandé à se retirer chez elle pour se remettre et Noirtier lui avait, de l’œil, accordé la permission qu’elle sollicitait.
Mais, au lieu de remonter chez elle, Valentine, une fois sortie, prit le corridor, et, sortant par la petite porte, s’élança dans le jardin. Au milieu de tous les événements qui venaient de s’entasser les uns sur les autres, une terreur sourde avait constamment comprimé son cœur. Elle s’attendait d’un moment à l’autre à voir apparaître Morrel pâle et menaçant comme le laird de Ravenswood au contrat de Lucie de Lammermoor.
En effet, il était temps qu’elle arrivât à la grille. Maximilien, qui s’était douté de ce qui allait se passer en voyant Franz quitter le cimetière avec M. de Villefort, l’avait suivi; puis, après l’avoir vu entrer, l’avait vu sortir encore et rentrer de nouveau avec Albert et Château-Renaud. Pour lui, il n’y avait donc plus de doute. Il s’était alors jeté dans son enclos, prêt à tout événement, et bien certain qu’au premier moment de liberté qu’elle pourrait saisir, Valentine accourrait à lui.
Il ne s’était point trompé; son œil, collé aux planches, vit en effet apparaître la jeune fille, qui, sans prendre aucune précaution d’usage, accourait à la grille. Au premier coup d’œil qu’il jeta sur elle, Maximilien fut rassuré; au premier mot qu’elle prononça il bondit de joie.
«Sauvés! dit Valentine.
– Sauvés! répéta Morrel, ne pouvant croire à un pareil bonheur: mais par qui sauvés?
– Par mon grand-père. Oh! aimez-le bien, Morrel.»
Morrel jura d’aimer le vieillard de toute son âme, et ce serment ne lui coûtait point à faire, car, dans ce moment, il ne se contentait pas de l’aimer comme un ami ou comme un père, il l’adorait comme un dieu.