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Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV

Электронная книга - «Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Victime d'un terrible complot, Edmond Dantès est emprisonné au Château d'If alors qu'il sur le point d'épouser celle qu'il aime. A sa libération et sous l'identité du compte de Monte-Cristo, sa vengeance n'épargnera personne…
La répartition en tomes correspond aux 4 parties de la première publication dans «Le Journal des Débats» (1844–1846).
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– Trois ans, dit Haydée.

– Alors, vous vous souvenez de tout ce qui s’est passé autour de vous depuis l’âge de trois ans?

– De tout.

– Comte, dit tout bas Morcerf à Monte-Cristo, vous devriez permettre à la signora de nous raconter quelque chose de son histoire. Vous m’avez défendu de lui parler de mon père, mais peut-être m’en parlera-t-elle, et vous n’avez pas idée combien je serais heureux d’entendre sortir son nom d’une si jolie bouche.»

Monte-Cristo se tourna vers Haydée, et par un signe de sourcil qui lui indiquait d’accorder la plus grande attention à la recommandation qu’il allait lui faire, il lui dit en grec:

«Пατρός μέν άτην, μη δέ όνομα προδοτόν καί προδοσίαν, είπε ημίν»[3]

Haydée poussa un long soupir, et un nuage sombre passa sur son front si pur.

«Que lui dites-vous? demanda tout bas Morcerf.

– Je lui répète que vous êtes un ami, et qu’elle n’a point à se cacher vis-à-vis de vous.

– Ainsi, dit Albert, ce vieux pèlerinage pour les prisonniers est votre premier souvenir; quel est l’autre?

– L’autre? je me vois sous l’ombre des sycomores, près d’un lac dont j’aperçois encore, à travers le feuillage, le miroir tremblant; contre le plus vieux et le plus touffu, mon père était assis sur des coussins, et moi, faible enfant, tandis que ma mère était couchée à ses pieds, je jouais avec sa barbe blanche qui descendait sur sa poitrine, et avec le cangiar à la poignée de diamant passé à sa ceinture; puis, de temps en temps venait à lui un Albanais qui lui disait quelques mots auxquels je ne faisais pas attention, et auxquels il répondait du même son de voix: «Tuez!» ou: «Faites grâce!»

– C’est étrange, dit Albert, d’entendre sortir de pareilles choses de la bouche d’une jeune fille, autre part que sur un théâtre, et en se disant: Ceci n’est point une fiction. Et, demanda Albert, comment, avec cet horizon si poétique, comment, avec ce lointain merveilleux, trouvez-vous la France?

– Je crois que c’est un beau pays, dit Haydée, mais je vois la France telle qu’elle est, car je la vois avec des yeux de femme, tandis qu’il me semble, au contraire, que mon pays, que je n’ai vu qu’avec des yeux d’enfant, est toujours enveloppé d’un brouillard lumineux ou sombre, selon que mes yeux le font une douce patrie ou un lieu d’amères souffrances.

– Si jeune, signora, dit Albert cédant malgré lui à la puissance de la banalité, comment avez-vous pu souffrir?»

Haydée tourna les yeux vers Monte-Cristo, qui, avec un signe imperceptible, murmura:

«Ειπέ[4].

– Rien ne compose le fond de l’âme comme les premiers souvenirs, et, à part les deux que je viens de vous dire, tous les souvenirs de ma jeunesse sont tristes.

– Parlez, parlez, signora, dit Albert, je vous jure que je vous écoute avec un inexprimable bonheur.»

Haydée sourit tristement.

«Vous voulez donc que je passe à mes autres souvenirs? dit-elle.

– Je vous en supplie, dit Albert.

– Eh bien, j’avais quatre ans quand, un soir, je fus réveillée par ma mère. Nous étions au palais de Janina; elle me prit sur les coussins où je reposais, et, en ouvrant mes yeux, je vis les siens remplis de grosses larmes.

«Elle m’emporta sans rien dire.

«En la voyant pleurer, j’allais pleurer aussi.

« – Silence! enfant, dit-elle.

«Souvent, malgré les consolations ou les menaces maternelles, capricieuse comme tous les enfants, je continuais de pleurer; mais, cette fois, il y avait dans la voix de ma pauvre mère une telle intonation de terreur, que je me tus à l’instant même.

«Elle m’emportait rapidement.

«Je vis alors que nous descendions un large escalier; devant nous, toutes les femmes de ma mère, portant des coffres, des sachets, des objets de parure, des bijoux, des bourses d’or, descendaient le même escalier ou plutôt se précipitaient.

