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Angélique et le roi Part 1

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Angélique et le roi Part 1
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Elle s'avisait pour la première fois de cette souplesse innée de leur caractère. « Souples comme la pauvreté apprend à l'être ! »

– Cantor, mon troubadour, ne nous chanterez-vous pas quelque chose ?

L'enfant alla chercher sa guitare et préluda de quelques accords.

Le roi a fait battre tambour

Pour voir toutes ses

dames Et la première qu'il a vue

Lui a ravi son âme...

« Tu m'as aimée, Joffrey. Et je t'ai adoré. Pourquoi m'as-tu aimée ? Parce que j'étais belle ?... Tu étais tellement épris de beauté. Un bel objet dans ton palais du Gai-Savoir... Mais tu m'aimais plus que cela ! Je l'ai su lorsque tes bras durs m'étreignaient jusqu'à me faire gémir... J'étais pourtant enfantine encore... Mais intègre. C'est pour cela peut-être que tu m'as tant aimée... »

Marquis, dis-moi la connais-tu

Qui est cette jolie dame ?

Et le marquis a répondu

Sire le Roi, c'est ma femme.

« Ma femme...

« L'autre nuit comme il a dit ces mots, le blond marquis au regard impénétrable ! Je ne suis plus ta femme, Joffrey ! Il me revendique. Et ton amour s'éloigne de moi comme une barque qui m'abandonne sur un rivage glacé. Plus jamais ! Plus jamais !... C'est difficile de se dire : plus jamais... d'admettre que tu deviennes une ombre pour moi aussi. »

Marquis tu as plus de chance que

moi D'avoir femme si belle

Si tu voulais me l'accorder

Je me chargerais d'elle.

Philippe n'est point revenu la voir. Il ne lui a plus manifesté d'intérêt. Il la dédaigne maintenant qu'elle a accompli son ouvrage. À quoi bon espérer ! Elle ne le comprendra jamais. Que disait Ninon de Lenclos à son sujet :

– C'est un noble par excellence. Il se met en transe pour des questions d'étiquette. Il craint une tache de boue sur son bas de soie. Mais il ne craint pas la mort. Et quand il mourra il sera solitaire comme un loup et ne demandera aucun secours à personne. Il n'appartient qu'au roi et à lui-même.

Sire si vous n'étiez le roi

J'en tirerais vengeance

Mais puisque vous êtes le roi

À votre obéissance.

Le Roi... Le roi tout-puissant qui marche en ses jardins fastueux. Le givre a paré les charmilles de nouvelles féeries. Suivi du vaste cortège empanaché il va de bosquet en bosquet. Les marbres ont l'éclat de la neige. Au bout d'une allée mauve Cérès, Pomone et Flore, statues d'or, étincellent et se mirent dans la glace d'un bassin rond. Le Roi tient sa canne dans sa main gantée, cette main de jeune homme et de souverain, qui elle aussi tranche les destins, distribue la vie et la mort.

Adieu mon cœur, adieu ma vie

Adieu mon espérance

Puisqu'il nous faut servir le Roi

Séparons-nous d'ensemble...

« Seigneur Dieu ! N'est-ce pas la chanson que Cantor a failli chanter devant la reine l'autre jour, à Versailles ! Sans l'abbé de Lesdiguières, quel impair il commettait !... L'abbé est décidément de ressource. Il faudra lui faire remettre une autre gratification. »

La Reine a fait faire un bouquet

De belles fleurs de lyse

Et la senteur de ce bouquet

À fait mourir marquise.

« Pauvre reine Marie-Thérèse ! Elle serait bien incapable d'envoyer à ses rivales des bouquets de fleurs empoisonnées, comme le fit jadis Marie de Médicis à l'une des favorites du Vert-Galant. Elle ne peut que pleurer en tamponnant son nez rougi. Pauvre reine !... »

Chapitre 4

Mme de Sévigné écrivit à Mme du Plessis-Bellière pour lui donner des nouvelles de la Cour : « Aujourd'hui, à Versailles, le Roi a ouvert le bal avec Mme de Montespan. Mlle de La Vallière y assistait, mais elle ne dansa point. La Reine, qui est restée à Saint-Germain, ne fait pas grand bruit... »

La traditionnelle visite d'accouchée qui devait se prolonger jusqu'aux relevailles revêtit à l'Hôtel du Beautreillis un éclat inaccoutumé.

La faveur avec laquelle le roi et la reine avaient accueilli leur nouveau sujet en ce monde incitait les représentants du Tout-Paris à venir faire leur cour au chevet de la belle marquise.

Angélique montrait fièrement le coffret de satin bleu, moiré de fleurs de lys, présent de la reine, et qui contenait un grand lange en toile d'argent, et deux draps d'Angleterre écarlate, une mante de taffetas bleu et un choix délicieux de petites chemises en toile de Cambrai, de béguins brodés et de bavettes fleuries.

Le Roi y avait joint deux drageoirs de vermeil et de pierreries garnis de confiseries. M. de Gesvres, le Grand Chambellan, avait remis lui-même les présents de Leurs Majestés à la jeune mère, ainsi que leurs compliments. Ces attentions royales, pour flatteuses qu'elles fussent, ne dérogeaient pas à l'étiquette : la femme d'un maréchal de France y avait droit. Mais il n'en fallut guère plus pour relancer, telle une flamme un instant étouffée, le bruit que Mme du Plessis-Bellière avait pris « entre ses lacs » le cœur de Sa Majesté. Il y eut même des mauvaises langues pour laisser entendre que le solide poupard qui trônait sur un coussin de velours cramoisi entre sa nourrice et sa berceuse avait dans les veines du sang de Henri IV. Angélique dédaignait les allusions et haussait les épaules. Ces gens étaient fous, mais à tout prendre distrayants ! Sa chambre ne désemplissait pas. Elle recevait dans sa ruelle comme une Précieuse. Beaucoup de physionomies, un peu oubliées, reparurent à cette occasion. Sa sœur Hortense, la femme du procureur, vint avec toute sa nichée. Elle se haussait un peu plus chaque jour sur les degrés de la grande bourgeoisie et elle ne pouvait dédaigner une relation aussi en vue que sa sœur, la marquise du Plessis-Bellière. Mme Scarron vint également. Par hasard Angélique n'avait pas de visite. Elles purent deviser tranquillement.

La compagnie de la jeune veuve était agréable. Toujours d'humeur égale, elle semblait ignorer la médisance et l'ironie, la violence et la bouderie. Elle n'était ni ennuyeuse, ni chagrine. Ni sévère. Angélique s'étonnait de ne pouvoir éprouver à son égard l'amitié chaleureuse et confiante que lui inspirait Ninon de Lenclos. Françoise, elle, demeurait en bas car dans la lutte entreprise elle n'entendait abandonner ni sa vertu, ne sa dignité. D'une économie scrupuleuse elle ne dépensait pas un sol inutile. Prudente, elle ne s'engageait dans aucune affaire hasardeuse. Malgré sa pauvreté et sa beauté, on ne lui connaissait ni dettes... ni amant. Elle se contentait de présenter des placets avec une inaltérable persévérance. Mendier au roi n'est pas mendier. C'est réclamer du royaume sa part de vie, sa place au soleil. Jusqu'ici on la lui avait refusée. Elle était si pauvre. Avec la richesse on pouvait obtenir un peu plus.

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