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Le vieil homme et la guerre

Электронная книга - «Le vieil homme et la guerre». Краткое содержание книги:

*J’ai fait deux choses le jour de mes soixante-quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme. Puis je me suis engagé.*
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Les sondes sans équipage qu’on largua ensuite révélèrent qu’il n’y avait aucun survivant de la colonie 622 et que la vase, outre une intelligence suffisante pour coordonner deux assauts en même temps, était pratiquement insensible aux armes traditionnelles. Projectiles, grenades et roquettes ne détruisaient que de petites portions, laissant tout le reste intact. Les lance-flammes ne grillaient que la couche superficielle, laissant les couches inférieures intactes ; les armes à rayons transperçaient la vase sans guère l’endommager. Les recherches sur le fongicide que les colons avaient requises avaient commencé mais furent arrêtées dès qu’on détermina que la vase envahissait presque toute la planète. La somme d’efforts pour localiser une autre planète habitable fut jugée moins onéreuse que l’éradication de la vase à l’échelle globale.

La mort de Thomas nous rappelait que non seulement nous ignorions contre quoi nous luttions dans l’univers, mais qu’il nous était parfois carrément impossible d’imaginer la nature de notre ennemi. Thomas avait commis l’erreur de supposer que l’adversaire ressemblerait davantage à l’humain qu’il n’en différerait. Il s’était trompé. Et il en était mort.

Conquérir l’univers commençait à me mettre hors de moi.

Mon inquiétude avait pris naissance à Gindal, où nous avions tendu une embuscade aux soldats gindaliens tandis qu’ils regagnaient leurs aires. Rayons et roquettes déchiquetèrent leurs ailes immenses, les projetant sur des à-pics de deux mille mètres au pied desquels ils dévalaient. Mon moral avait commencé à flancher au-dessus d’Udaspri. Nous avions endossé des sacs à amortisseur d’inertie pour sauter d’un rocher à l’autre sur l’anneau d’Udaspri, avec un meilleur contrôle, alors que nous jouions à cache-cache avec les Vindis. Ces créatures semblables à des araignées avaient entrepris de bombarder la planète en contrebas avec des morceaux de l’anneau, en s’aidant d’orbites qui dirigeaient leurs débris directement sur la colonie humaine de Halford. Lorsque nous arrivâmes sur Cova Banda, je tombais de sommeil.

Mon état d’esprit était peut-être dû aux Covandus eux-mêmes, qui, à maints égards, étaient des clones de l’espèce humaine : bipèdes, mammifères, brillants artistes, poètes et dramaturges remarquables, reproducteurs rapides et exceptionnellement agressifs dès qu’il s’agissait de l’univers et de la place qu’ils y tenaient. Humains et Covandus se battaient fréquemment pour les mêmes mondes encore vierges. Cova Banda avait été en fait une colonie humaine avant de passer aux mains des Covandus, abandonnée lorsqu’un virus local avait fait pousser d’affreux membres supplémentaires aux colons et développé chez eux une personnalité homicide. Ce virus n’avait même pas donné la migraine aux Covandus. Ils s’étaient implantés tout de go sur ce monde. Soixante ans plus tard, les coloniaux avaient finalement produit un vaccin et voulu récupérer la planète. Malheureusement, les Covandus, ressemblant à cet égard aussi aux humains, n’étaient guère partageurs. Et c’est ainsi que la guerre contre cette espèce commença.

Le plus grand des Covandus mesure moins de cinq centimètres.

Bien entendu, ils ne sont pas idiots au point de lancer leurs armées lilliputiennes contre des humains soixante ou soixante-dix fois plus grands qu’eux. Ils nous attaquèrent d’abord avec leur aviation, des mortiers à longue portée, des blindés et autre matériel militaire à même de causer des dégâts, et qui en causèrent. Il n’est pas facile d’abattre un avion de vingt centimètres de long qui vole à plusieurs centaines de kilomètres à l’heure. Mais on fait ce qu’il faut pour empêcher le recours à ces engins de guerre. Et, dans ce but, nous atterrîmes dans le parc de la principale cité de Cova Banda, si bien que toute leur artillerie qui nous louperait abattrait les leurs. Les nôtres s’acharnèrent avec davantage de soin que d’ordinaire à détruire les Covandus, non seulement parce qu’ils sont plus petits et exigent davantage d’attention pour les viser, mais aussi parce que nous mettions un point d’honneur à ne pas nous faire descendre par un adversaire de cinq centimètres.