«Derrière les femmes venait une garde de vingt hommes, armés de longs fusils et de pistolets, et revêtus de ce costume que vous connaissez en France depuis que la Grèce est redevenue une nation.

«Il y avait quelque chose de sinistre, croyez-moi, ajouta Haydée en secouant la tête et en pâlissant à cette seule mémoire, dans cette longue file d’esclaves et de femmes à demi alourdies par le sommeil, ou du moins je me le figurais ainsi, moi, qui peut-être croyais les autres endormis parce que j’étais mal réveillée.

«Dans l’escalier couraient des ombres gigantesques que les torches de sapin faisaient trembler aux voûtes.

« – Qu’on se hâte! dit une voix au fond de la galerie.

«Cette voix fit courber tout le monde, comme le vent en passant sur la plaine fait courber un champ d’épis.

«Moi, elle me fit tressaillir.

«Cette voix, c’était celle de mon père.

«Il marchait le dernier, revêtu de ses splendides habits, tenant à la main sa carabine que votre empereur lui avait donnée; et, appuyé sur son favori Sélim, il nous poussait devant lui comme un pasteur fait d’un troupeau éperdu.

« – Mon père, dit Haydée en relevant la tête, était un homme illustre que l’Europe a connu sous le nom d’Ali-Tebelin, pacha de Janina, et devant lequel la Turquie a tremblé.»

Albert, sans savoir pourquoi, frissonna en entendant ces paroles prononcées avec un indéfinissable accent de hauteur et de dignité; il lui sembla que quelque chose de sombre et d’effrayant rayonnait dans les yeux de la jeune fille, lorsque, pareille à une pythonisse qui évoque un spectre, elle réveilla le souvenir de cette sanglante figure que sa mort terrible fit apparaître gigantesque aux yeux de l’Europe contemporaine.

«Bientôt, continua Haydée, la marche s’arrêta; nous étions au bas de l’escalier et au bord d’un lac. Ma mère me pressait contre sa poitrine bondissante, et je vis, à deux pas derrière, mon père qui jetait de tous côtés des regards inquiets.

«Devant nous s’étendaient quatre degrés de marbre, et au bas du dernier degré ondulait une barque.

«D’où nous étions on voyait se dresser au milieu d’un lac une masse noire; c’était le kiosque où nous nous rendions.

«Ce kiosque me paraissait à une distance considérable, peut-être à cause de l’obscurité.

«Nous descendîmes dans la barque. Je me souviens que les rames ne faisaient aucun bruit en touchant l’eau; je me penchai pour les regarder: elles étaient enveloppées avec les ceintures de nos Palicares.

«Il n’y avait, outre les rameurs, dans la barque, que des femmes, mon père, ma mère, Sélim et moi.

«Les Palicares étaient restés au bord du lac, agenouillés sur le dernier degré, et se faisant, dans le cas où ils eussent été poursuivis, un rempart des trois autres.

«Notre barque allait comme le vent.

« – Pourquoi la barque va-t-elle si vite? demandai-je à ma mère.

« – Chut! mon enfant, dit-elle, c’est que nous fuyons.»

«Je ne compris pas. Pourquoi mon père fuyait-il, lui le tout-puissant, lui devant qui d’ordinaire fuyaient les autres, lui qui avait pris pour devise: Ils me haïssent, donc ils me craignent?

«En effet, c’était une fuite que mon père opérait sur le lac. Il m’a dit depuis que la garnison du château de Janina, fatiguée d’un long service…»

Ici Haydée arrêta son regard expressif sur Monte-Cristo, dont l’œil ne quitta plus ses yeux. La jeune fille continua donc lentement, comme quelqu’un qui invente ou qui supprime.

«Vous disiez, signora, reprit Albert, qui accordait la plus grande attention à ce récit, que la garnison de Janina, fatiguée d’un long service…

– Avait traité avec le séraskier Kourchid, envoyé par le sultan pour s’emparer de mon père; c’était alors que mon père avait pris la résolution de se retirer, après avoir envoyé au sultan un officier franc, auquel il avait toute confiance, dans l’asile que lui-même s’était préparé depuis longtemps, et qu’il appelait kataphygion, c’est-à-dire son refuge.

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[3]

Mot à mot: «De ton père le sort, mais pas le nom du traître, ni la trahison, raconte-nous.»

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[4]

Raconte.

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