Le vieil homme et la guerre
- Автор: Скальци Джон
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 978-2-84172-356-0
- Переводчик: Bernadette Emerich
- Жанр: Боевая фантастика
Электронная книга - «Le vieil homme et la guerre». Краткое содержание книги:
Ed McGuire renchérit d’un signe de tête.
— Flûte. Bien… Je vais utiliser un vocabulaire trivial. S’il vous plaît, n’en soyez pas offensés.
— On essaiera, dit Ed.
— OK. Tout d’abord, l’univers dans lequel vous êtes l’univers dans lequel nous sommes en ce moment – n’est que l’un des infiniment nombreux univers possibles, dont l’existence est prévue dans le cadre de la physique quantique. Par exemple, chaque fois que nous repérons un électron dans une position donnée, notre univers est fonctionnellement défini par la position de cet électron, tandis que, dans un univers alternatif, cette position de l’électron sera différente. Vous me suivez ?
— Pas du tout, dit Ed.
— Oh, les nuls en science. Alors faites-moi confiance sur ce point. Le principal, c’est les univers multiples. Le multivers. Ce que fait la propulsion par saut, c’est ouvrir la porte donnant sur l’un de ces autres univers.
— Et comment elle fait ça ? demandai-je.
— Tu n’as pas le niveau en maths suffisant pour que je te l’explique, répondit Alan.
— Alors c’est magique, dis-je.
— De ton point de vue, oui. Mais, en physique, c’est parfaitement démontré.
— Je ne pige pas, dit Ed. Nous sommes donc allés dans de multiples univers. Pourtant, tous étaient parfaitement identiques au nôtre. Or chaque « univers alternatif » décrit en science-fiction présente des différences majeures. C’est de cette manière que tu sais que tu es dans un univers alternatif.
— Il y a en fait une réponse intéressante à cette question, dit Alan. Prenons pour acquis que déplacer un objet d’un univers à un autre est un événement fondamentalement improbable.
— Ça, je peux l’admettre, dis-je.
— Dans le cadre de la physique, c’est admissible puisque, à son niveau le plus élémentaire, il s’agit d’un univers à physique quantique et que quasiment n’importe quoi peut s’y produire, même si, sur un plan pratique, ce n’est pas le cas. Toutefois, tous les autres éléments étant identiques, chaque univers préfère limiter les événements improbables au strict minimum, surtout au-dessus du niveau subatomique.
— Comment un univers peut-il préférer quelque chose ? demanda Ed.
— Tu n’as pas les maths pour comprendre, répondit Alan.
— Bien sûr que non, rétorqua Ed en levant les yeux au ciel.
— Mais l’univers préfère certaines choses à d’autres. Par exemple, il préfère évoluer vers un état d’entropie. Il préfère garder la vitesse de la lumière comme constante. Tu peux modifier ou chambouler ces paramètres-là dans une certaine mesure, mais ça demande des efforts. Idem ici. En ce cas, déplacer un objet d’un univers à un autre est si improbable que, généralement, l’univers dans lequel on déplace l’objet est exactement comme celui qu’on a quitté. Une conservation de l’improbabilité, pourrait-on dire.
— Mais comment expliques-tu notre déplacement d’un endroit à un autre ? demandai-je. Comment circulons-nous d’un point dans l’espace d’un univers à un point totalement différent dans l’espace d’un autre ?
— Eh bien, réfléchis. Déplacer un vaisseau entier dans un autre univers, voilà ce qui est improbable. Du point de vue de l’univers, là où le vaisseau apparaît dans ce nouvel univers n’a aucune espèce d’importance. C’est pourquoi je disais que le mot « propulsion » est inapproprié. En réalité, nous n’allons nulle part. Nous arrivons.
— Et que se passe-t-il dans l’univers qu’on vient de quitter ? demanda Ed.
— Une autre version du Modesto de l’autre univers y surgit avec des versions alternatives de nous-mêmes, expliqua Alan. Probablement. Il y a une chance infinitésimale que cela ne se produise pas, mais, en règle générale, c’est ce qui se passe.
— Et nous pourrions revenir ? demandai-je.
— Revenir où ?