Au final, on abat toute l’aviation, on démolit les chars et puis on affronte les Covandus eux-mêmes. Schéma de l’affrontement : on marche dessus. Il suffit de baisser le pied, d’appuyer, et c’est fait. Pendant cette manœuvre, le Covandu tire sur vous et hurle, un piaillement qu’on n’entend pratiquement pas en raison de la petitesse de ses poumons. Mais la défense du Covandu est inutile. Votre combinaison, conçue pour freiner un projectile de haute puissance à l’échelle humaine, enregistre à peine les minuscules morceaux de matière lancés sur vos pieds. On perçoit vaguement le crissement de la petite créature qu’on a piétinée. On en repère une autre, et rebelote.

Nous les piétinâmes pendant des heures tandis que nous arpentions la ville principale de Cova Banda, nous arrêtant de temps à autre pour pointer une roquette vers un gratte-ciel de cinq ou six mètres de haut et le démolir d’un seul tir. Certains préféraient tirer une rafale dans le bâtiment, laissant chaque projectile assez gros pour décapiter un Covandu zigzaguer avec fracas entre les murs comme une bille de pachinko prise de folie. Mais, la plupart du temps, on piétinait. Godzilla, le célèbre monstre japonais, qui entamait sa énième réapparition lorsque j’avais quitté la Terre, se serait senti comme chez lui.

Je ne me souviens pas exactement quand je commençai de crier en démolissant des gratte-ciel, mais je le fis assez longtemps et avec assez de frénésie pour qu’Amicerveau m’informe, au moment où Alan recevait l’ordre de me récupérer, que j’avais réussi à me casser trois orteils. Alan me raccompagna dans le parc de la cité où nous avions atterri et me fit asseoir. Au même instant, un Covandu sortit de derrière un rocher et me visa à la figure. J’eus l’impression que de minuscules grains de sable s’enfonçaient dans mes joues.

— Bon Dieu ! m’exclamai-je en saisissant le Covandu comme un roulement à billes pour l’envoyer dinguer avec fureur sur un gratte-ciel proche.

Il fila en trombe, décrivit un arc en tournoyant follement, décéléra en faisant retentir un petit cling lorsqu’il heurta le bâtiment et fit une chute de deux mètres au sol. Apparemment, tous les autres Covandus dans les parages décidèrent de ne pas risquer de nouvelles tentatives d’assassinat.

Je me tournai vers Alan.

— Tu n’es pas chargé de tenir ton escadron à l’œil ?

Alan avait reçu une promotion après que son chef d’escadron s’était fait déchiqueter le visage par un Gindalien en colère.

— Je pourrais te poser la même question. (Il haussa les épaules.) Mes hommes se débrouillent bien. Ils ont des ordres et il n’y a plus de véritable opposition. Tout est nettoyé, et Tipton peut diriger l’escadron pour ça. Keyes m’a demandé de venir te repêcher afin de trouver ce qui cloche chez toi. Alors, qu’est-ce qui cloche chez toi ?

— Seigneur, Alan. Je viens de passer trois heures à écraser des êtres intelligents comme si c’étaient des insectes de merde, voilà ce qui cloche chez moi. Putain, je tue des gens en les écrasant sous mes pieds. Tout ça… (je fis un geste circulaire du bras) c’est totalement ridicule, Alan. Ces gens ne mesurent que cinq centimètres. C’est comme Gulliver s’acharnant contre les Lilliputiens.

— Nous n’avons pas à choisir nos combats, John, rappela Alan.

— Et toi, ce combat, comment tu le sens ?

— Il me dérange un peu. Ce n’est pas du tout un combat en règle. Nous nous contentons d’envoyer ces gens en enfer. D’un autre côté, la plus grave blessure que j’ai enregistrée dans mon escadron est un tympan éclaté. C’est un miracle que tu t’en sois sorti. Alors, dans l’ensemble, je ne suis pas mécontent. Les Covandus ne sont pas entièrement démunis. Le score final entre eux et nous est très serré.

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