— Dans les univers d’où nous sommes partis.
— Non. Ma foi, encore une fois, il est théoriquement possible que tu le puisses, mais c’est extrêmement improbable. Les univers se créent en permanence à partir de branchements possibles, et les univers dans lesquels nous allons naissent presque toujours juste un instant avant que nous ne sautions dedans : l’une des raisons pour lesquelles nous pouvons sauter dedans est que leur composition reste très proche de celle du nôtre. Plus longtemps vous demeurez séparés d’un univers particulier, plus il diverge, et moins il sera probable d’y retourner. Même retourner dans un univers que vous avez quitté il y a à peine une seconde est fondamentalement improbable. Retourner dans celui que nous avons quitté il y a un an, quand nous avons effectué le premier saut de la Terre à Phénix, est absolument hors de question.
— Ça me déprime, se plaignit Ed. Mon univers, je l’aimais bien.
— Eh bien, Ed, mets-toi une chose dans la tête, dit Alan. Tu ne viens même pas du même univers original que John et moi parce que, ce premier saut, tu ne l’as pas fait en même temps que nous. De plus, même ceux qui ont fait le premier saut avec nous ne sont pas davantage dans le même univers que nous, puisque depuis ils ont sauté dans des univers différents, affectés à des vaisseaux différents. Toutes les versions de nos anciens amis que nous rencontrerons seront des versions alternatives. Bien sûr, ils auront la même tête et se conduiront de la même manière parce que, excepté quelques déplacements occasionnels d’électrons, ils sont identiques. Mais nos univers d’origine sont complètement différents.
— Donc toi et moi sommes tout ce qui reste de notre univers, fis-je remarquer.
— On peut parier à coup sûr que cet univers continue d’exister. Mais nous sommes presque certainement les deux seules personnes de cet univers dans celui-ci.
— Je ne sais pas quoi penser de tout ça, observai-je.
— Évite de te faire trop de mouron, conseilla Alan. Au quotidien, tous ces sauts d’un univers à l’autre ne comptent pas. Sur le plan pratique, tout est à peu près identique quel que soit l’univers dans lequel tu te trouves.
— En ce cas, pourquoi avons-nous besoin de vaisseaux spatiaux ? demanda Ed.
— Pour nous rendre à notre destination une fois que nous sommes dans notre nouvel univers, bien évidemment.
— Non, non, objecta Ed. Je veux dire, si on peut sauter d’un univers à un autre, pourquoi ne pas se contenter de le faire d’une planète à une autre au lieu d’utiliser des vaisseaux spatiaux ? Simplement éjecter les gens directement à la surface d’une planète. Cela nous éviterait d’être projetés dans l’espace, ça, c’est sûr.
— L’univers préfère que les sauts se déroulent loin des grands puits de gravité comme les planètes et les étoiles, dit Alan. En particulier quand il s’agit de sauter dans un autre univers. Tu peux certes sauter à proximité d’un puits de gravité, c’est pourquoi nous entrons dans les nouveaux univers non loin de nos destinations, mais l’opération est d’autant plus facile qu’on est loin d’un puits de gravité. C’est pourquoi nous voyageons toujours un peu avant le saut. Il y a en fait une relation exponentielle que je pourrais te démontrer, mais…
— Ouais, ouais, je sais, fit Ed. Je n’ai pas le niveau en maths.
Alan allait donner une réponse conciliante quand tous nos Amicerveaux s’allumèrent. Le Modesto venait de recevoir la nouvelle du massacre de Corail. Et, quel que fût l’univers dans lequel on se trouvait, c’était une horreur.
Corail est la cinquième planète où les humains se sont implantés et la première indiscutablement mieux adaptée à cette espèce que la Terre elle-même. Géologiquement stable, elle jouit d’un système climatique qui fait régner une zone tempérée sur la plupart de ses terres généreuses et accueille une flore et une faune riches, génétiquement assez semblables à celles de la Terre pour satisfaire les besoins nutritionnels et esthétiques humains. Au tout début, on envisagea de nommer la colonie Éden, mais il fut avancé que pareil nom était l’équivalent karmique de la recherche de problèmes.